
DEPUIS 100 JOURS ON ATTENDAIT UN NOUVEAU GOUVERNEMENT
DEPUIS QUELQUES JOURS ON TENTE DE COMMENTER LA DÉCISION PRÉSIDENTIELLE DE NE PAS DÉCIDER
Pire, le président, non seulement, renonce à nommer un nouveau premier ministre, mais confie à sa première ministre par dépit le soin de modifier elle même le gouvernement. Mais voilà que les deux s’opposent publiquement sur les noms des sortants et entrants.
Alors que le détail du remaniement gouvernemental n’a pas encore été divulgué, l’Élysée annonce ce jeudi qu’Emmanuel Macron présidera vendredi matin le premier Conseil des ministres de la nouvelle équipe gouvernementale d’Élisabeth Borne, à 10 heures.
UNE COHABITATION D’UN NOUVEAU GENRE EN 5eme RÉPUBLIQUE
Les tractations achoppent notamment sur l’ampleur de ce remaniement. La cheffe du gouvernement espère un renouvellement de taille afin d’asseoir son autorité, tandis que le président de la République ne désire que des changements mineurs, quitte à garder sous le coude la possibilité d’un grand remue-ménage gouvernemental pour plus tard.
UN GOUVERNEMENT BIEN ENCOMBRANT POUR LE PRÉSIDENT
« Depuis quelques jours, les médias rivalisent d’ingéniosité pour faire d’un non-évènement – l’absence de remaniement – un évènement en puissance. La torpeur estivale est passée par là… » Marianne
Ce « président du dernier quart d’heure « ou de la « note de deux pages » , comme l’ont décrit des observateurs, n’a pas besoin de premier ministre ni de ministres, qui en tous cas sont soumis à l’arbitrage de l’Élysée.
Une gouvernance conforme à la 5eme République donnerait à ce gouvernement le rôle de préparer les décisions avec les parties prenantes ( citoyens, élus, Parlement, forces vives….)
Quand la communication prime à ce point l’action, celle ci n’a pas besoin d’être élaborée et structurée : elle se réduit à l’annonce. Ensuite c’est une question de rythme : les annonces sont suivies d’annonces – y compris d’annonces ( très fréquentes) de prise de parole – et tant que les médias se prêtent au jeu…
« Remaniement : les décisions d’Emmanuel Macron se font attendre »
TITRE RTL QUI POURSUIT :
« Bras de fer entre l’Élysée et Matignon, un remaniement ministériel est imminent, mais les décisions d’Emmanuel Macron et d’Élisabeth Borne se font attendre.
« Il faut trancher. Alors que le remaniement ministériel se fait attendre depuis plusieurs jours, le couperet pourrait tomber ce jeudi 20 juillet dans l’après-midi. La Première ministre Élisabeth Borne et Emmanuel Macron semblent se livrer un bras de fer dantesque, mais pourquoi leurs décisions se font-elles tant attendre ? »
LES ZONES D’OMBRE DES RELATIONS AU CŒUR DE L’EXÉCUTIF : L’EX DIR CAB DE BORNE – QUI AVAIT CLAQUÉ LA PORTE – EST IMPOSÉ COMME MINISTRE !
Un an et seize jours. C’est le temps qu’aura tenu François Braun au ministère de la Santé. Alors qu’il avait débuté sa journée par une interview dans la matinale de BFMTV, ce jeudi 20 juillet, déclarant qu’il s’engageait à « désengorger les urgences par la régulation et l’organisation des hospitalisations », quelques heures plus tard, c’est la douche froide. Aurélien Rousseau, l’ex-directeur de cabinet d’Élisabeth Borne – fonction dont il avait démissionné en juin – prend sa place aux manettes du ministère
ARTICLE 1
« La longue attente du remaniement met en lumière les désaccords entre Emmanuel Macron et Elisabeth Borne »
TITRE LE MONDE QUI POURSUIT :
« La composition de la nouvelle équipe gouvernementale n’est pas encore connue, trois jours après le maintien de la première ministre à Matignon. Une attente qui suscite des interrogations et de l’agacement chez les ministres.
« Au matin du jeudi 20 juillet, le remaniement n’avait toujours pas eu lieu. Entre Emmanuel Macron et Elisabeth Borne, les désaccords filtrent au grand jour. Après que l’Elysée a confirmé, par un SMS de son entourage à la presse, lundi 17 juillet, le « maintien » de la première ministre à Matignon, le couple exécutif ferraille sur la composition du nouveau gouvernement. « On touche au but », assurait un conseiller élyséen dans la soirée du mercredi 19 juillet, alors que les ministres avaient l’assurance que l’affaire serait conclue à 18 heures. « Ça avance bien », se satisfait-on à Matignon, jeudi matin, alors que les discussions se poursuivent toujours entre le président de la République et la cheffe du gouvernement. Le conseil des ministres, initialement prévu mercredi avec la nouvelle équipe, reporté une première fois au jeudi 20, a été, une fois de plus, remis à plus tard, sans que l’Elysée ne donne de nouvelle date.
« Sous Emmanuel Macron, depuis 2017, chaque changement d’équipe, d’Edouard Philippe à Jean Castex, s’est étiré dans le temps. Cette fois, après trois mois d’incertitudes entretenues au plus haut sommet de l’Etat, les deux maisons ne partagent pas la même vision de ce remaniement qui ne dit pas son nom. Alors que le chef de l’Etat ne souhaite remplacer qu’une poignée de ministres – Pap Ndiaye (éducation nationale), François Braun (santé), Jean-Christophe Combe (solidarités) ou Marlène Schiappa (économie sociale et solidaire) –, Mme Borne voudrait, elle, revoir en profondeur le dispositif. Jusqu’à une quinzaine de ministres, qui inclurait le porte-parole, Olivier Véran, ou le ministre des relations avec le Parlement, Franck Riester.
« Ce n’est pas un remaniement », insiste-t-on à l’Elysée, mais un simple « ajustement », quand bien même il relève de l’article 8 de la Constitution, lequel dispose que le chef de l’Etat nomme les membres du gouvernement. « La Constitution ne qualifie pas politiquement les mouvements, l’exécutif est encore libre d’employer les mots qu’il veut pour définir son action », insiste un conseiller d’Emmanuel Macron, qui défend « la logique du président ». La politique est, aussi, une affaire de sémantique.
« Un nouveau genre de cohabitation »
Le choix des mots reflète les frictions qui ponctuent la relation entre le président de la République et la locataire de Matignon. Après avoir longtemps laissé planer l’ambiguïté sur l’avenir d’Elisabeth Borne, le chef de l’Etat peine à la conforter franchement. A aucun moment il n’a redit sa « confiance » envers la cheffe du gouvernement, qui a pourtant démontré sa résilience dans la tourmente. Il ne la félicite pas lors du dîner des ministres à l’Elysée, mardi soir. Et ne cite qu’une fois la locataire de Matignon, lors du pot avec les parlementaires de la majorité, mercredi soir, dans les jardins du ministère des relations avec le Parlement : « Nous comptons, avec la première ministre et le gouvernement, sur vous toutes et tous », conclut-il devant ses troupes.
Lors de leurs tête-à-tête, M. Macron et Mme Borne « passent simplement chaque portefeuille ministériel en revue et s’assurent que les ministres aient bien répondu à la feuille de route qui leur avait été fixée », tente de banaliser l’entourage du chef de l’Etat. Certaines vérifications auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique se révèlent laborieuses. Un passage obligé, sait-on à l’Elysée, pour éviter toute nouvelle affaire. Le 28 novembre 2022, la ministre déléguée aux collectivités territoriales, Caroline Cayeux, avait démissionné pour avoir lourdement sous-déclaré son patrimoine de 25 millions d’euros, malgré les alertes répétées de l’institution née après l’affaire Cahuzac, en 2013.
Sous François Hollande, les remaniements duraient de vingt-quatre à quarante-huit heures au maximum, « et c’était déjà pénible ! », sourit Gaspard Gantzer, ex-conseiller en communication de l’Elysée. Celui d’août 2014, qui avait fait entrer le jeune Emmanuel Macron au ministère de l’économie, avait intégré Thomas Thévenoud, malgré sa « phobie administrative ». M. Hollande avait été avisé cinq minutes trop tard que le député, qui ne payait pas ses impôts, n’avait pas « réglé ses problèmes ». Le secrétaire d’Etat au commerce extérieur avait dû démissionner après neuf jours, fragilisant durablement le pouvoir exécutif. Un contre-modèle aux yeux du chef de l’Etat.
Au sommet de l’Etat, la mésentente entre Emmanuel Macron et Elisabeth Borne déroute les plus fidèles. Ce vrai-faux remaniement brouille le message que le locataire de l’Elysée doit envoyer aux Français après les crises, de la réforme des retraites jusqu’aux émeutes urbaines, avant son départ pour une tournée en Océanie, dimanche 23 juillet. « Les observateurs vont finir par penser que c’est un nouveau genre de cohabitation », souffle un conseiller à l’Elysée, pourtant fin connaisseur de la dureté des véritables cohabitations, sous François Mitterrand et Jacques Chirac.
« Stabilité » et « continuité »
« Ce qui compte vraiment ce n’est pas un casting qui, franchement, ne va pas changer la vie des Français, modère Jonathan Guémas, l’ancienne plume d’Emmanuel Macron, mais le fond de ce que va dire le président, sa lecture politique et sociale des émeutes. Il y a une forme de distorsion entre ce casting et les urgences. » Fustigé par les oppositions pour son absence de « cap », le locataire de l’Elysée a du mal à impulser un « nouvel élan », comme il l’a promis en se fixant une période des « cent jours », le 17 avril. Désormais, il vante « stabilité » et « continuité », bien qu’il envisage de changer des ministres phares, comme ceux de l’éducation nationale et de la santé. « On est dans un esprit plutôt de continuité. On veut consolider ce qui a été fait », a argué, mercredi, le chef de l’Etat devant les députés. Avant d’ajouter : « Enfin, on ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas eu quelque chose qui a sidéré, littéralement le pays. » Avant de temporiser : « J’aurai en sortie d’été à reclarifier ce cap pour la nation tout entière. »
Plusieurs ministres, suspendus à la décision du couple exécutif, s’impatientent. Certains jugent dégradant de subir un « ajustement » lorsqu’il s’agit de les congédier. D’autres s’apprêtent à composer avec une première ministre qui, ils le savent, a souhaité mettre fin à leurs fonctions. « C’est la mauvaise conclusion d’un début de quinquennat sans élan, mais aussi de la difficulté plus globale de la parole publique à imprimer dans l’opinion quand les résultats demandent du temps », analyse Bernard Sananès, président de l’institut de sondage Elabe, dont une enquête montre qu’une majorité des Français jugent, depuis le maintien d’Elisabeth Borne, que M. Macron n’a ni projet ni vision pour le pays.
ARTICLE 2
Maintien d’Elisabeth Borne à Matignon : ces 8 fois où Emmanuel Macron a humilié sa Première ministre
TOTRE MARIANNE QUI POURSUIT :
Le président de la République a confirmé Élisabeth Borne à son poste ce lundi 17 juillet. Depuis son arrivée à Matignon, en mai 2022, Emmanuel Macron n’a pourtant pas hésité à la désavouer publiquement à plusieurs reprises. Florilège des séquences les plus humiliantes.
Tous la croyaient sur la sellette, et pourtant… Ce lundi 17 juillet, Emmanuel Macron a confirmé Élisabeth Borne à son poste de Première ministre à travers un communiqué au petit goût de « faute de mieux ». Après une année marquée par différentes crises au sommet de l’État, le Président mise avant tout sur la « stabilité » et veut poursuivre le « travail de fond » qu’il estime avoir entamé après sa réélection.
Depuis sa nomination à Matignon, le 16 mai 2022, les relations sont pour le moins houleuses entre ces deux-là et semblaient même aller de pis en pis ces dernières semaines. La période des « cent jours » définie par Emmanuel Macron pour tourner la page de la séquence des retraites sonnait comme un couperet pour une Première ministre dont on jugeait qu’elle n’était pas à la hauteur du moment. Rien de neuf sous le soleil cependant : dans l’histoire de la Ve République, le couple exécutif peut autant tenir du duo que du duel et nombre de ses prédécesseurs ont subi avant elle le courroux du chef de l’État.
Mais la différence tient plutôt ici dans la multiplication des désaveux cinglants de la part d’Emmanuel Macron à l’encontre d’Élisabeth Borne, souvent publics et en l’espace de seulement 14 mois d’exercice. Certes, on connaît le goût du Président pour les petites phrases… Et ce dernier n’a en revanche jamais fait mystère du peu de goût qu’il a pour sa Première ministre. Sauf que le procédé, répété à l’envi, a participé à créer le sentiment d’un sursis permanent pour une cheffe du gouvernement qu’il qualifie de « très techno ». Retour sur les tacles les plus marquants.
UN CHOIX PAR DÉPIT
Après sa réélection, en mai 2022, ce n’était pas Élisabeth Borne qu’Emmanuel Macron voulait voir à la tête de son gouvernement. Même s’il loue son sérieux, la nomination de celle qui a intégré l’équipe gouvernementale dès 2017 tient déjà plutôt à de la résignation. Dans son ouvrage Les Sans jours, le journaliste de L’Opinion Ludovic Vigogne revient sur le choix initial du chef de l’État pour Matignon : Catherine Vautrin (Les Républicains).
La patronne de la communauté urbaine du Grand Reims a tout de la « Jean Castex avec une robe à fleurs », recherchée pour assumer le poste. Son nom fuite dans la presse et elle est même officiellement appelée par Alexis Kohler pour l’informer de la date de la passation de pouvoir. Mais Emmanuel Macron est obligé de céder face à la pression de l’aile gauche de son camp qui refuse l’idée d’une troisième personnalité issue de la droite à la tête du gouvernement. À la dernière minute, il est contraint à un « plan B » : celui d’Élisabeth Borne.
L’ÉCHEC DES LÉGISLATIVES
Élisabeth Borne a bien failli battre le triste record du Premier ministre remercié le plus rapidement, détenu par Édith Cresson en 1991 (323 jours), première femme à s’installer à Matignon. Et pour cause, même si elle parvient à sauver sa peau en se faisant élire députée pour la première fois, dans le Calvados, la majorité n’obtient que 250 sièges et ne décroche donc qu’une majorité relative. Le chef de l’État ne s’étant pas trop impliqué dans le scrutin législatif, Borne doit assumer ce résultat désastreux.
Dans l’opposition comme dans la majorité, des voix s’élèvent pour appeler à sa démission et Macron n’exclut pas son remplacement. Lors de son allocution télévisée post-scrutin, le chef de l’État ne mentionne même pas le nom de Borne. De quoi faire revenir la ritournelle médiatique… On évoque le nom de Bayrou comme potentiel successeur. Le 25 juin, Emmanuel Macron décide finalement de la confirmer. En misant sur son côté «militaire de formation » qui « restera scrupuleusement alignée derrière lui », comme le rapporte Laurent Vigogne ? Le ton est donné.
UN AN APRÈS ET TOUJOURS DES REGRETS
Les débuts incertains de l’ancienne préfète en tant que locataire de la rue de Varenne lui collent à la peau. « Vous n’avez pas voulu de Catherine Vautrin, vous m’avez vendu Élisabeth Borne comme la perle rare, et voilà où on en est ! », aurait pesté le président de la République auprès de sa garde rapprochée, selon un article du Point. Nous sommes alors durant la semaine succédant à l’utilisation du 49.3 pour faire passer la réforme des retraites, juste avant le rejet de la motion de censure déposée par le groupe Libertés, indépendants, outre-mer et territoires (Liot).
Il faut dire qu’Élisabeth Borne est en première ligne pendant la séquence pour porter ce texte emblématique de la présidence Macron. Le Président lui a confié les rênes pour se mettre en retrait mais commence à le regretter, alors que son gouvernement est à quelques voix d’une censure des députés. Le passage en force à l’Assemblée, couplée à une opinion majoritairement opposée à la réforme jusqu’au bout, a tout d’une défaite politique. « Élisabeth Borne est finie, elle n’a pas pris la dimension politique de son rôle et n’est pas une cheffe d’équipe. Le même texte avec des gens plus habiles, ce serait passé », cingle alors un lieutenant de la Macronie.
PASSE D’ARMES SUR L’USAGE DU 49.3
Quelques jours plus tard, le dimanche 26 mars, Elisabeth Borne accorde un entretien à l’AFP (Agence France Presse). La Première ministre prend de court le président de la République en faisant une annonce remarquée : « La méthode que je fixe pour l’avenir c’est : pas de 49-3 en dehors des textes financiers ». Passons sur le fait que le 49-3 est principalement utilisé sur des textes budgétaires, car le gouvernement peut y recourir sans limitation, comme ce fut le cas pour la réforme des retraites. Mais le message est envoyé et l’agacement de Macron se fait entendre. D’abord dans le privé, auprès de ses proches conseillers. Puis, à l’occasion d’un déplacement dans l’Hérault sur l’éducation, le 20 avril, Emmanuel Macron désavoue publiquement la parole de la cheffe du gouvernement. « Je ne suis pas responsable des interviews à l’AFP de la Première ministre», lâche-t-il, amer, devant plusieurs journalistes. Un recadrage par son supérieur, en somme.
EN DÉSACCORD SUR LE CAP À SUIVRE
Dans son allocution télévisée du 22 mars sur TF1 et France 2, Emmanuel Macron presse Élisabeth Borne de renouer le dialogue avec les syndicats et d’élargir sa majorité. « J’espère qu’elle y parviendra », ajoute alors le chef de l’Etat. De quoi faire, à nouveau, planer la menace d’un départ précipité de Matignon… La mission est rude, alors que la page de la réforme des retraites est loin d’être tournée. Tandis que le Président renouvelle ses critiques contre la CFDT depuis son voyage d’État en Chine en insistant sur sa légitimité à réformer, des propos de la Première ministre sont rapportés au même moment dans un article du Monde du 7 avril.
« Il ne faut pas que les syndicats sortent humiliés de cette séquence » estime de son côté Elisabeth Borne, qui en appelle à « respecter une période de convalescence » et « à ne pas brusquer les choses ». Elle en appelle aussi à la nécessité de redonner un « cap » au pays. Une façon un poil audacieuse de se démarquer du président de la République, alors qu’on la dit à nouveau sursitaire. Macron lui répond depuis son déplacement en Chine, à travers la voix de son conseiller communication Frédéric Michel, qui déclare que « le cap a été donné par le président lors de son interview du 13h» quinze jours plus tôt. Encore un coup envoyé à Borne, priée de surveiller ses sorties médiatiques. « Je pense encore être utile dans la crise que traverse notre pays », répond Elisabeth Borne dans Le Parisien, en s’accrochant à son rocher.
BRAS DE FER SUR L’IMMIGRATION
Seulement quelques semaines plus tard, nouvelle passe d’armes à fleurets mouchetés. Cette fois, sur un autre sujet de crispation de la majorité : le projet de loi sur l’immigration. Lorsque le 26 avril, Élisabeth Borne présente sa feuille de route pour les « 100 jours d’apaisement » lancés par Emmanuel Macron, elle annonce reporter l’examen du projet de loi à l’automne prochain. « Aujourd’hui, il n’existe pas de majorité pour voter un tel texte », déclare-t-elle en conférence de presse pour justifier ce choix.
Emmanuel Macron y voyait pourtant une forme d’urgence. « Si les textes immigration et travail ne passent pas en première lecture avant l’été à l’Assemblée nationale, ils ne passeront jamais », avait-il tranché dans une réunion autour de cadres de son camp, le 17 avril, selon le Figaro. Un report qui provoque donc un tollé chez une partie des cadres macronistes et crée surtout une confusion dans le camp présidentiel. Revirement de situation : le 9 mai, Elisabeth Borne demande à Gérald Darmanin de lancer les concertations pour qu’un texte de loi soit déposé en Conseil des ministres au mois de juillet. « Je décide et elle exécute », comme dirait l’autre ?
BORNE RENVOIE LE RN À PÉTAIN… ET SE FAIT RUDOYER
Dans un entretien sur Radio J, le 28 mai, Élisabeth Borne parle du Rassemblement national comme d’une « idéologie dangereuse», allant jusqu’à décrire le parti de Marine Le Pen comme un « héritier de Pétain ». Emmanuel Macron en aurait profité pour la recadrer, en plein Conseil des ministres selon des participants ayant fait fuiter ses propos.
Pour le chef de l’État, « il faut décrédibiliser » le RN « par le fond et les incohérences », en l’attaquant « par le concret » et le « réel », et non en utilisant des « mots des années 90 qui ne fonctionnent plus ». « Le combat contre l’extrême droite ne passe plus par des arguments moraux. On n’arrivera pas à faire croire à des millions de Français qui ont voté pour Marine Le Pen que ce sont des fascistes», a-t-il embrayé. Élisabeth Borne aurait reçu un véritable « scud » de la part du chef de l’État, selon un membre du gouvernement ayant assisté à la scène. « Du clapotis » et « des bulles de savon », selon Macron, a posteriori…
RETOURNEMENT DE VESTE
Dernier camouflet en date ? Autour d’une sortie de Pap Ndiaye dans le contexte de la grève menée par les salariés du Journal du dimanche. Toujours sur Radio J, le ministre de l’Éducation nationale s’est livré à une charge contre Vincent Bolloré. « Un personnage manifestement très proche de l’extrême droite la plus radicale », a-t-il lancé, qualifiant les médias Cnews et Europe 1 « d’extrême droite ». « Ils font du mal à la démocratie, il n’y a aucun doute », avait-il ajouté. À défaut de le soutenir, Élisabeth Borne s’est désolidarisée de son ministre. « Il n’appartient pas au gouvernement d’interférer dans la gestion des médias, quels qu’ils soient», a-t-elle estimé dans une diatribe aux allures de recadrage.
Si c’est pour mettre un 3ème technicien après Castex et Borne, à quoi bon ! Il faut au contraire une personnalité qui maîtrise les arcanes de la polit…Lire plus
Sauf que, ce fut surtout une énième occasion de souligner les désaccords entre le couple exécutif. « Rien ne justifie qu’on s’attaque à un ministre et parfois même à sa famille », a déclaré Emmanuel Macron, dès le lendemain, en Conseil des ministres, pour défendre Pap Ndiaye face à toutes les attaques dont il a fait l’objet depuis. Le ministre de l’Éducation peut se targuer d’avoir le soutien public de son président de la République, lui… Jusqu’au remaniement ? En attendant, Elisabeth Borne rempile pour un tour.