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DYSTOPIE – 2050  : LA FICTION DÉPASSÉE PAR LA RÉALITÉ ?


Quel quotidien climatique dans l’Europe de 2050

Dans son dernier rapport publié lundi, le Giec expose ses prévisions alarmantes sur les évènements naturels extrêmes à venir dans les prochaines décennies. «Libération» s’est projeté en 2050 en imaginant le quotidien climatique en Europe.

ARTICLE

Dystopie – 2050  : la fiction dépassée par la réalité

Libération – par Julie Renson Miquel et Aude Massiot – publié le 9 août 2021 à 20h54

Nous sommes en 2050, le changement climatique a déjà largement modifié les paysages et sociétés humaines en Europe. Ces trente dernières années, malgré les efforts d’acteurs comme l’Union européenne, la courbe mondiale des émissions de gaz à effet de serre n’a pas réussi à s’inverser. Les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) se sont, elles, confirmées avec une hausse des températures mondiales de 2,4 °C par rapport à l’époque préindustrielle. Plongée dans cette Europe du futur.

16 juin 2050, Suède

Cinq jours que les flammes, impitoyables, ravagent la forêt du comté de Vastmanland, à 135 kilomètres de Stockholm, et ont déjà réduit en poussière quelque 15 000 hectares. Eriksson, chef d’unité de pompiers, tente de remonter le moral de ses troupes harassées. A la fin des années 2010, submergée par les feux, la Suède avait dû demander de l’aide à des pays mieux préparés comme la France. Mais cette fois-ci le quadragénaire sait qu’il peut compter sur ses effectifs, qui ont triplé en quelques années. Et pour cause, d’après l’Agence européenne de l’environnement (AEE), le risque de feu a augmenté de plus de 60% dans certaines zones du pays, et chaque feu brûle davantage de surface.

La Suède, qui s’appuie depuis des siècles sur ses forêts pour faire tourner son économie, accuse le coup. Les scientifiques alertent pourtant depuis des décennies : le réchauffement climatique, accélérateur de ces mégafeux, est en moyenne deux à trois fois plus rapide dans le nord de l’Europe que dans le reste du monde. A Stockholm, les habitants ne sont plus étonnés lorsque le mercure atteint les 48 °C dès le mois de juin.
Edito

Climat : le plus dur reste à faire

Dès 2021, l’Union européenne avait adopté une nouvelle stratégie de protection des forêts, visant à limiter la combustion des arbres pour produire de l’énergie, à protéger les forêts anciennes de l’exploitation et à planter trois milliards d’arbres. Mais la capacité des forêts, des sols et des océans à absorber le CO2 émis par les hommes s’est affaiblie au fil des décennies.

Exit, le pin sylvestre ou l’épinette de Norvège, trop sensibles aux changements climatiques. Les forêts suédoises se sont progressivement couvertes d’essences issues du pourtour méditerranéen. Malgré ces efforts, les randonneurs ne peuvent que remarquer le dépérissement touchant des massifs entiers. Outre la propagation du scolyte (un insecte) accélérée par la sécheresse et la monoculture, d’autres ravageurs prolifèrent, tels le grand charançon du pin et la mineuse du marronnier d’Inde qui ont migré du centre de l’Europe faisant grimper l’usage d’insecticides de 20% en dix ans.

28 août 2050, Pays-Bas

Ce matin-là, aux aurores, Jeroen a été réveillé par un message reçu sur son portable : «Ordre d’évacuation immédiat de votre zone d’habitation. Veuillez rejoindre au plus vite le refuge spécial inondations de votre quartier.» Le trentenaire de Rotterdam n’a pas bronché. Comme les centaines de milliers d’habitants de la zone du delta du Rhin, aux Pays-Bas, il commence à avoir l’habitude. Les inondations côtières, encore exceptionnelles dans les années 2020, sont devenues la norme trente ans plus tard.

Les autorités locales et nationales avaient vu venir le coup. Dès 2010, un programme appelé «Delta» a été lancé pour préparer le pays – dont un quart du territoire est situé au-dessous du niveau de la mer – à la hausse des océans provoquée par le changement climatique.


Aux Pays-Bas, la mer en embuscade


Les Pays-Bas ont été pionniers dans ces politiques d’anticipation, alors que certains Etats européens ont préféré passer outre les avertissements. «En l’absence d’investissements supplémentaires sur l’adaptation des côtes, les pertes moyennes annuelles dans les 17 principales villes côtières européennes pourraient croître d’un milliard d’euros en 2030 à 31 milliards en 2100, dans un scénario de fortes émissions», avait prévenu l’Agence européenne de l’environnement dès 2020. A l’échelle mondiale, d’ici 2300, le niveau des mers pourrait bondir de 2,3 à 5,4 mètres (par rapport à la période 1981-2010).

Dans la région de l’estuaire du Rhin, où se côtoient Rotterdam et Dordrecht, joyaux économiques du pays, le programme Delta a vu un déploiement sans précédent de moyens financiers. Près de 50 kilomètres de digues ont dû être renforcés tous les ans pour arriver en cette moitié de siècle à voir la quasi-totalité des défenses côtières à niveau. Les autorités locales ont aussi amélioré la barrière anti surcotes – ces vagues de submersion portées par les tempêtes. Elle fut précieuse lors de la tempête Clara en 2042, qui a dévasté une partie des côtes françaises de Nouvelle-Aquitaine et de Bretagne.

4 octobre 2050, République tchèque

Branle-bas de combat à Vrchlabi, en République tchèque. Les orages accompagnés de fortes pluies, qui ont commencé à s’abattre sur le pays il y a maintenant trois jours, ne faiblissent pas. Plusieurs milliers d’habitants sont privés d’électricité tandis que l’eau continue de monter. Karolina termine à la hâte la valise de ses deux enfants. Les pompiers viennent d’arriver en bas de l’immeuble et sont prêts à l’emmener en lieu sûr. Depuis les pluies torrentielles ayant provoqué des inondations meurtrières dans plusieurs pays d’Europe centrale en 2034, les protocoles de sécurité sont rodés.

Mais les autorités n’avaient pas prévu que le barrage de l’Elbe, plus grand fleuve du pays, situé à quelques kilomètres au nord de Vrchlabi, déborde dans la nuit. Le niveau des eaux de l’Elbe a atteint un record de 8,57 mètres, soit environ 5 mètres au-dessus de la normale. En quelques minutes, l’eau s’est déversée dans la forêt en contrebas. Heureusement peu de morts sont à déplorer, le secteur s’étant dépeuplé ces dernières années face aux inondations à répétition et aux glissements de terrain.

En Europe centrale,

les épisodes de fortes pluies ont augmenté de 25% depuis les années 2000 en hiver et, d’après les scientifiques, devraient encore croître de 15% au cours de la période 2071-2100. A Prague, ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco, la situation devient préoccupante. L’équivalent de deux mois de pluie s’est déversé en quelques jours, faisant sortir de son lit la Vltava. La maire a rapidement pris la décision de fermer le métro, et le pont Charles, qui relie la vieille ville au quartier historique de Mala Strana. Le renforcement des digues de la vieille ville en 2035 et les sacs de sable mis en place par les soldats ont pour l’instant permis de limiter les dégâts, tandis que la Vltava boueuse charrie troncs d’arbre et carcasses de voitures.



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