Aller au contenu principal

MODÉLISATION DE CRISE : FAUT-IL DOTER LA FRANCE D’UN CHIEF RISK OFFICER ?

Professionnaliser la gestion de crise au niveau de l’executif présidentieL et gouvernemental ?

Nous avons récemment publié un point de vue d’Alain Bauer sur la question de la gestion de crise : LA GESTION DE L’ÉPIDÉMIE, AVEC ALAIN BAUER : « ERREURS, INCOMPÉTENCES, FAUTES, MENSONGES » – VIDEO – https://metahodos.fr/2021/07/23/la-gestion-de-lepidemie-avec-alain-bauer-erreurs-incompetences-fautes-mensonges/

Alors que les gouvernements ont globalement été pris de cours – en France peut être plus qu’ailleurs – par les rebondissements successifs de la pandémie, de nombreux industriels ont su détourner leurs outils de modélisation de systèmes en un véritable arsenal de gestion de crise. Faut-il imaginer de tels outils pour améliorer la réactivité de notre système « France » ?

Les dispositifs de gestion de crise professionnalisés existent bien au niveau administratif

Pourtant en France, comme nous l’avons évoqué sur Metahodos, les dispositifs de gestion de crise professionnalisés existent bien au niveau administratif ( Plans d’urgence pandémie, risques naturels et industriels, Plans de continuité d’activité, Plans sanitaires, Plans Préfectoraux – Orsec et autres, Plans communaux…). Ils n’ont toutefois pas été mis en œuvre dans leur globalité et leur cohérence et n’ont pas été articulés et coordonnés par l’exécutif présidentiel et gouvernemental, pour des raisons qui restent à expliquer, peut être :

– par excès de confiance en soi de la part membres de l’exécutif,

– par absence de confiance en l’administration (et même dans membres du gouvernement),

– par priorisation de la communication et de l’action court termiste, en raison des aléas de la pandémie elle même, ou en raison des erreurs qui conjuguées à l’absence de transparence ont conduit à des mesures brutales qui ne pouvaient pas – ou que l’on ne voulait pas – soumettre à la concertation et au débat institutionnel et démocratique ( cela a été le cas des masques, des tests, de la vaccination ),

– par volonté de centraliser et personnifier la gestion au plus haut niveau, ce qui est très vite devenu incompatible avec un travail collectif associant les institutions ( Parlement notamment ) et les parties prenantes nationales et territoriales,

– par volonté ( politique ) de dramatiser la situation comme sa gestion,

L’article ci contre fait le point à l’occasion de la sortie du rapport de l’Académie des technologies sur les modélisations et données pour la gestion de crises sanitaires.

article

Modélisation de crise : faut-il doter la France d’un Chief Risk Officer ?

13 juillet 2021 Usbek & Rica

Modélise-moi un mouton

Peut-on vraiment encore parler de crise sanitaire pour désigner la pandémie de covid-19 ? Si l’origine du mal est bien infectieux, ses conséquences immédiates ont tout de suite été d’ordres multiples : éducatifs, sociaux, économiques, politiques, psychologiques, etc. De quoi mettre en évidence – si c’était nécessaire – les liens invisibles mais bien réels entre des facettes bien distinctes de nos sociétés et du vivre-ensemble. « Le système « France » a été soumis à une série de chocs majeurs successifs qui ont mis en évidence les multiples interactions entre des composantes qui fonctionnaient habituellement dans un équilibre invisible et qui a été gravement perturbé » peut-on ainsi lire dans l’introduction du rapport publié par l’Académie des technologies en mai 2021. 

La terre tremblant sous leurs pieds, nos sociétés n’ont pas immédiatement su sur quel pied danser : la crise allait-elle partir aussi vite qu’elle était arrivée ? Fallait-il ou non confiner ? Quel serait l’impact des masques sur la circulation du virus ? Pour le savoir, il fallait modéliser l’épidémie, c’est-à-dire traduire cette dernière dans un langage qui permette de comprendre son fonctionnement, ses évolutions, ses possibilités de contrôle et d’optimisation. A priori, le travail d’un épidémiologiste, donc. « Le fait d’interviewer des épidémiologistes, surtout au 20h, ce n’était jamais arrivé auparavant, observe le chercheur en informatique Albert Benveniste, co-auteur du rapport. Le fait que les politiques prennent leurs décisions après en avoir référé avec les scientifiques, c’était aussi profondément nouveauPour la première fois, nous avons entendu parler de modèle, d’équation, de prévisions, on a vu les courbes… Cela promet d’ouvrir la voie à une perception tout à fait différente des paroles des scientifiques : désormais, on a le droit de parler de prévisions sur la base de modèles  ».« L’évolution d’une pandémie n’a rien à voir avec la propagation d’un feu de forêt parce que les humains ne sont pas passifs face aux infos qu’ils reçoivent »

Les Chief Risk Officers aux commandes

Face à une telle crise, personne n’échappe à l’improvisation. « Mais improviser ne s’improvise pas ; il faut être pleinement préparé et outillé  » précisent les co-auteurs du rapport. La bonne nouvelle, c’est que de tels outils existent bel et bien. La mauvaise, c’est qu’ils n’ont jamais été utilisés par les décideurs publics. « Les entreprises sont habituées à gérer des crises car les marchés et clients changent en permanence et les poussent à être plus réactifs que la force publique qui construit des règles sur le temps long » analyse l’expert en informatique et systèmes complexes Laurent Gouzènes, l’autre co-auteur du rapport. « Il y a aussi une problématique liée à la captation des données : les hôpitaux avaient peu de données sur les mouvements de populations, mais un Google ou un Orange savaient très bien où étaient les individus  ». « Les grands industriels sont équipés pour administrer des systèmes et faire face à des gestions de crise, ajoute Albert Benveniste. Certains ont même créé des postes de Chief Risk Officer, sur l’exemple de General Electrics. Ce qui a attiré notre attention, c’est qu’ils ne disposent pas d’un outillage à part pour la gestion des risques : ils déclinent leur système de routine  ». 

Pour écrire leur rapport, les deux experts ont ainsi mené des enquêtes auprès de ces derniers en étudiant les dispositifs mis en place par trois grands industriels. Ils décortiquent ainsi comment une petite équipe d’IBM a mis son savoir-faire en matière de modélisation des tâches de logistique courante pour créer un système d’optimisation du transfert de malades entre hôpitaux ; comment Thalès a utilisé sa plateforme d’analyse de données et de situation (utilisée habituellement pour la sécurité des aéroports, pour le suivi d’événements spéciaux) pour détecter les signaux faibles annonçant la formation d’un cluster ; ou encore comment Dassault Systèmes a partagé ses compétences en création de doubles numériques du réel (on parle de jumeaux numériques) pour créer l’application PredictEST, un outil de suivi et de projection de l’épidémie de le Covid-19 en Grand Est et, plus largement, pour entreprendre une modélisation du système France dans le contexte du COVID (avec ses volets : épidémie, système de santé, effet sur l’économie, règles édictées par les pouvoirs publics). 

Les co-auteurs relèvent également les initiatives de deux plus petites sociétés. Il y a d’abord celle, médiatisée, du projet conjoint d’Openhealth et des marins pompiers de Marseille d’analyse des eaux usées COMETE. Mais aussi celle de Causality Link, une entreprise qui a utilisé l’analyse textuelle quotidienne de millions de communiqués de presse pour détecter des règles de causalité entre événements. « Cet outil permet de faire des modèles simples pour représenter des chaînes de valeur à l’échelle de secteurs économiques voire de pays tout entiers, note Laurent Gouzènes. Par exemple, si la Chine construit davantage de maisons, la demande en acier augmente, donc son cours mondial aussi, ce qui fait bondir le coût de fabrication des voitures américaines construites en acier, et donc baisser les bénéfices d’entreprises comme Ford ou General Motors. C’est un outil de prédiction du futur très précis, qui permet de tester des scénarios « Et si ? » (des « what-if scenarios ») et notamment d’anticiper très tôt les impacts des confinements. La plupart des événements qui s’observent aujourd’hui étaient prévus il y a un an  ».

L’humain, un facteur comme un autre ?

De ce boom de la modélisation de crise, des apprentissages ont été tirés. « Au-delà des données de santé, nous avons découvert qu’il existait d’autres paramètres pour améliorer notre visibilité dans le pilotage de notre système, comme par exemple l’analyse des données de mobilité des citoyens », note Laurent Gouzènes. « Les humains ne se comportent pas comme des animaux, et encore moins comme des plantes. Or 98 % des modèles généraux développés en épidémiologie sont appliqués aussi bien aux humains qu’aux animaux ou végétaux (c’est le sens de la Critique de Lucas en économie)L’évolution d’une pandémie n’a rien à voir avec la propagation d’un feu de forêt parce que les humains ne sont pas passifs face aux informations qu’ils reçoivent ; ils ont tendance à anticiper. Il faut donc traduire les comportements humains sous forme mathématique pour les insérer dans le modèle ». Les auteurs mentionnent notamment deux épisodes de l’épidémie où le facteur comportemental et psychologique est indispensable pour comprendre la situation : d’abord, la baisse de la circulation du virus la veille du second confinement, qui s’explique par un auto-confinement d’une partie des Français une dizaine de jours avant l’annonce officielle. Ensuite, la chute soudaine du ratio individus positifs / individus testés divisé par trois juste avant Noël. « Tous les raisonnements sur la propagation de l’épidémie et les politiques à adopter à partir de juin 2020 sont basés sur ce ratio. Et là, il y a un autre miracle de Noël : selon les chiffres et les modèles qui les extrapolent, l’épidémie touche à sa fin ! Pour bien comprendre la réalité de la situation, on a juste besoin de savoir que de nombreuses personnes en bonne santé sont allées se faire tester avant les fêtes pour retrouver leurs familles », explique Laurent Gouzènes. « Mais cette information cruciale liée à l’aspect psychologique est très difficile à inclure dans les programmes de traitements automatiques de données et de prévisions : il y a besoin de l’intelligence humaine pour analyser les résultats face à cette discontinuité ».

Comment faire alors ? Traditionnellement, les épidémiologistes travaillent avec ce qu’on appelle un « modèle SIR » (S pour individus Sains (ou Susceptibles d’être infectés), I pour Infectés et R ceux qui sont Rétablis et ne peuvent plus être infectés. On y ajoute des fonctions liées à l’écoulement du temps et à la force de propagation du virus. « Cette approche prend le point de vue du virus essentiellement  » analyse Albert Benveniste. Pour y intégrer le facteur comportemental, les mathématiciens ont décidé d’y intégrer l’équilibre de Nash, issu de la théorie des jeux (un domaine des mathématiques qui s’intéresse aux interactions stratégiques d’agents appelés « joueurs »). « L’équilibre de Nash, c’est l’idée que chaque joueur définit sa stratégie en fonction de celle des autres, continue-t-il. Des comportements anticipatifs sont déjà observés depuis plus de 20 ans dans le secteur économique, notamment chez les individus qui cherchent à prédire l’évolution du cours de la BourseLes mathématiciens ont voulu reproduire cette approche dans la modélisation de la circulation du covid-19  ». Plus précisément, les experts ont appliqué la « théorie des jeux à champ moyen » (Mean Field Games en anglais), qui simplifie les interactions entre joueurs pour pouvoir s’appliquer à de très grands ensembles de populations. Chaque agent (joueur) n’anticipe pas le comportement de son voisin, mais le comportement de la population dans son ensemble. Dans ce contexte, on calcule un « coût » du confinement en fonction du ratio entre le risque sanitaire de sortir et le risque sur la sociabilité de rester enfermé. On optimise ensuite ce coût avec l’équilibre de Nash pour y intégrer le taux d’anticipation de l’individu, puis on fait une évaluation moyenne. Bien sûr, ces coûts varient en fonction des cultures et coutumes de chaque pays. « Les choix effectués par l’individu sont souvent antagonistes du bien collectif, notent les co-auteurs dans leur rapport. En ce sens, il y a une insuffisance méthodologique dans les approches actuelles en épidémiologie ».

Depuis 2020, le facteur humain est devenu le principal élément d’incertitude du gouvernement français. Comment les populations vont-elles tolérer le prochain confinement ? Les gestes barrières seront-ils toujours adoptés ? Selon les auteurs de l’étude, les épidémiologistes savent désormais que plus les contraintes sont imposées tôt, et plus elles sont respectées. À l’inverse, le critère d’acceptabilité pousse à retarder l’annonce des mesures jusqu’au jour où elles sont vues comme inéluctables. « Ce compromis se gère à l’estime, car les autorités ne disposent aujourd’hui d’aucun outil de modélisation permettant vraiment de lier ces deux facteurs et donc de les pondérer », notent les auteurs, qui appellent à jeter les bases d’une véritable politique de gestion de crise en France et en Europe, fondée sur les données et les modèles. Et de conclure sur une note positive : « La bonne nouvelle, c’est que l’Europe et la France sont dotées de champions mondiaux pour le faire, ce qui les positionne en première ligne sur le plan global. Par ailleurs, les individus sont éduqués maintenant : si c’était à refaire, ce serait sans doute avec une approche très différente.  ».

1 réponse »

  1. Oui, structurellement et mécaniquement cette analyse semble assez juste. Il n’en faut pas moins oublier que cette crise est avant tout un belle affaire de gros sous et de sombres profits.Les dits vaccins (reste encore à prouver qu’ils en soient vraiment) toujours et encore expérimentaux, ont obtenus leur ATU (Autorisation Temporaire d’Utilisation) à la seule condition qu’il n’existe aucun médicament de soin. Et pourtant, quand le conseil de l’ordre impose comme seule posologie le repos et le Doliprane, interdit les traitements aux antiviraux et antibiotiques macrolites ou toute autre posologie expérimentée, il y a de quoi s’inquiéter… Pendant ce temps là, les laboratoires producteurs de ces dits vaccins s’accusent mutuellement de produire des effets indésirables majeurs comme les tromboses pour l’Astazeneca, les myocardites chez le Pfizer et des syndromes de Guillain Barré pour le Jansen (regardez d’où viennent les dénonciations).A partir de là, toutes communications sur les produits qui soignent font l’objet de discrédits en chaîne. Les produits efficaces mais qui rendraient caduques les ATU des produits dits vaccinaux, sont attaqués avec force et vigueur (Hydroxichloroquine, Ivermectine, Artemizia, Ravinsara, etc. etc… Jusqu’à la tentative d’assassinat du président Malgache.)Voilà le cœur du problème. Tout le reste n’est que blabla et stratégies comptables… Tout ceci est juste une affaire de gros sous et de profits juteux… Notre président, quand il était chargé d’affaires et associés dans une banque d’affaires de grande renommée, a obtenu un bien joli pactole (un million d’euros) en organisant la vente de son secteur santé et nutrition des jeunes enfants à Nezlait. Je n’imagine pas qu’il ne soit pas resté en lien d’intérêt avec ces multinationales…Alors, à l’aune de ces indications, informations, les choses nous paraissent bien plus claires, bien mieux compréhensibles… Non ?Bien amicalement,Jean-Marc Envoyé depuis Yahoo Mail pour Yahoo

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :