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DEVIENT-ON FATALEMENT UN « VIEUX CON » ? – OU LES CLICHÉS SUR LES JEUNES

Salomé Saqué.

EMISSION

Incultes, égoïstes… Trois clichés sur les jeunes, selon Salomé Saqué

Par Camille Abbey. Publié le mardi 25 juillet 2023 FRANCE INTER

Dans le Débat de midi, animé par Paola Puerari, Salomé Saquet était invitée – avec Jean-François Kahn – pour répondre à la question : « Devient-on fatalament un vieux con ? » Mais c’est principalement des jeunes qu’elle a parlé, et des clichés qui circulent sur eux. 

La journaliste pour le média Blast et à France InfoSalomé Saqué, 28 ans, a signé un essai percutant, Sois jeune et tais-toi, aux éditions Payot. Dans ce texte, elle répond aux critiques adressées aux jeunes. Selon elle, beaucoup de clichés circulent sur la jeunesse actuelle, et pour la plupart ils ne sont pas nouveaux, comme elle l’explique dans l’émission : « Ce qui est assez impressionnant et que j’ai découvert pendant mes recherches pour écrire cet ouvrage, c’est que la critique à l’égard de la jeunesse de la part des plus âgés est millénaire. On retrouve des écrits même jusque sur les tablettes babyloniennes et évidemment qu’on retrouve cela aussi au Moyen Âge, à la Renaissance. Et ça continue bien jusqu’à aujourd’hui. »

À réécouter : Devient-on fatalement un « vieux con » ?

En s’appuyant sur des faits, des chiffres, et des études, elle remet en cause les idées reçues sur cette jeunesse à laquelle elle appartient. Elle entend cependant préciser qu’il n’existe pas une seule jeunesse, mais que c’est un groupe pluriel. Voici trois clichés abordés au cours de l’émission :

1. Les jeunes seraient paresseux

Au micro de Paola Puerari, elle énonce le fait que cette accusation est pour elle infondée, et explique que le vrai problème est ailleurs : « C’est quelque chose qu’on a beaucoup entendu et qu’on entend particulièrement à l’approche de l’été, quand on ne trouve pas assez de saisonniers pour exercer ces emplois qui sont souvent très précaires, mal rémunérés, qui sont liés à la flexibilité du marché du travail.

Ce que j’ai essayé de montrer, de démontrer dans un long chapitre, c’est que les jeunes ne sont pas plus paresseux qu’avant. En revanche, ils font face à des paramètres socioéconomiques qui ont changé, notamment à un marché du travail qui s’est transformé, et s’est précarisé. Un chiffre, en 1982, 17 % des emplois des jeunes étaient précaires. Quand je dis emplois précaires, je pense aux CDD, à l’intérim ou même aujourd’hui au statut d’auto-entrepreneur qui est nouveau. Aujourd’hui, on a 52 % des emplois des jeunes qui sont précaires.

Les emplois des jeunes sont plus précaires, sont moins bien rémunérés et sont moins bien rémunérés sur le long terme, c’est-à-dire que ça perdure. »

2. Les jeunes seraient incultes

Dans son livre, elle cite plusieurs médias qui relaient le cliché de la bêtise et du manque de culture des jeunes. Selon elle, dans Le Débat de midi : « Il y a les accusations en inculture, c’est-à-dire que les jeunes liraient moins qu’avant. Les jeunes seraient stupides. Finalement, ils seraient idiots, moins curieux, moins ouverts sur le monde qu’avant.

Ça, c’est vraiment un cliché totalement erroné, ce que j’ai essayé de démontrer, avec notamment les nouvelles manières de se cultiver, mais également les nouvelles manières de s’engager qui ne passent pas forcément par des partis politiques traditionnels. »

Dans son livre, Salomé Saqué répond en effet à ces mauvaises langues en affirmant que les jeunes lisent, et de manière générale, ils se cultivent même beaucoup. Elle évoque ainsi les réseaux sociaux prescripteurs de livres, comme le succès du BookTok sur le réseau social TikTok. Elle indique que le Centre national du livre a publié une étude en mars 2022 montrant par exemple que les 20-25 ans passent trois heures et deux minutes par semaine à lire des livres et que 84 % d’entre eux disent aimer ou adorer lire. C’est un chiffre en hausse par rapport à 2016.

À réécouter : Comment #BookTok change le monde du livre

De plus, les jeunes n’auraient jamais autant écrit. Dans le Grand entretien du 7h/9h30, Anne Abeillé, linguiste, expliquait : « Il n’y a jamais eu autant d’écrits en français. On n’a jamais autant produit de textes, de messages, de pages Internet et on a effectivement des instruments pour s’approprier cette langue. »

Salomé Saqué, dans son livre Sois jeune et tais-toi, écrit : « La jeunesse n’est donc pas cette consommatrice passive de contenus numériques qui nous est resservie à longueur d’articles criant à l’effondrement culturel. Au contraire, elle se nourrit et produit elle-même énormément de culture, qu’elle soit numérique ou non ! On l’oublie bien vite, mais les jeunes figurent parmi les populations les plus adeptes des pratiques artistiques amateurs : la généralisation des tutos et la facilité de partage des contenus ont fait exploser ces pratiques individuelles amateurs – musique en tête. »

À lire aussi : Accords, émojis… Trois fausses croyances sur le français, selon les linguistes atterrés

3. Les jeunes seraient égoïstes

Salomé Saqué, dans Le Débat de midi, récuse aussi l’accusation d’égoïsme : « Il y a les accusations en égoïsme, en narcissisme. C’est vraiment ces jeunes qui seraient complètement centrés sur eux-mêmes. Et là encore, j’ai essayé de démontrer avec des chiffres, avec un travail académique, que c’est complètement faux. »

Dans le 13/14, la journaliste s’exprimait aussi à ce sujet : « Il y a beaucoup de jeunes qui pensent que ce n’est plus la seule façon et surtout plus la bonne façon de s’exprimer démocratiquement. Et donc, ce que je rappelle dans le livre, c’est que ce n’est pas parce qu’on ne vote pas qu’on se moque du collectif et qu’il y a beaucoup d’autres modes d’expression démocratique qui sont utilisés par les jeunes.« 

Dans son livre, elle avance donc l’idée que beaucoup de jeunes rejettent la politique institutionnelle mais elle détaille d’autres formes d’engagement. Elle entend mettre en lumière de nouvelles formes de mobilisation citoyenne, comme les manifestations, le militantisme sur la Toile, ou encore une volonté de consommer plus éthique, qui constituent pour elle un réel espoir, même si bien sûr cela ne concerne pas tous les jeunes, comme elle le précise dans le livre : « Car si tous les jeunes ne sont pas engagés et restent même passifs pour une bonne part d’entre eux, notamment les plus aisés –satisfaits d’un système qui les privilégie – et les plus défavorisés – trop abîmés par le manque de perspectives et/ou l’isolement géographique –, bon nombre de jeunes s’engagent activement dans le collectif, en réinventant l’action politique en dehors des élections. »

Elle explique aussi le fort taux d’abstention chez les jeunes par le fait que c’est une période où l’on se forme politiquement, par des contraintes matérielles, et un lieu d’inscription différent du lieu où ils vivent, et par une méconnaissance des institutions. Le manque de représentation et le décalage entre les jeunes et une classe politique vieillissante – l’âge médian des députés français en 2022 est de 49,6 ans –, et encline à critiquer les jeunes, seraient aussi des explications.

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