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ÉMEUTES (27) : LE DÉNI, SUITE – L’EXÉCUTIF REFUSE DE PARLER DES CAUSES PROFONDES ET SE POLARISE SUR LES RÉPARATIONS

LE DÉNI SUR LES CAUSES ET SUR LES RESPONSABILITÉS

Le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, Christophe Béchu, a fermé la porte à tout débat sur les réponses de l’exécutif face à l’embrasement des quartiers populaires.

Les réponses de l’exécutif face à l’embrasement des quartiers populaires. Celles-ci viendront plus tard, « à la rentrée », a-t-il assuré, mercredi 19 juillet, devant les députés de la commission des affaires économiques.

Répondre aux conséquences, sans analyser les causes

« Tant que nous nous contenterons de répondre seulement aux conséquences, les causes, elles, continueront de produire les mêmes effets, encore et encore », a déploré la députée écologiste des Hauts-de-Seine Sabrina Sebaihi.

La vice-présidente du groupe d’études « villes et banlieues » à l’Assemblée estime que le gouvernement n’a « ni vision politique, ni même le souffle d’une idée nouvelle face à ce problème qui dément chaque jour la devise de notre pays ».

ENJAMBER, UNE NON GOUVERNANCE FRANÇAISE ?

Enjamber les crises, c’est à dire créer un récit décalé des réalités sur leurs causes et leurs conséquences, puis rebondir sur un autre artifice de communication… nous y sommes habitués.

Après la grave crise populaire des retraites, on invente les « 100 jours d’apaisement », on évoque du 1er jour au 101 ème l’hypothèse d’un changement de 1 ministre dont la presse parlera tous les jours … on promet de parler à l’issue : pas de déclaration et la décision de changer de 1 ministre n’a pas pu être prise et le changement de qqs ministres sera fait par la 1ere ministre…

Après les émeutes on s’est empressé de créer un récit sur la responsabilité des parents, réseaux, jeux et casseurs. L’analyse des racines du malaise profond de certaines populations n’est pas entreprise, celle des responsabilités publiques pas davantage. Les actions – faute d’analyse des causes – ne sont ni débattues ni prises. L’exécutif est silencieux et on nous renvoi en septembre

Après l’affaire Paty…

ARTICLE

Après les émeutes urbaines, le gouvernement veut aller vite pour reconstruire les bâtiments dégradés

Après le feu vert du Sénat, le projet de loi d’urgence a été adopté en commission à l’Assemblée nationale. Alors que la droite et l’extrême droite appellent à faire payer les casseurs, la gauche déplore l’absence de mesures pour lutter contre « les causes » des violences urbaines.

Par Jérémie Lamothe et Mariama Darame

« Ce projet de loi n’est pas un texte sur les causes des émeutes urbaines. » Dès les premières minutes de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi d’urgence visant à reconstruire les bâtiments dégradés lors des violences urbaines, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, Christophe Béchu, a fermé la porte à tout débat sur les réponses de l’exécutif face à l’embrasement des quartiers populaires. Celles-ci viendront plus tard, « à la rentrée », a-t-il assuré, mercredi 19 juillet, devant les députés de la commission des affaires économiques, qui ont adopté le texte du gouvernement à une large majorité. Seuls le Rassemblement national (RN), La France insoumise (LFI) et les écologistes se sont abstenus. Le projet de loi doit désormais être débattu dans l’hémicycle du Palais-Bourbon, à partir de jeudi.

Mardi, ce sont les sénateurs qui ont adopté à l’unanimité ce texte de trois articles autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnances afin de déroger notamment à certaines règles du code de l’urbanisme. Sans allouer de fonds supplémentaires, il doit permettre d’accélérer les travaux de reconstruction « des bâtiments dégradés ou détruits au cours des violences urbaines survenues du 27 juin au 5 juillet », consécutives à la mort de Nahel M. à Nanterre, abattu à bout portant par un policier.

Le projet de loi prévoit également de simplifier pour les collectivités locales les procédures de publicité et de mise en concurrence des marchés publics. Son article 3 leur permet aussi de récupérer la TVA dès l’année en cours des travaux engagés, sans attendre le délai actuel de deux ans. Un amendement de l’exécutif visant à étendre cette dérogation aux équipements publics (voirie, mobilier urbain…) a aussi été approuvé par les élus du palais du Luxembourg, mardi. « Des semaines, voire des mois, peuvent être gagnées avec ces procédures », a affirmé M. Béchu.

Voulant s’assurer d’un passage sans encombre au Sénat, le gouvernement a retiré l’article 4 initialement inscrit dans son texte, qui prévoyait de déroger aux règles concernant la réfection des copropriétés dégradées. Une ligne rouge pour les sénateurs Les Républicains (LR), qui ont obtenu son retrait. Ce projet de loi vient compléter une circulaire signée par la première ministre, Elisabeth Borne, le 5 juillet, dont les dispositions réglementaires couvrent à 95 % les différentes dégradations constatées sur tout le territoire.

« Indemniser intégralement particuliers, commerces… »

Au cours des débats en commission à l’Assemblée, mercredi matin, les députés de l’opposition ont appelé l’exécutif à ne pas se dispenser d’un diagnostic et de solutions politiques. « Tant que nous nous contenterons de répondre seulement aux conséquences, les causes, elles, continueront de produire les mêmes effets, encore et encore », a déploré la députée écologiste des Hauts-de-Seine Sabrina Sebaihi. La vice-présidente du groupe d’études « villes et banlieues » à l’Assemblée estime que le gouvernement n’a « ni vision politique, ni même le souffle d’une idée nouvelle face à ce problème qui dément chaque jour la devise de notre pays ».

« Quinze jours après les émeutes, ni le président de la République, ni la première ministre, ni aucun membre du gouvernement n’a posé des mots politiques adressés à la nation sur les événements que nous avons connus », a déploré à son tour le député communiste de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu.

Fustigeant les mesures minimalistes de l’exécutif, chacune des forces d’opposition avance ses marqueurs. Accusé par le camp présidentiel de ne pas avoir appelé au calme au plus fort de la crise, le groupe LFI a déposé une proposition de loi le 12 juillet visant à « indemniser intégralement et sans reste à charge des particuliers, commerces, associations et services publics sinistrés ». Pour la députée « insoumise » de l’Hérault Nathalie Oziol, « il faudrait agir rapidement comme après une catastrophe naturelle. Mais ici, ce n’est pas ça, il y a d’abord un contexte politique et il faut pouvoir en discuter ».

« Qui casse paye »

A droite et à l’extrême droite, il est surtout question de la responsabilité financière et pénale des casseurs comme de la « restauration de l’autorité » de l’Etat. « Avec ce projet de loi, on aurait pu acter un principe : qui casse paye », a soutenu la députée LR du Maine-et-Loire Anne-Laure Blin, regrettant que ce soit « encore la société, donc l’ensemble des contribuables français qui vont être mis à contribution ».

En commission, mercredi, M. Béchu a listé le nombre d’établissements impactés lors des émeutes : « 274 commissariats, brigades de gendarmerie ou postes de police municipale »« 105 mairies », ou encore « 243 établissements scolaires ». Une première estimation du gouvernement porte à 650 millions d’euros le montant des dégâts occasionnés. Toutefois, le coût total des dommages « n’est pas consolidé », a précisé M. Béchu en commission, mercredi, alors que les collectivités locales ont jusqu’au 30 septembre pour transmettre leurs chiffrages.

« Ce sont les auteurs [des dégradations] qui doivent payer et, s’ils doivent payer jusqu’à la fin de leurs jours, ils paieront jusqu’à la fin de leurs jours », a lancé la présidente du groupe RN à l’Assemblée, Marine Le Pen, au cours d’une conférence de presse, mercredi. Annonçant que ses députés voteront contre le projet de loi, Mme Le Pen a avancé une trentaine de mesures afin de « répondre au défi que les émeutes ont lancé à notre pays », telles que l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, l’organisation d’un référendum sur le « contrôle de l’immigration » ou encore l’augmentation du nombre de places de prison.

« Il ne faut pas confondre tous les sujets. La question des sanctions, de la politique pénale, éducative, ce sont d’autres textes, d’autres politiques qui les traiteront. Là, on est d’abord dans une réponse à court terme pour refaire fonctionner les services publics touchés », a rétorqué Guillaume Kasbarian (Renaissance, Eure-et-Loir). Le président de la commission des affaires économiques appelle les députés à voter un texte conforme à celui des sénateurs, afin que celui-ci puisse être définitivement adopté dès jeudi 20 juillet, dans la soirée. Et que les reconstructions soient lancées le plus vite possible.

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