
EMISSION
Montaigne, maire de Bordeaux
Vendredi 14 juillet 2023 FRANCE CULTURE
L’illustre auteur des « Essais » a été maire de Bordeaux, sans l’avoir voulu, de 1581 à 1585. Pourtant, il exerce cette responsabilité avec soin tout en refusant de se donner entièrement aux « charges publiques » afin de préserver son espace de liberté ou ce qu’il appelle son « arrière-boutique ».
Le 1er août 1581, Montaigne est élu maire de la ville de Bordeaux qui compte 40 000 habitants environ, ce qui en fait la cinquième plus grande ville de France.
Mais l’élection de Montaigne comme maire de Bordeaux n’a rien d’une histoire ordinaire. Montaigne n’a pas fait campagne pour être élu et n’avait nullement le désir de devenir Maire.
Son manque d’entrain contraste avec la détermination des jurats qui l’ont élu à l’unanimité et avec celle, encore plus farouche, du roi Henri III. Le roi écrit à Montaigne une lettre lui enjoignant d’assumer cette fonction, Montaigne lira cette lettre à son retour chez lui le 25 novembre 1581. C’est donc contre son gré que le philosophe finira par accepter cette charge publique. En l’espèce, le mot « charge » est à prendre dans toutes ses significations.
Pourtant, Montaigne exercera un second mandat puisqu’il est réélu en 1583
Entre 1583 et 1585, la situation politique à Bordeaux est difficile. Les conflits religieux qui opposent les protestants et les catholiques se sont aggravés, et Montaigne est incité à exercer un second mandat.
Dans une période aussi agitée, un philosophe de la trempe de Montaigne à la tête d’une grande ville permet d’apaiser les tensions et de trouver des compromis. Mais son activité de maire ne se réduit pas à négocier des accords entre des groupes religieux rivaux. En sa qualité de maire, Montaigne est aussi un gestionnaire qui doit s’occuper des finances publiques. Bordeaux est une ville portuaire et la vie économique de la cité repose beaucoup sur la circulation des marchandises.
La gestion « en douceur » de ces différents conflits doit beaucoup à la position tout en retenue de Montaigne. Humaniste, Montaigne ne se sentait pas passionnément et personnellement impliqué dans les affaires de la municipalité. Or, son indifférence, loin de le condamner à l’inaction, est la marque d’une profonde sagesse.
LIEN VERS L’ÉMISSION
Bibliographie :
Montaigne, Essais, livre III, chap. 10
Philippe Desan, Montaigne. Une biographie politique, Odile Jacob, 2014.
Dimitri El Murr, Savoir et gouverner. Essai sur la science politique platonicienne, Vrin, 2014.
L’équipe
- Nassim El KabliProduction
- Joséphine BetzerCollaboration