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Hannah Arendt : “Le délitement de l’autorité”

Autorité ou obéissance ?

À l’occasion de la publication du Cahier de l’Herne consacré à Hannah Arendt et dirigé par Martine Leibovici et Aurore Mréjen, Philo Mag publie avec l’aimable autorisation des ayants droit un extrait inédit d’un cours donné par l’auteur de La Crise de la culture, à l’université de New York, le 23 novembre 1953.

Elle y revient sur sa définition de l’autorité, distincte de l’obéissance fondée sur la force ou sur l’argumentation.

L’autorité sans cesse croissante de l’expert

Et anticipe le règne de l’expertise.:« …Le concept même de loi a été remis en question par le fait que la loi se réduit à n’être que la figure d’un mouvement prédictible. Reste l’expert. Son autorité n’a cessé de grandir ; il détient absolument les commandes. »

VOIR NOS PRECEDENTES PUBLICATIONS EN REFERENCE A ANNAH ARENDT

Avoir l’esprit politique, une nécessité en démocratie ? https://metahodos.fr/2021/10/17/avoir-lesprit-politique/

METÂHODOS FÊTE SES MILLE PUBLICATIONS. Hannah ARENDT: Philosophe de l’action politique et de la pensée sans entraves. https://metahodos.fr/2021/02/21/metahodos-fete-ses-mille-publications-hannah-arendt-philosophe-de-laction-politique-et-de-la-pensee-sans-entraves/

PHILOSOPHIE POLITIQUE : LES CONCEPTS CLÉS EN 10 ÉMISSIONS, AVEC FRANCE CULTURE. https://metahodos.fr/2021/05/08/philosophie-politique-les-concepts-cles-en-10-emissions/

Bonnes feuilles

Hannah Arendt: “Le délitement de l’autorité”

Hannah Arendt publié le 04 octobre 2021 Philosophie Magazine

L’extrait

(Cahier Hannah Arendt © Éditions de l’Herne, 2021)

« Bien qu’elle s’exprime dans une relation entre celui qui commande et les autres qui obéissent, l’autorité ne repose pas sur la violence et l’arbitraire. Elle présuppose que ceux qui commandent et ceux qui obéissent admettent tous la légitimité du commandement.

 Autorité et légitimité : ceux qui commandent ont le droit de commander et leur commandement est fondé sur quelque chose qui est reconnu sans discussion des deux côtés. 

Le droit de commander repose sur la responsabilité de ce qu’on est censé accomplir.

 Comme dans toutes les relations militaires, par exemple. Celui qui commande sait et ceux qui obéissent exécutent les ordres. Sans cette responsabilité, pas d’autorité. La responsabilité concerne quelque chose que les deux parties ont en commun.

La légitimité du fait même de commander est fondée sur la reconnaissance de son contenu. La loi a de l’autorité même pour le voleur, parce qu’il veut que sa propriété

Le commandement et l’obéissance n’instituent jamais par eux-mêmes une autorité. 

Là où on n’obéit que parce qu’on y est forcé, il n’y a plus d’autorité

. (Les dictatures, totalitaires ou autres, reposent sur la violence, et non sur l’autorité. 

La domination totalitaire s’efforce de remplacer l’autorité par l’idéologie et certaines dictatures par le nationalisme. Ce ne sont là que des substituts, car il n’y a alors aucune source d’autorité, rien qui vienne légitimer ce que chacun considère comme allant de soi.) L’homme qui commet des hold-up n’institue pas d’autorité. […]

La société contemporaine : l’autorité elle-même est un concept historique et elle s’est développée historiquement, tout comme son délitement. Il y a cependant un seul type d’autorité qui, même s’il a souvent servi d’exemple pour toutes sortes d’autorité, n’a jamais été remis en question et qui a toujours paru aller de soi : celle des parents sur l’enfant.

 L’élimination de l’autorité de l’éducation est en soi le signe le plus flagrant du délitement de l’autorité, précisément parce qu’elle a remis en question ce qui constituait à toutes les autres périodes le fondement naturel et donc le symbole de tous les autres types d’autorité – politique, spirituelle, etc. 

Politiquement, nous vivons dans un monde où naissent constamment de nouvelles personnes ; le corps politique garantit une relative permanence contre ces nouveaux arrivants, ces commenceurs, etc. L’autorité est essentielle en ce sens. 

Ce délitement de l’autorité est représentatif de celui de toute autorité personnelle. Des vestiges d’autorité subsistent dans la Loi et l’Expert. Toutefois, l’expert n’est pas une personne réelle qui prend ses responsabilités. Il est supposé savoir et, à travers lui, ce sont les choses qui prennent les commandes. Quant à l’autorité de la Loi, elle est remise en question, principalement dans les pays totalitaires, bien sûr, mais cette remise en question dure depuis presque un siècle. Le concept même de loi a été remis en question par le fait que la loi se réduit à n’être que la figure d’un mouvement prédictible. Reste l’expert. Son autorité n’a cessé de grandir ; il détient absolument les commandes. »

Texte traduit de l’anglais par Jean-Luc Fidel.

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