
LA RÉPÉTITION « L’ORDRE, L’ORDRE, L’ORDRE » CONSACRE DANGEREUSEMENT LE DÉNI DES EXPLICATIONS VÉRITABLES À LA COLÈRE DES QUARTIERS
ÉCHOLALIE : ORDRE, ORDRE, ORDRE … le terme a été répété trois fois.
L’écholalie se définit communément comme « une répétition en écho de la parole« .
Le chef de l’État a confirmé – avec insistance et pratiquant l’écholalie – lors de son interview au JT de 13h, sa volonté d’incarner le parti de l’ordre, en érigeant « le retour à l’autorité » comme la priorité des mois à venir.
AUTRES TERMES UTILISÉS ET RÉPÉTÉS :
Les « difficultés « ( à repartir sur la France ) pour ne pas nommer les quartiers, les banlieues et leur situation ; le ou les « chantier(s) « expression répétée 9 fois pour désigner ce qui pourrait se nommer l’action publique, les réformes, les projets … en désignant ceux ci par leur objectif stratégique.
« Sa parole politique apparaît bien creuse. Emmanuel Macron a préféré mettre sous le tapis les vrais problèmes et les vraies solutions, évitant d’avancer des propositions précises pour refonder notre modèle républicain fragilisé » lit-on dans Marianne.
DÉNI SUR LES CAUSES – RÉPARTITION DES DIFFICULTÉS
Le déni sur les causes profondes – et les solutions – du malaise profond dans les cités, quartiers et territoires isolés est confirmé par le silence présidentiel et l’utilisation du terme « difficulté « et la présentation de la solution de l’exécutif : répartir cette difficulté ( voir une de nos publications précédentes) et « rétablir » l’ordre, un ordre qui s’est rétabli parce que les émeutiers ont cessé leurs opérations et non pas parce que celles ci ont pu être empêchées … par les forces de l’ordre.
« Emmanuel Macron mise sur « l’ordre, l’ordre et l’ordre » pour la rentrée »
TITRE LE HUFFPOST QUI POURSUIT :
« Le terme a été répété trois fois pour bien qu’il soit compris : « l’ordre, l’ordre, l’ordre ». Telle est la devise sur laquelle Emmanuel Macronmise désormais pour les mois à venir.
« Lors de son interview ce lundi 24 juillet, le chef de l’État a justifié cette perspective par l’expérience tirée des émeutes qui ont éclaté dans le sillage de la mort de Nahel, tué à bout portant par un policier à la fin du mois de juin.
Un drame dont il n’a nullement fait mention durant sa demi-heure d’entretien. « Notre pays a besoin d’un retour de l’autorité à tous les niveaux et d’abord dans la famille », a expliqué le président de la République, souhaitant que ce principe d’ordre républicain s’applique à divers secteurs de la société. Ainsi, il a indiqué vouloir ouvrir « dès la fin de l’été » le « chantier » de « l’autorité parentale ».
“L’ordre, l’ordre, l’ordre” d’Emmanuel Macron “devrait séduire la droite”
TITRE COURRIER INTERNATIONAL QUI POURSUIT :
« Dans une interview réalisée depuis la Nouvelle-Calédonie ce 24 juillet, le chef de l’État a “tenté d’expliquer son cap aux Français”, analyse la presse étrangère. Cette dernière, qui souligne la nature “bancale” de l’exercice, a entendu des propos clairement destinés à séduire la droite.
« C’était la première prise de parole du chef de l’État depuis les émeutes urbaines qui ont secoué la France. C’était aussi l’apparition promise par Emmanuel Macron pour faire le bilan de ses “cent jours d’apaisement” décrétés en avril, mais que les Français, en pleines vacances, n’attendaient plus.
« Après avoir renoncé à s’exprimer le 14 juillet, le président s’est finalement entretenu depuis Nouméa, où il est en déplacement ce 24 juillet, avec les journalistes de TF1 et de France 2.
« “L’ordre, l’ordre, l’ordre”, voilà comment “Emmanuel Macron tente d’expliquer son cap aux Français”, titre Le Temps à Genève, saisissant ainsi le message central qu’a fait passer le chef de l’État.
« Interrogé sur les violences urbaines, ce dernier a insisté sur le fait qu’“il n’y a pas de liberté sans l’ordre républicain”, et a notamment souhaité, en France, “un retour de l’autorité à tous les niveaux”.
« Le chef de l’État est effectivement passé rapidement sur le bilan des cent jours et le remaniement survenu la semaine dernière, se félicitant que le gouvernement ait su obtenir des majorités au cas par cas pour … «
«Je n’ai jamais connu un climat aussi hostile» : à Marseille, la police en état d’arrêt »
TITRE LIBÉRATION QUI POURSUIT :
« Depuis la mise en détention d’un agent de la BAC à Marseille jeudi, la ville est touchée par un mouvement massif des fonctionnaires de police refusant de travailler. La fronde, qui s’étend au niveau national, traduit un malaise profond et ancien dans la profession.
« Jusqu’ici, la situation est sous contrôle, répète-t-on du côté de la préfecture de police des Bouches-du-Rhône. «Marseille ? C’est la quatrième dimension : personne ne travaille !» renvoie un policier de voie publique, qui ne décolère pas. Il n’est pas le seul. Depuis cinq jours, et le placement en détention provisoire, jeudi soir, d’un agent de la brigade anticriminalité (BAC) mis en examen pour violences volontaires aggravées ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de huit jours, le mouvement de contestation des policiers a peu à peu pris de l’ampleur dans la ville, puis dans plusieurs communes de France.
« Difficile pour autant de mesurer l’impact réel sur le terrain. A Marseille, la préfecture ne donne pas de chiffre mais reconnaît une attente allongée dans les commissariats. Toutefois, les dépôts de plaintes et la réception des appels au 17 se font normalement, assure l’institution, les effectifs ayant été redéployés pour pallier les absences. Une partie des effectifs s’est mise en arrêt maladie, l’autre a opté pour l’application du «code 562» : «C’est une position d’attente-pause, qui signifie que l’on assure les interventions, mais qu’on ne travaille plus sur initiative», explique Eddy Sid, responsable marseillais d’Unité-SGP Police. Le deuxième syndicat du ministère de l’Intérieur avait appelé, dès vendredi, à adopter cette stratégie pour dénoncer le …
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«Les policiers ne sont pas au-dessus des lois, les juges non plus»
TITRE LE FIGARO QUI POURSUIT ( Jean-eric Schoettl ) :
« «Nul n’est au-dessus des lois», a déclaré Emmanuel Macron à propos de la mise en détention provisoire d’un policier. Mais, si les forces de l’ordre ne doivent pas échapper aux règles de droit, il importe que les juges ne les traitent pas comme des voyous, explique l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, qui plaide pour un traitement pénal adapté des policiers.
« Les policiers ne sont pas au-dessus des lois. C’est incontestable, surtout pour des dépositaires de l’autorité publique, astreints à l’exemplarité. Toutefois, s’agissant des quatre agents de la brigade anticriminalité de Marseille mis en examen pour «violences en réunion par personne dépositaire de l’autorité publique, ayant entraîné une interruption temporaire de travail supérieure à huit jours», commises lors des émeutes ayant dévasté le centre-ville dans la nuit du 1erau 2 juillet, ce truisme doit être complété par deux autres évidences.
« En premier lieu, il n’est pas illégitime, dans un État de droit, de questionner la façon dont le juge applique la loi. Si nul n’est placé au-dessus de la loi, c’est particulièrement vrai des magistrats, dont on attend qu’ils appliquent les textes avec exactitude, impartialité et équanimité…
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L’ORDRE, OBJECTIF OU SERVITUDE POUR L’EXÉCUTIF ?
« Si certains policiers se sentent aujourd’hui en position de force au point de réclamer un statut au-dessus des lois, c’est que l’institution policière est parvenue, depuis quelques années, à convaincre le gouvernement qu’il ne tient que par elle. L’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen prévoit pourtant que la garantie de ces droits « nécessite une force publique » et précise que celle-ci est « instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée » EXTRAIT DE L’ARTICLE CI CONTRE
ARTICLE
« L’institution policière est parvenue à convaincre le gouvernement qu’il ne tient que par elle »
LE MONDE 25 07 2023. Olivier Cahn Professeur de droit pénal Christian Mouhanna Sociologue
Certains policiers se sentent en position de force au point de réclamer un statut au-dessus des lois. Leur haute hiérarchie, pour « recoller » au terrain, adhère à ces propos extrémistes, déplorent, dans une tribune au « Monde », le professeur de droit pénal Olivier Cahn et le sociologue Christian Mouhanna.
Au regard du code de procédure pénale, qui soumet les mesures de contrainte aux principes de stricte nécessité et de proportionnalité et n’envisage la détention provisoire qu’à titre exceptionnel, la pertinence des incarcérations récentes de policiers peut se discuter. Mais l’intervention de Frédéric Veaux, le directeur général de la police nationale (DGPN), en faveur du policier de la brigade anticriminalité de Marseille placé en détention provisoire, suivie de l’approbation apportée à ses propos par le préfet de police et de la « confiance » témoignée par le ministre de l’intérieur, dépasse la solidarité de corps.
En déclarant : « De façon générale, je considère qu’avant un éventuel procès un policier n’a pas sa place en prison, même s’il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves », le DGPN contribue à la différencialisation juridique, revendiquée par des policiers. Les syndicats de police martèlent que « si les policiers n’ont pas plus de droits, ils n’en ont pas moins ».
La réalité est que, depuis des années, ils exigent le privilège de droits qui les distingueraient des citoyens, au-delà des moyens légitimes dévolus à la force publique. Depuis 2016, ils voient même cette exigence progressivement satisfaite par le législateur. Cela se traduit par des dispositions matérielles, telles que l’exception à la décote sur le cumul emploi-retraite ou la gratuité des transports, ou par des mesures problématiques : usage des armes au-delà de la légitime défense ; rupture de la tradition républicaine considérant d’une égale gravité la violence illicite subie par un agent de la force publique et celle qu’il exerce ; doctrine du maintien de l’ordre et techniques de surveillance contraires aux droits européens.
Par-delà l’atteinte à la séparation des pouvoirs, la déclaration du DGPN s’inscrit dans la contestation par la force publique de la légitimité même d’un contrôle extérieur, particulièrement juridictionnel, alors même que, dès les années 1920, le juriste Raymond Carré de Malberg (1861-1935) soulignait que ce contrôle fonde la distinction entre l’Etat de police et l’Etat de droit. Cette contestation passe aussi par la revendication d’une présomption de légitime défense ou celle de l’interdiction de filmer l’activité des agents, et s’exprime par des manifestations hostiles organisées autour des tribunaux lorsqu’un policier y est jugé.
Aveu de faiblesse
Pourtant, si les policiers ne cessent d’obtenir de nouveaux pouvoirs, cela ne mène à l’apaisement ni de leurs récriminations ni de leurs relations avec la population. Comment comprendre, alors, que leurs syndicats soient si bien entendus, même défendus parfois contre la loi, par leurs autorités de tutelle ? Le DGPN est prisonnier des revendications d’une partie des policiers, engagés dans une surenchère permanente. Ses paroles sont un aveu de faiblesse face à la fraction la plus sécuritaire de ses troupes. Discrédités par leur mode de management encore largement fondé sur la politique du chiffre, les chefs de la police ne savent plus comment renouer avec ceux qui ne voient le rôle du policier que dans l’affrontement face à des individus considérés comme « nuisibles ».
Lire aussi la tribune : Benjamin Blanchet, vice-président au tribunal judiciaire de Paris : « Les propos du directeur général de la police nationale constituent une blessure à notre pacte républicain »
Tout est bon, dès lors, pour « recoller » au terrain, y compris adhérer aux propos les plus extrémistes et attaquer l’Etat de droit. Loin de constituer un corps de conception et de réflexion sur l’action publique en matière de sécurité, la haute hiérarchie du ministère de l’intérieur se trouve ainsi contrainte d’adhérer à des effets de groupe où seules les plus fortes paroles valent. C’est d’autant plus nécessaire au DGPN qu’il porte une réforme contestée de la police nationale, dont l’effet est de noyer la police judiciaire dans les structures de la sécurité publique, où l’on voit souvent la justice seulement comme un – mauvais – auxiliaire de la police. Pour mener cette réforme à son terme, il doit à tout prix conserver le soutien des agents de la sécurité publique.
Mise en valeur de l’intelligence
De surcroît, si certains policiers se sentent aujourd’hui en position de force au point de réclamer un statut au-dessus des lois, c’est que l’institution policière est parvenue, depuis quelques années, à convaincre le gouvernement qu’il ne tient que par elle. L’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen prévoit pourtant que la garantie de ces droits « nécessite une force publique » et précise que celle-ci est « instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée »
Dénoncée par le sociologue Dominique Monjardet (1943-2006), l’inversion hiérarchique, où ce n’est plus la base qui obéit au sommet mais l’inverse, est devenue un mode de fonctionnement institutionnel politique, et les policiers les plus radicaux se sentent en situation de monnayer la stabilité des institutions.
Lire aussi la tribune : « Le sentiment d’être perçus négativement et de se trouver souvent en danger engendre une distance entre les policiers et la société »
Quelques jours après le décès de Jean-Marc Erbès, premier directeur de la formation de la police nationale et grand défenseur de l’écoute des policiers, on ne peut que regretter la posture adoptée par l’institution policière, dominée par des discours qui ne privilégient que la force. Le métier de policier est un métier dur, exigeant, nécessaire, et ne saurait être réduit à l’action violente et aux moyens de la soustraire au contrôle du juge et des citoyens. Si l’on veut restaurer l’autorité du policier, cela passera par la mise en valeur de son intelligence, de sa capacité à analyser les situations et à les régler légalement, et non en imposant la peur, qui ne dissuade ni les criminels ni les individus marginalisés, ou en soustrayant la police aux principes de l’Etat de droit.
Olivier Cahn est professeur de droit pénal au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip) ; Christian Mouhanna est sociologue (Cesdip-CNRS).