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La méticuleuse destruction du marché immobilier se poursuit
Simone Wapler. ATLANTICO
La destruction du marché immobilier est, pour Simone Wapler, la conséquence inévitable d’un cercle vicieux entretenu par la puissance publique.
Les propriétaires bailleurs viennent de prendre un nouveau coup avec la prolongation du blocage des indices d’indexation des loyers.
À la sauvette, sans débat, le plafonnement de revalorisation de la variation annuelle des indices locatifs a été prolongé par l’Assemblée nationale selon la proposition de loi adoptée fin mai.
Cette mesure figurait déjà dans la loi pouvoir d’achat parmi celles portant sur « la protection du niveau de vie, sur la protection du consommateur et sur la souveraineté énergétique » promulguée en 2022.
L’évolution des indices de référence des loyers (IRL et ILC) était plafonnée à 3,5 % jusqu’au deuxième trimestre de l’année 2023. Dit autrement, si vous aviez à réviser un loyer, l’augmentation ne pouvait pas excéder 3,5 %.
Voici l’évolution de l’IRL publiée Inflation: le poids des dépenses contraintes des Français bondit, atteignant 38% de leurs revenuspar l’INSEE :

Comme vous pouvez le constater sur l’année 2022, la progression de l’IRL a bien été plafonnée à 3,5 %. Dans le même temps, le taux d’inflation se montait à 5,2 %. Autant de rendement perdu pour le propriétaire bailleur.
La situation est similaire pour les loyers commerciaux.
Le député Renaissance rapporteur de cette loi, Thomas Cazenave, a donc réussi à faire prolonger d’un an les blocages « temporaires », au motif de protéger les locataires des hausses des prix.
Un vilain diable dans les détails : la falsification des indices
Notez qu’un gouvernement moins malhonnête dans sa communication aurait pu décréter de plafonner les augmentations de loyer sans pour autant demander à l’INSEE de publier un indice ne correspondant plus à aucun calcul. Ainsi les choses eussent été plus transparentes.
Plus il dure, plus la sortie de ce dispositif serait douloureuse pour les locataires. Car si l’INSEE reprend ses calculs sur les mêmes bases qu’au début de 2021, les indices des loyers devraient faire un bond très important pour recoller à l’indice des prix.
Mais je doute que la sortie se fasse dans des conditions honnêtes… pour les propriétaires.
Macron n’aime pas l’immobilier, contrairement aux Gaulois réfractaires. Il a maintenu l’impôt sur la fortune pour la pierre seulement et c’est ainsi que l’ISF est devenu IFI (comme fortune immobilière).
Les gouvernements Macron – comme d’ailleurs les gouvernements précédents – n’aiment pas non plus les propriétaires bailleurs. Ils sont réputés riches et il est bien connu qu’en France un riche est nécessairement quelqu’un qui, d’une façon ou d’une autre, a exploité des plus faibles que lui. En outre, le propriétaire bailleur ne doit pas se plaindre, car il est riche de plus-values fictives qui lui tombent du ciel grâce à la hausse vertigineuse de l’immobilier.
La destruction du marché immobilier par la planche à billets et les encadrements de loyer
La hausse de l’immobilier est essentiellement due à la politique de création monétaire et de manipulation des taux à la baisse. Elle pousse bien évidemment à la hausse les loyers puisque les propriétaires investisseurs entendent bien évidemment obtenir un rendement de leur épargne placée ainsi.
Poussant aussi au renchérissement, sont venues s’ajouter plus récemment une multitude de normes énergétiques ou de sécurité qui augmentent encore le coût de l’habitat. Selon le rapport d’Olivier Sichel, directeur général délégué de la Caisse des Dépôts et directeur de la Banque des Territoires, passer d’une catégorie F ou G à C ou B coûte 25 000 euros pour un appartement en logement collectif et 46 000 euros pour une maison. Malgré les « aides » de l’État, la facture à charge du propriétaire bailleur reste très lourde.
Pour retrouver un peu de rentabilité, beaucoup de propriétaires qui le pouvaient se sont tournés vers les locations saisonnières, locations de courte durée, Airbnb et équivalents. Face à la grogne des habitants non saisonniers qui éprouvent des difficultés à se loger, les mairies ont recours à des solutions coercitives qui vont continuer à aggraver la crise de l’immobilier.
Face aux effets pervers des politiques monétaires et publiques, la solution est toujours la même : encadrements, réglementation, blocage. Sans oublier la nationalisation du marché locatif d’habitation, l’ambition étant de proposer le plus de « logements sociaux » possibles.
Dans le cas de l’immobilier et de la mainmise de l’État sur le parc locatif d’habitation, on peut s’attendre à une crise encore plus grave que celle des hôpitaux publics. Dans ce dernier cas, au moins, les services des hôpitaux privés continuent à fonctionner, ne coûtent pas plus chers aux patients et ne pèsent pas sur les contribuables.
« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».
Cette citation apocryphe de Bossuet devrait figurer sur le bureau de chaque élu et de chaque fonctionnaire qui s’apprête à corriger un effet pervers d’une mesure qu’il a instaurée.