Aller au contenu principal

RAPPORT PUSANI-FERRY « TOMBÉ DANS UN VIDE POLITIQUE SIDÉRAL »

PUBLICATIONS PRÉCÉDENTES :

LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE N’EST PAS FINANCÉE : VERS UN IMPÔT SUR LES « AISÉS » ? https://metahodos.fr/2023/05/29/la-transition-ecologique-nest-pas-financee-vers-un-impots-sur-les-aises/

metahodos.frhttps://metahodos.fr › 2023/05/24LUTTE POUR LE CLIMAT : DES OBJECTIFS SANS LES MOYENSil y a 6 jours — Lutte pour le climat : Jean Pisani-Ferry prône pour un endettement «légitime» et une imposition «exceptionnelle des plus aisés». par Coralie …

metahodos.frhttps://metahodos.fr › 2023/05/29Le plan de neutralité carbone coûterait 66 milliards d’euros par an d’ici 2050il y a 1 jour — Le projet Pisani-Ferry, je suis radicalement contre. Parce que ce qu’il prépare, c’est la stagnation dans la médiocrité, puisqu’il nous …

metahodos.frhttps://metahodos.fr › 2023/01/19RETRAITE : L’ÉQUITÉ ET L’EFFICACITÉ DEVAIENT CONDUIRE … 19 janv. 2023 — Jean Pisani-Ferry – jadis proche du président de la République – donne tardivement son point de vue « Le gouvernement devrait assumer …

ARTICLE

Transition écologique et dépenses publiques : « Le rapport de Jean Pisani-Ferry semble tombé dans un vide politique sidéral »

Françoise Fressoz éditorialiste au « Monde »

Un an après la réélection d’Emmanuel Macron, l’exécutif doit indiquer clairement comment il finance la transition écologique qui apparaît comme le grand chantier à venir, souligne Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

Au mitan des cent jours, dont il a lui même fixé l’échéance, Emmanuel Macron a atteint son premier objectif : il est parvenu à enrayer sa chute dans les sondages alors que la gauche reste toujours mobilisée contre la réforme des retraites. Dans le baromètre IFOP-Le Journal du dimanche paru le 28 mai, sa cote de popularité se situe à 28 %, en hausse de 2 points par rapport au mois précédent. Dans l’enquête BVA-RTL, publiée deux jours plus tôt, elle grimpe à 32 % (+ 6 points). Celle de sa première ministre, qui apparaissait il y a quelques semaines en très grande difficulté, suit la même évolution. Il manque cependant à Elisabeth Borne une feuille de route claire et un dispositif politique solide pour tourner la page de cette première annus horribilis.

La nécessité de fixer un cap et de marquer un nouveau départ apparaît d’autant plus forte que le contexte budgétaire n’est plus le même qu’il y a un an. Sur fond de remontée des taux d’intérêt, l’état des finances publiques commence à être scruté avec méfiance par les agences de notation, Bruxelles et les partenaires européens de la France. La crainte de voir Standard & Poor’s baisser d’un cran sa note début juin, comme l’a fait Fitch au mois d’avril, pousse le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, à multiplier les gels de crédits et les explications pour tenter de convaincre que l’endettement (109,6 % du PIB prévus en 2023) et les déficits (4,9 % du PIB) sont sous contrôle et vont décroître dans la durée.

L’allongement de l’âge de départ à la retraite, adopté en bravant l’impopularité et le feu des critiques, s’inscrit bien dans le double souci de réduire le déficit prévisionnel de l’assurance-retraite et d’augmenter le volume de travail.

Le gouvernement n’en est pas moins sous surveillance, parce que la France cumule toujours un taux élevé d’endettement, de dépenses publiques et de prélèvements obligatoires qui obèrent ses marges de manœuvre. Elle commence tout juste à le redécouvrir, alors que la campagne présidentielle de 2022 est restée entièrement placée sous le signe de l’argent gratuit et du dopage collectif au « quoi qu’il en coûte ».

Sans voix

Dans ce contexte, la publication, le 22 mai, du rapport de l’économiste Jean Pisani-Ferry et de l’inspectrice générale des finances Selma Mahfouz sur « Les incidences économiques de l’action pour le climat » a fait l’effet d’une petite bombe. Rédigé avec le concours de France Stratégie, l’organisme de prospective rattaché à Matignon, le document souligne à quel point le pays est collectivement mal préparé à la transition écologique, décrite comme « un choc d’offre négatif qui s’accompagne d’un besoin de financement d’investissements dont la rentabilité n’est pas acquise ».

Lire aussi : Baisse de la dette : Bercy table sur des dépenses moindres et une croissance plus dynamiqueA

Les deux experts évaluent à 34 milliards d’euros le montant des dépenses publiques qu’il faudra engager chaque année, d’ici à 2030, pour espérer en générer près de deux fois plus avec le privé. Parallèlement, ils insistent sur le choc social que va entraîner cette mutation aux implications très inégalitaires. A titre d’exemple, le coût de la rénovation d’un logement, évalué en moyenne à 24 000 euros, représente 146 % du revenu annuel moyen d’un ménage très modeste et 82 % de celui d’un ménage appartenant aux classes moyennes.

Dans une démocratie qui fonctionne normalement, tous ces aspects qui touchent au contrat social devraient être portés par les partis politiques, abondamment documentés et déjà débattus sur la place publique.

Lire aussi l’entretien :Jean Pisani-Ferry : « Nous préconisons un impôt exceptionnel sur le patrimoine financier des plus aisés pour la transition climatique »

Au lieu de quoi, le rapport semble tombé dans un vide politique sidéral : les formations de gauche, y compris celles qui se veulent le fer de lance de la planification écologique, sont restées sans voix, tandis que le gouvernement s’est retrouvé sur la défensive, assurant, sans pouvoir le démontrer clairement, qu’il serait capable de financer la transition écologique, comme les autres investissements (éducation nationale, santé publique), sans alourdir le taux d’endettement global ni augmenter les impôts.

Divergences internes

L’unique souci de la plupart des ministres a été de récuser la proposition du rapport consistant, au nom de l’équité, à lever un impôt exceptionnel sur le patrimoine financier des 10 % de ménages les plus riches. Le propos avait le malheur de ne pas s’inscrire dans la doxa présidentielle du moins d’impôts.

Lire aussi : Transition écologique : le gouvernement opposé à la création d’un « ISF vert »

Les enjeux du zéro carbone à l’horizon 2050 placent tout le monde sur la réserve: la gauche, qui n’a pas tranché en son sein le débat entre « croissants » et « décroissants », et qui refuse toujours de s’interroger sur les raisons du ras-le-bol fiscal ayant miné le quinquennat de François Hollande ; la droite, qui dénonce les 3 000 milliards de dette publique mais reste incapable de documenter les économies budgétaires appelées de ses vœux ; le parti présidentiel, qui tourne autour du financement de la transition écologique sans oser s’en emparer pleinement. Autant le parti avait été capable, il y a quelques mois, d’ouvrir un débat sur le partage de la valeur, autant il rechigne à mener la confrontation autour de la fiscalité verte, de crainte de creuser les divergences internes après l’épreuve des retraites.

Il existe, de fait, une divergence de fond entre l’aile droite de Renaissance, incarnée par Bruno Le Maire, qui mène croisade contre le trop d’impôts, et l’aile gauche qui, à l’instar de Pascal Canfin, appelle à ne pas escamoter le sujet : « Il faut sortir du double dogme consistant d’un côté à brandir un impôt à chaque fois qu’il y a un problème de financement, de l’autre à dire qu’il n’y aura jamais d’impôt en plus », plaide le président de la commission de l’environnement du Parlement européen, en soulignant que « des initiatives intéressantes peuvent être prises au niveau international ».

Lire aussi : Planification écologique : Macron et Borne face au mur des choix douloureux

Une fois encore, tout va reposer sur l’impulsion présidentielle, comme si le système politique était devenu incapable, sur un sujet aussi majeur, de générer une délibération collective digne de ce nom.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.