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LIBERTÉ D’EXPRESSION : ENTRE INTERDIRE ET AUTORISER – POINT DE VUE

LIBERTÉ D’EXPRESSION : « le cadre légal et moral à ne pas franchir afin de la garantir »

La présidente de Génération Libre, Monique Canto-Sperber, est invitée par Liber-thé pour parler de liberté d’expression. Elle expose le cadre légal et moral à ne pas franchir afin de la garantir.

ARTICLE

Les règles de la liberté d’expression

Selon Monique, les menaces sur la liberté d’expression viennent de deux forces, l’une qui veut interdire, l’autre qui veut tout autoriser.

D’un côté, des mouvements « apprentis censeurs » qualifiés de woke et qui « veulent imposer à la parole publique des règles qu’ils ont eux-mêmes définies sur ce que l’on a le droit de dire et sur ce qu’il faut taire ». Il refusent ainsi que certains sujets soient abordés et que certains mots soient employés. Or, comme le rappelle Monique : « la liberté d’expression va de pair avec la possibilité de faire des provocations, de transgresser, de même formuler des blagues de mauvais goût dans la mesure où cela ne dépasse pas les bornes de ce que la loi interdit ».

De l’autre côté, un mouvement « qui de manière fort perverse se réclame de la liberté d’expression radicale » sous couvert qu’ « on ne peut plus rien dire ». Pourtant pour Monique, ce que ces gens disent relève en général « d’énormités réactionnaires, à la limite du racisme et de l’antisémitisme » et leur objectif est de fait de reculer peu à peu les bornes de l’acceptable au sein de la société. Pour notre présidente, la subtilité de ce mouvement est de recourir toujours à des termes limites, sans jamais employer d’insultes directes, tout en recourant à des figures de manière à ce que l’on comprenne ce dont il s’agit.

« On a affaire à deux groupes qui d’une certaine façon veulent s’approprier la définition des règles de la parole publique au détriment de l’institution judiciaire et qui cherchent à gagner une forme d’hégémonie sur la parole publique, c’est-à-dire à imposer leur loi à tous ».

Pour Monique, la justice peine à traiter ces problèmes et le cadre juridique ne suffit pas toujours à appréhender les cas d’atteinte à la liberté d’expression tels qu’ils se présentent actuellement. Comme elle l’explique, « jamais la justice ne rendra la parole à la personne qui en a été privée ». Face à cette situation, notre présidente appelle à une « résistance » de la société civile qui doit accompagner celle des institutions : en refusant d’annuler la venue de certaines personnalités publiques ou artistes même s’il y a un risque de troubles d’une part, et en « refusant d’accréditer les paroles extrêmes », notamment sur les réseaux sociaux d’autre part.

« C’est la vraie limite morale de la liberté d’expression : ne jamais réduire quelqu’un à l’état où il ne peut plus répondre de ce fait. Cela détruit ce pourquoi même existe la liberté d’expression. »

Pour déterminer ce qui relève précisément de l’attaque envers autrui et doit être interdit, Monique s’appuie sur la distinction qu’elle établit entre dommages, qui relèvent d’un « mal objectif à autrui qui nuit à sa liberté », et offenses qui sont plutôt de l’ordre de la subjectivité, qui sont vécues comme un tort mais uniquement pour la personne concernée. Si Monique convient que la distinction peut être ténue, elle peut toutefois être clairement établie : les appels à la violence contre une population sont des torts objectifs là où le blasphème par exemple ne sera considéré comme un tort que par un croyant de la religion moquée par ledit blasphème, mais pourra prêter à rire un non croyant.

Fondamentalement pour Monique, le véritable est tort est celui qui « réduit autrui à une situation où il n’est plus en état de parler ». Pour Monique, l’insulte entre typiquement dans ce cas et ne peut être tolérée dans la mesure où elle ne peut recevoir de réponse qui soit argumentée ou rationnelle. La personne insultée ne peut pas répondre « pas parce qu’elle manque de courage ou parce qu’elle manque d’idées mais parce qu’elle n’est plus rien. L’injure l’a totalement anéantie. (…) Parce qu’elle n’est plus reconnue comme un sujet de parole. »

1 réponse »

  1. La liberté d’expression est une liberté fondamentale. Elle occupe une place à part dans le paysage des libertés car son rôle ne se limite pas à conférer des prérogatives à l’individu.
    Il s’agit aussi d’un droit objectif, d’un principe général qui conditionne l’existence de la démocratie et de l’ensemble des droits fondamentaux.
    Cette liberté rapproche la rive du fleuve des droits des anciens, des droits politiques et la rive des modernes, des droits civils subjectifs.
    La liberté d’expression relève donc de la fondamentalité logique ou systémique comme clef des droits fondamentaux.
    Le Conseil constitutionnel en a fait ainsi « une liberté fondamentale », d’autant plus précieuse que son exercice est l’une des garanties essentielles du respect des autres droits et libertés et de la souveraineté nationale.
    Du point de vue de la CEDH, la liberté d’expression joue un rôle matriciel consacré par l’arrêt Handyside c. Royaume-Uni en date du 7 décembre 1976 qui lui confère une portée très large puisque toutes les formes d’expression se trouvent protégées.
    C’est une liberté plurielle qui se divise en différentes libertés, en différents régimes attachés à préciser les conditions de l’expression selon qu’il s’agit d’écrit, d’image, d’oral, de support numérique, voire… de messages subliminaux.
    In fine, les sources nationales et supranationales protègent cette liberté fondamentale.
    @Anne Brunet

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