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L’humour douteux des Romains à propos des Gaulois

INTRODUCTION

APRES NOS TROIS PREMIÈRES PUBLICATIONS RELATIVES À L’HUMOUR EN POLITIQUE, VOICI UN AUTRE PAPIER.

Pierre DAC: l’absurde, une arme politique magnifique https://metahodos.fr/2020/12/15/pierre-dac-labsurde-une-arme-politique-magnifique/

L’humour en politique: un oximore, entre batailles d’égos et urgence des situations? https://metahodos.fr/2020/12/16/lhumour-en-politique-un-oximore-entre-batailles-degos-et-urgence-des-situations/

L’humour, arme de campagne aux Etas Unis https://metahodos.fr/2020/12/17/lhumour-arme-de-campagne-aux-etas-unis/

A Rome, l’humour est souvent virulent, et même carrément vachard.

Horace l’appelle “italum acetum”, le vinaigre d’Italie. Les joutes oratoires sont courantes et se chargent de traits acérés, de grosses plaisanteries obscènes au théâtre, ou dans les satires où s’illustrent Horace et Juvénal.

Le talent poético-satirique des épigrammes de Martial est spécifiquement romain: “Diaulus était médecin, le voici croque-mort. Pour lui, pas de grand changement, il avait de l’entraînement.” (X, 47). Ou “On ne peut pas dire d’Albin qu’il pue le vin de la veille, car ce roi de la bouteille boit toujours jusqu’au matin “(I, 28).

Le peuple se montre volontiers impertinent, et on brocarde les plus puissants. Curion le père, dans un de ses discours, appelle Jules César – dont les attirances furent parfois ambigües – “le mari de toutes les femmes, et la femme de tous les maris”, des mots qui courent aussitôt dans le peuple et plus encore chez les légionnaires. On s’exclamait aussi “Tiberius in Tiberim!” (Tibère, au Tibre!).

Les noms des familles romaines dérivent souvent de surnoms caricaturaux: Claudius est le Boiteux, Plautus les Pieds plats, Paulus le Petit, Cicero le Pois Chiche etc. Les méchancetés, gratuites ou non, circulent à toute vitesse. “Plutôt perdre un ami que manquer un bon mot”, déclare Quintilien!

Les puissants ne manquent pas d’humour: Lors d’un festin, Caligula se mit tout à coup à éclater de rire. Les consuls assis à ses côtés lui demandèrent avec prudence pourquoi il riait: “C’est que je songe”, dit-il, “que, d’un signe de tête, je puis vous faire égorger tous deux.” (Suétone, Vie de Caligula, XXXII). Désopilant.

Quant à Domitien, il s’amusa un jour à inviter une dizaine de sénateurs dans une salle tendue de noir où se trouvaient un cercueil au nom de chaque convive. Ambiance garantie. Le lendemain, Domitien expliqua qu’il s’agissait d’une farce… Ouaif.

D’autres étaient moins vindicatifs et l’on prête des traits d’esprit notamment à Vespasien (“l’argent n’a pas d’odeur”): au moment de mourir, en un temps où les empereurs étaient divinisés à leur décès, il murmurait “je me sens devenir dieu”.

Auguste appréciait la plaisanterie. On dit qu’il lutinait volontiers les servantes et, croisant un jour un jeune homme qui lui ressemblait de manière frappante, il lui demanda si sa mère avait servi au palais “Non, répondit le jeune homme, mais mon père, si! “. Le maître de Rome éclata de rire. Cicéron était considéré comme un joyeux drille, et sauva plusieurs de ses clients par des formules plaisantes bien placées dans ses plaidoiries. Après sa mort, ses esclaves réunirent une compilation de ses meilleures réparties, en plusieurs volumes.

ARTICLE

L’humour douteux des Romains

Salomé Tissolong – Mensuel N° 331 – Décembre 2020 Sciences Humaines

N’en déplaise à Astérix, les Romains aussi avaient de l’humour.

Oui, Cicéron et Sénèque faisaient des plaisanteries… Et pas n’importe lesquelles. Selon l’historien Pascal Montlahuc, le rire avait (déjà) un rôle politique dans la Rome républicaine et impériale. C’est ce qu’il affirme après avoir étudié les pratiques relatives à l’humour dans la cité romaine sur près d’un siècle, entre l’époque de César et celle de Claude.

Se sentant menacés par l’inclusion des étrangers à la vie de la cité, les Romains se servaient en effet de certaines blagues pour les exclure. On riait donc des Barbares, et particulièrement des Gaulois, ces ennemis de toujours. Quand Jules César permet par exemple à certains d’entre eux d’entrer au Sénat entre 46 et 44 av. J.C., une opposition aristocratique romaine s’exprime par le biais de l’humour. Certains pastichent des pancartes officielles en reprenant la formule introductive « Bonum factum » (à tous salut !) et demandent aux Romains de ne pas indiquer le chemin de la curie à un nouveau sénateur, qui serait donc gaulois. Et pour couronner le tout, un chant raillant cette mesure législative circule dans les rues de la ville.

Les orateurs ou auteurs romains utilisent aussi des stéréotypes antigaulois pour amuser leur public. La figure du Gaulois est présentée comme un contre idéal type. On aime rire de ses tares physiques et morales, et on adore le caricaturer. Dans L’Apocoloquintose de l’empereur Claude, écrite en 54 apr. J.C., Sénèque joue sur la polysémie du terme « gallus », signifiant à la fois « coq » et « Gaulois », pour comparer l’étranger à un animal qui ne serait « tout-puissant que sur son tas de fumier ». Autant de plaisanteries qui ont contribué à figer l’image d’un Gaulois laid, sauvage et ennemi de Rome.

Pascal Montlahuc, « “Le coq n’est tout-puissant que sur son fumier”. “Faire rire” et stéréotypes gaulois à Rome (République-Empire) », Parlement(s). Revue d’histoire politique, n° 32, 2020/2.

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