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VIVRE EN PHILOSOPHIE : EMIL CIORAN, « MISÈRE DE VIVRE ET JUBILATION «

ÉMISSION

Emil Cioran, un « philosophe-hurleur »

Samedi 5 août 2023 FRANCE CULTURE

Écrivain sublime du désespoir et de la dérision, de l’insomnie et de l’absolu, de la misère de vivre et de la jubilation, Emil Cioran notait dans son carnet : « Je suis un philosophe-hurleur. Mes idées, si idées il y a, aboient ; elles n’expliquent rien, elles éclatent ».

Avec

  • Aurélien Demars Docteur en philosophie, spécialiste de la littérature roumaine

Emil Cioran est né en 1911 à Rasinari, en Roumanie (à l’époque austro-hongroise) d’un père prêtre orthodoxe et d’une mère agnostique et mélancolique. Après quelques années d’enfance heureuse et de béatitude, survint le choc primitif : le départ pour le lycée que Cioran a vécu comme un arrachement au paradis originel et une entrée dans la déréliction et les ruminations. L’écrivain écrit à ce sujet :  » Il eut mieux valu que je n’eusse jamais quitté ce village. Je n’oublierai pas ce jour où mes parents m’avaient fait monter dans le chariot et m’avaient conduit au lycée en ville. Ce fut la fin de mon beau rêve, la ruine de mon monde « .

L’écrivain-voyageur polonais Andrzej Stasiuk, auteur du très beau récit de voyage Sur la route de Babadag, se rend au début de son périple dans le village natal de Cioran, à Rasinari et décrit le paysage dont Cioran est si nostalgique :  » Les énormes buffles brillaient comme du métal noir ». (…) « Ils étaient monstrueux et diaboliques. Leurs mufles poilus rappelaient une lascive et lointaine mythologie ». (…) « C’était Rasinari, lieu de naissance et des dix premières années d’Émile Cioran ». (…) « Au début, je ne savais pas ce que c’était, ce qui traînait dans l’air et pénétrait les murs » (…). « C’est seulement quelques jours plus tard que j’ai découvert qu’il s’agissait du mélange des odeurs d’animaux ». (…) « Des montagnes, le vent apportait une senteur forte et pénétrante de parc à brebis » (…). « Et par endroits seulement sortaient de légères volutes de fumée de sapin, un filet odorant de friture d’oignons ou encore un mini-nuage de gaz d’échappement « .

À réécouter : Vivre dans un monde raté

À réécouter : Pour Cioran, Paris est « le seul endroit où il fasse bon désespérer »

Ses ruminations, Emil Cioran les traîna ensuite partout, à Bucarest puis à Paris, durant ses longues nuits insomniaques où il longeait la Seine à vélo, et dans ses carnets, dans ses notes, ses essais et ses entretiens. Bien qu’il abandonna sa langue natale, le roumain, au profit du français, et qu’il passa l’essentiel de sa vie à Paris, où il mourut en 1995, Emil Cioran fut un esprit profondément « centre européen ». Sa plume se réfère aux « peuples sans histoires« , aux « pays périphériques », et il note encore : « J’appartiens à un autre monde, autant dire que je suis d’un sous-monde » (Cahiers).

Dans cette émission dédiée à Emil Cioran, Ulysse Manhes est en compagnie d’Aurélien Demars, universitaire, spécialiste de la littérature roumaine et particulièrement d’Émil Cioran et de Benjamin Fondane.

LIEN VERS L’ÉMISSION

Générique

  • [Livre] Nicolas Cavaillès et avec la collaboration d’Aurélien DemarsCioran. Œuvres, (Coll. Bibliothèque de la Pléiade (n° 574), Gallimard, 2011)
  • [Livre] Aurélien Demars, Nicolas Cavaillès, Caroline Laurent et Mihaela-Gentiana Stanisor (sous la direction de), Cioran, archives paradoxales : nouvelles approches critiques (Classiques Garnier, 2015)
  • [Musiques] Tudor GheorgheOf, ce dor, ce chin, ce jale
  • [Musiques] Bach, par Leopold StringTrioVariations Golberg, Aria mit verschiedenen Veränderungen

Remerciements

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