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L’ISLAM POLITIQUE EN FRANCE : LA RÉALITÉ DERRIÈRE LES POLÉMIQUES

EMISSION

Quelle est la réalité de l’islam politique en France ?

Mercredi 14 juin 2023 RADIO FRANCE

Les polémiques au sujet de l’islam agitent régulièrement les sphères politique et universitaire, au sein desquelles les chercheurs s’affrontent, parfois violemment, et font face à des menaces. L’islam constitue-t-il un sujet de recherche particulier, trop politisé ?

Avec

  • Florence Bergeaud-Blackler anthropologue, chargée de recherche au CNRS à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Aix-Marseille Université)
  • Cédric Baylocq Docteur en anthropologie sociale et culturelle, chargé de cours à l’Institut Catholique de Paris.

Préfacé par Gilles Kepel, le livre « le frérisme et ses réseaux, l’enquête » publié par l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler en janvier dernier a provoqué de fortes réactions. La chercheuse a dû être placée sous protection policière après avoir reçu des menaces de mort. Elle a tenu le 2 juin denier une conférence en Sorbonne sous protection policière, juste après avoir reçu le prix de la Revue des deux mondes pour son livre.

Dans celui-ci, présenté sous la forme d’une enquête, Florence Bergeaud-Blackler retrace l’histoire de la confrérie des frères musulmans, née en Egypte en 1924, mais s’intéresse surtout à son implantation en Europe depuis les années 1960. Une implantation qui selon la chercheuse obéit à système d’action et à un plan d’islamisation patiente du continent.

Mais cette approche a immédiatement été critiquée par certains de ses consœurs et ses confrères, universitaires spécialistes de l’islam politique, que Florence Bergeaud-Blackler accuse pour certains d’entre eux d’être au mieux naïfs, au pire complices de cette entreprise frériste, qu’il s’agira dans cette émission de préciser.

Inutile de dire qu’ils et elles n’ont pas été nombreuses et nombreux de accepter de dialoguer ce soir avec l’anthropologue. Merci donc à Cedric Baylocq.

Pour en débattre, Emmanuel Laurentin reçoit Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue, chargée de recherche CNRS (HDR) au groupe Sociétés, religions, laïcité à l’École pratique des hautes études ; Cédric Baylocq, docteur en anthropologie, chargé de cours à l’Institut Catholique de Paris, où il donne le cours « Socio-histoire de l’islam de France », et chercheur associé à l’ISTR (Institut des Sciences et théologie des religions) et au LAM de Sciences Po Bordeaux.

« Les Frères musulmans ont sous-traité les catégories populaires aux fréro-salafistes, qui ont en commun le fait d’être fondamentalistes, traditionnalistes et littéralistes »

« Ce qu’on produit les Frères musulmans en Europe, ce n’est pas seulement un islam politique, mais un islam politico-religieux » explique Florence Bergeau-Blackler, « je veux montrer qu’il s’agit d’un système d’action destiné à rassembler l’ensemble des courants pour les amener à l’accomplissement de la prophétie califale ». Son approche est globalisante : « je parle du frérisme, pas de la confrérie, ni des fréristes, mais bien d’un mouvement qui infuse dans la société ». Son avantage ? L’adaptabilité selon elle : « la doctrine de l’islam du juste milieu s’appuie sur l’utilisation de toutes les organisations et de leurs spécificités, la négociation permise par les plus libéraux, l’organisation des djihadistes, la spiritualité des soufis… ». Elle revient aussi sur les polémiques qui animent le monde universitaire depuis la publication de son livre : « quand vous faites un travail de synthèse, il faut dire qui s’est trompé ».

« Il ne faut pas continuer à laisser peser un soupçon sur le fait que certains chercheurs puissent être des complices des Frères de manière dissimulée »

UCédric Baylocq décrit l’histoire du mouvement des Frères musulmans, créés en 1928 en Egypte : « Hassan el-Banna a rédigé cinquante requêtes, la lettre idéologique du mouvement, qui devient ensuite transnational, et se décline de diverses manières selon les contextes culturels des pays ». Il appelle à la nuance : « si quelqu’un vient me voir pour me dire qu’il n’y a aucun problème avec le frérisme en France, je dirai qu’il a tort. Mais si on vient me dire ensuite que c’est le sas d’entrée de la radicalisation violente, je dirai ‘attention’ ». Dans ses travaux, il cherche à montrer les décalages entre l’articulation et la compréhension du corpus idéologique frériste : « un frère libanais, jordanien et français ne pensent pas la même chose ». Il observe d’ailleurs un ralentissement du mouvement en France : « il y a une baisse de la fréquentation du rassemblement annuel des Musulmans de France […] et les catégories populaires ont en partie été récupérées par les salafistes ».

LIEN VERS L’ÉMISSION

Pour aller plus loin

  • Florence Bergeaud-Blackler est l’autrice de Le frérisme et ses réseaux, l’enquête, paru chez Odile Jacob en janvier 2023.
  • Cédric Baylocq a co-dirigé l’ouvrage Renouveau de l’islamologie en Europe, paru au Cerf en 2023. Il va publier un article avec Haouès Seniguer dans un ouvrage collectif intitulé Théologie musulmane du pluralisme religieux qui paraîtra en 2023 aux éditions du Cerf.

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