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Violences nocturnes après la mort de Nahel : la communauté internationale « inquiète » de la situation, plusieurs pays mettent en garde leurs ressortissants
LA FRANCE DES ÉMEUTES VUE DE L’EXTÉRIEUR. METAHODOS VOUS PROPOSE UNE SÉRIE D’ARTICLES
« Des émeutes ont éclaté mercredi soir dans de nombreuses communes de banlieue parisienne et en région, après la mort de l’adolescent tué par un policier après un refus d’obtempérer. Une “situation électrique” qui fait resurgir “le spectre des émeutes de 2005”, note la presse européenne. » PREMIER ARTICLE DE COURRIER INTERNATIONAL
ARTICLE
“La France sur un brasier” : les violences se propagent à travers l’Hexagone après la mort de Nahel
Courrier international – 30 juin 2023 Noémie Taylor-Rosner
“L’appel au calme” du président Emmanuel Macron n’aura pas suffi à éteindre “la colère” des jeunes, qui s’est au contraire “propagée de la capitale à la province” mercredi 28 juin dans la soirée, note le Times.
De nouvelles émeutes ont éclaté dans de nombreuses communes de banlieue parisienne et plusieurs villes de France comme Lille, Amiens ou encore Lyon, après la mort à Nanterre de Nahel, adolescent de 17 ans tué par un policier après un refus d’obtempérer. À Toulouse, une centaine d’individus ont tiré des projectiles sur les forces de l’ordre, rapporte le quotidien italien La Repubblica.
La situation s’est ensuite particulièrement tendue dans le chef-lieu des Hauts-de-Seine, déjà théâtre d’affrontements entre habitants et forces de l’ordre la nuit dernière. Plus d’une dizaine de voitures et des poubelles ont été incendiées, et des barrières ont été placées sur la route. Le poste de sécurité de l’entrée du domaine de la prison de Fresnes a aussi été attaqué au mortier d’artifice par des émeutiers, a appris l’Agence France-Presse de source policière.
“Des milliers de forces de sécurité supplémentaires” ont été mobilisées pour faire face à cette “deuxième nuit de troubles”, souligne la BBC.
“Le spectre des émeutes de 2005”
Cette “situation électrique” fait resurgir “le spectre des émeutes des banlieues de 2005”, note mercredi soir La Libre Belgique. Le quotidien belge rappelle que ces dernières avaient commencé “après le décès de deux adolescents, morts électrocutés dans un poste électrique à Clichy-sous-Bois […] alors qu’ils tentaient d’échapper à un contrôle policier”.
La France se trouve “sur un brasier” après cette “probable bavure policière”, estimait déjà en fin d’après-midi Le Soir en notant que “l’exécutif a sorti toutes ses lances à eau ce mercredi” pour tenter d’éteindre l’incendie. Emmanuel Macron avait notamment déclaré que le décès de l’adolescent tué à bout portant était un acte “inexplicable” et “inexcusable”.
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“Le problème des tirs mortels lors de refus d’obtempérer est systémique en France”, analyse le politologue Sebastian Roché dans une interview accordée au quotidien suisse Le Temps. “On a en France un modèle de police assez agressif, qui doit faire peur, davantage que dans les autres pays d’Europe mais moins qu’aux États-Unis. Et cette loi déroge à des règles de la Cour européenne des droits de l’homme. C’est une singularité française”, estime-t-il.
“Deux camps caricaturaux et irréconciliables”
Pour l’éditorialiste de la Tribune de Genève, Alain Rebetez, la mort de l’adolescent “divise de nouveau la France en deux camps caricaturaux et irréconciliables. D’un côté les pourfendeurs des ‘violences policières systémiques’, de l’autre les défenseurs de la ‘police républicaine injustement attaquée’.”
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Le journaliste souligne que “les bavures policières existent et souvent elles échappent à la loi. L’autre élément établi par des chercheurs est que, depuis la révision de la loi de 2017, les policiers tirent plus et tuent plus”. De l’autre côté, “il y a la victime, le jeune Nahel, que le footballeur Kylian Mbappé appelle ‘petit ange’” et qui “conduisait sans permis une voiture puissante et coûteuse louée à l’étranger”. “Le petit ange était, ce matin-là du moins, un délinquant qui avait choisi de prendre des risques”, même “s’il l’a payé beaucoup trop cher”, estime l’éditorialiste. “Dans le débat politique français, ces deux vérités ne sont jamais confrontées, elles s’affrontent stérilement, on est dans un camp ou dans l’autre, il faut choisir. Pauvre débat, triste débat, qui ne fait qu’entretenir la violence, car chacun ne veut voir que celle de l’autre.”