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5’ VAGUE FULGURANTE : COMMENT DÉCIDER. Emmanuel Hirsch

TRIBUNE – Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’université Paris-Saclay et auteur d’Une démocratie endeuillée-Pandémie, premier devoir d’inventaire, appelle le président de la République à prendre les mesures les plus efficaces contre le Covid-19 et se détacher du contexte politique.

EXTRAIT

« À moins de reconnaître comme un constat d’échec ou d’impuissance, que la société française est désormais réfractaire à des renoncements dont on lui donnait à croire qu’ils ne seraient plus d’actualité, épuisée de surcroit par une gestion chaotique de la crise en dépit des mesures d’accompagnement économique. »


Tribune

Covid-19: « Face à une 5e vague ‘fulgurante’, Emmanuel Macron pourra-t-il décider ‘sans tabou’? »

le 22 novembre 2021 JDD, Emmanuel Hirsch

Voici la tribune d’Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’université Paris-Saclay :

« Les autorités autrichiennes ont imposé un quatrième confinement, évoquant également l’assignation à résidence des personnes non-vaccinées contre le Covid-19. En Europe, d’autres mesures restrictives sont décidées : elles suscitent des mouvements de contestation comme c’est le cas au Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne. En Guadeloupe, les contraintes sanitaires attisent les protestations, provoquant des désordres et des émeutes. Le contexte politique français est-il de nature à permettre au gouvernement d’imposer des mesures strictes si les circonstances sanitaires l’imposaient?

Avoir souhaité un ‘retour à la normale’ sans prendre le temps d’un retour d’expérience et sans estimer nécessaire d’associer la société à l’anticipation d’une nouvelle phase de la crise sanitaire, ne fragilise-t-il pas l’exécutif dans sa capacité de déterminer des lignes d’action peut-être coercitives auxquelles devrait adhérer notre société comme en mars 2020? La capacité de nos hôpitaux dont il a tant été débattu ces dernières semaines, serait-elle à la hauteur d’un nouveau défi sanitaire d’ampleur sans à nouveau consentir à des déprogrammations?

Le discours enchanteur du ‘retour à la normale’ semble s’être périmé en quelques heures.

La stratégie de réouverture énoncée par le chef de l’Etat le 29 avril 2021 posait de manière claire une méthode : ‘progressivité, prudence et vigilance'[1]. Manquait l’anticipation des circonstances imprévues d’une évolution pandémique imposant des décisions politiques contraignantes qu’il sera peut-être irresponsable de différer dans les prochaines semaines.

Le discours enchanteur du ‘retour à la normale’, proclamé comme un slogan afin de nous donner à croire que la crise sanitaire était maîtrisée et dépassée, semble s’être périmé en quelques heures.

L’annonce de l’obligation vaccinale d’une troisième dose à laquelle sont assignées depuis le 9 novembre les personnes de plus de 65 ans, ne constitue-t-elle pas l’un des signes précurseurs d’autres dispositions d’ordre public qui risqueraient de s’imposer dans l’urgence si nous ne parvenions pas à atténuer notre exposition à un risque dont la menace semble se confirmer?

De nouveaux compromis relatifs notamment à l’exercice de nos libertés individuelles s’imposeront-ils à nouveau, y risquant, dans le contexte politique actuel, une contestation cette fois difficilement surmontable et utilisée à des fins dont nul n’ignore les mobiles?

Il était imprudent d’envisager une pause dans la mobilisation sanitaire

Si le souci de préserver le juste équilibre entre les libertés fondamentales et les impératifs sanitaires est invoqué pour éviter tout excès, les marges d’action sont limitatives.

D’un point de vue politique, si des mesures de santé publique devaient s’imposer cette fois encore dans la précipitation faute d’avoir su donner à comprendre les enjeux démocratiques d’une mobilisation contre le Covid-19 exigeante et juste sur un long terme, n’y aurait-il pas alors raison de mettre en cause une forme de négligence en terme de gouvernance? À moins de reconnaître comme un constat d’échec ou d’impuissance, que la société française est désormais réfractaire à des renoncements dont on lui donnait à croire qu’ils ne seraient plus d’actualité, épuisée de surcroit par une gestion chaotique de la crise en dépit des mesures d’accompagnement économique.

Il était imprudent d’envisager une pause dans la mobilisation sanitaire, même si l’acceptabilité de la société sur le long cours constitue une donnée qui détermine nécessairement la stratégie politique. Alors que nous disposions d’un temps d’atténuation de la dynamique pandémique, ne devions-nous pas y trouver l’opportunité d’analyses rétrospectives afin d’apporter les correctifs nécessaires aux dispositifs continus rendus indispensables par une crise qui se chronicise ?

Nous pourrions regretter dans les prochaines semaines le temps où notre liberté était de pouvoir agir volontairement et en responsabilité contre la pandémie, étant solidairement partie-prenante de la stratégie vaccinale.

Selon quels critères estime-t-on que le pari de la responsabilisation individuelle n’est plus tenable?

Dans un courrier adressé le 1er juillet 2021 aux présidents de groupes parlementaires, le Premier ministre observait ‘que de nombreuses personnes ne respectent pas l’isolement lorsqu’elles sont infectées par le virus. Ce constat pourrait conduire à nous interroger sur l’opportunité d’instaurer une obligation d’isolement, assortie de sanctions, comme nous l’avons déjà fait pour les personnes en provenance de certains pays à risque élevé’.

Selon quels critères et à quel seuil dans l’échelle de gravité, estime-t-on que le pari de la responsabilisation individuelle et du respect sans conditions de l’autonomie décisionnelle n’est plus tenable, voire que des dispositions obligatoires devraient s’imposer au regard de l’intérêt supérieur de la nation?

S’il convient de comprendre les résistances, d’expliquer et de convaincre afin d’éviter que les positions dissidentes ne s’assimilent à une contestation politique à l’égard de l’exécutif, ce n’est qu’en adoptant une méthode de gouvernance inventive d’autres pratiques. On constate leurs limites et les écueils auxquels nous sommes confrontés lorsque le discours intentionnel, injonctif et souvent moralisateur semble déjoué par les faits.

Le risque de regain de la menace pandémique intervient dans un contexte où ‘le retour à la normale’ était fondé sur la conviction que la vaccination à elle seule était la solution absolue pour nous protéger et nous prémunir de toute éventualité. Si les études scientifiques attestent de la pertinence de la vaccination pour éviter en des pourcentages significatifs la réanimation et un décès évitable, la réalité immédiate suscite à nouveau à cet égard des controverses qui ne pourront que se renforcer et accentuer les clivages.

Notre démocratie est fragile du décalage entre les contraintes de l’approche politique de la pandémie et la cinétique de la pandémie

Notre démocratie est fragile du décalage évident entre les contraintes de l’approche politique de la pandémie (tout particulièrement à 6 mois de l’échéance présidentielle) et la cinétique d’une pandémie révélatrice, cette fois encore, d’une incapacité à comprendre comme arbitrer ensemble des choix qui nous concernent collectivement. Ce sens et cette intelligence politiques du réel devraient être compris comme l’urgence qui conditionne jusqu’à nos choix politiques dans quelques mois.

Le 25 mars 2021, à la suite du Conseil européen, le président de la République évoquait ses résolutions dans sa stratégie de lutte contre le Covid-19 : ‘Je considère que nous avons eu raison le 29 janvier (2021) de ne pas prendre de mesures de fermeture, nous avons eu raison ensuite d’apporter les premières mesures de freinage. Et en fonction de l’évolution de cette épidémie, nous prendrons toutes les mesures en temps et en heure. Il n’y a à nos yeux aucun tabou. Nous devons à chaque fois avoir la réponse la plus adaptée [2].’

A quels tabous devra-t-il se confronter si les circonstances sanitaires le justifiaient pour imposer à notre société ‘la réponse la plus adaptée’? »

[1] « Une stratégie et un agenda de réouverture », gouvernement français, 12 mai 2021

[2] Discours du président de la République, 25 mars 2021

1 réponse »

  1. Bonjour, Thierry,Ladite 5e vague risque bien d’être cette d’effets des médicaments géniques qu’ils nomment vaccins. Avez vous écouté les derniers entretiens avec le Pr Luc Montagnier ?Vous souvenez vous du montant Exact de l’amende infligée à Pfizer pour escroquerie ?Avez vous compris qui a lâché désinformation désobligeantes sur Moderna et Johnson & Johnson jusqu’à faire disparaitre leurs dits vaccins du marché ?Dans les guerres de gros sous, il faut toujours regarder ce qu’il se passe sous la table…Bien amicalement,Jean-Marc

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