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UNE ÉDUCATION SINISTRÉE QUI NE TRANSMET PLUS LA CULTURE – UNIVERSITÉ D’ÉTÉ D’AIX – PARTIE 2/2

VOIR PARTIE 1 :

L’Europe-providence, relais des États-providence : Une machinerie à dépense publique – Université d’été d’Aix – PARTIE 1/2 https://metahodos.fr/2023/08/04/aix-1/

ARTICLE SUITE (2/2)

La culture malade de l’éducation – Clôture

On peut se demander pour quelles raisons les erreurs économiques et la réduction des libertés personnelles se multiplient sans réaction massive des peuples concernés. C’est que toute crise a une dimension culturelle (Jean-Philippe Delsol). Or, la culture se forme dans le système éducatif, en échec total (Philippe Nemo).

La culture de la peur et du grand remplacement

Comme il a été rappelé dès les premiers instants de l’Université, la crise est inhérente aux erreurs commises, et les erreurs sont la rançon de la nature de l’être humain : perfectible mais faillible.

Étymologiquement, la crise est une tragédie, un drame qui oppose Antigone et Créon (le bien et le mal s’opposent, mais coexistent). S’ouvre alors la période de la démesure, de la facilité, et finalement du recours à la contrainte, c’est-à-dire à l’État qui en a le monopole. La seule issue possible est la résistance, comme l’a rappelé Albert Camus. Il faut faire preuve de discernement, passer tout évènement au crible de la raison, éviter la démesure. Cicéron plaide pour « la balance » (In medio stat virtus). Il faut revenir à la justice, qui n’est pas égalité, mais la rémunération de chacun à son dû. C’est l’objectif que l’on peut atteindre à travers le marché et à travers la démocratie. Cela a un autre nom : la sagesse.

Or, la sagesse a fui l’Occident, et en particulier la jeunesse de l’Occident.

La jeunesse refuse la vie en société, elle est aveuglée, elle est pessimiste. Tous les canons de la peur hantent son esprit, les suicides et la drogue traduisent la tragédie, on ne pense qu’aux inégalités dont sont victimes les femmes, aux menaces pour la planète, pour la santé, alors même que la réalité mondiale est tout autre.

La réalité, c’est l’accroissement spectaculaire de la population et de la prospérité mondiales en deux générations.

Les résultats de cet aveuglement sont le désenchantement, le rejet de la raison (bien qu’on ne cesse d’évoquer le siècle des Lumières), l’absence d’une culture commune au sein des États, et sans doute parce que ceux-ci ont échoué à s’adapter à la mondialisation. On voit se répandre une idéologie du remplacement (tout changer, wokisme), on veut réécrire l’Histoire, en oublier les grandes leçons pour s’arrêter à des détails sans intérêt.

Le processus de déculturation conduit à la décivilisation, au gaspillage du libre arbitre.

Une éducation sinistrée ne transmet plus la culture

Il y a sans doute une composante structurelle à la crise culturelle actuelle. En effet, elle tient à la nature des êtres humains.

Mais il y a aussi une composante conjoncturelle : la culture n’est plus transmise. Ce n’est pas celle de l’Occident qui est en cause : elle a derrière elle la fierté de plusieurs dizaines de siècles.

C’est que cette culture humaniste n’est plus enseignée aujourd’hui. De la sorte nous produisons de jeunes sauvages (surtout dans les communautés immigrées) qui n’ont pour idée que de détruire. Cela rend évidemment impossible toute vie en société, qui ne peut subsister, comme le dit Hayek, que s’il existe des règles de comportement respectées parce qu’inscrites dans un ordre spontané. Il n’y a rien de plus traditionnel que la tradition. Et la tradition ne s’accommode pas du multiculturalisme.

Pourquoi la transmission de la culture ne se fait-elle pas ?

À cause de changements profonds : mondialisation, immigration, explosion de la famille (familles monoparentales, travail des femmes), numérique, climat.

La situation actuelle tranche avec ce qui se faisait durant les siècles précédents, puisque la culture se transmettait de génération en génération à travers l’Église, les monastères, les paroisses, et surtout les familles. Aujourd’hui, les médias diffusent un mythe collectiviste. Mais c’est surtout le système scolaire qui est déshérité. D’une part, la qualité des enseignants s’est dégradée : syndicalisme et politisation l’expliquent ; d’autre part, la liberté scolaire a été réduite à néant, pas de concurrence, pas de création, un mammouth bureaucratique.

Alors, que pourraient faire des libéraux pour transmettre la culture ?

Il faut en revenir aux humanités, c’est-à-dire à la littérature, à l’histoire, à l’art. Il faut retrouver et sauver le patrimoine culturel : musées, cathédrales et châteaux. Il faut réhabiliter le travail. Nombreux sont ceux qui s’engagent actuellement dans ces voies, ils font du libéralisme sans le savoir.

Discours de clôture de l’université

La tradition de l’Université est de se terminer sur la dimension éthique et humaniste du « libéralisme classique » et de confier cet exercice à une personnalité de premier plan.

La personnalité ne pouvait être que le professeur Mario Rizzo, venu à Aix très souvent depuis trente ans, qui a enseigné à NYU (New York Uny), temple de l’économie autrichienne avec Israel Kirzner), et à l’Université de Chicago, auteur d’ouvrages fondamentaux comme Economics of Time and Ignorance en collaboration avec Richard Langlois. Quant au sujet de son discours il s’agit de la « Psychologie antipaternaliste de William James »

Il est indiqué aux lecteurs de La nouvelle lettre que d’autres sessions de l’Université n’ont pas trouvé leur place pour l’instant dans notre présentation, mais elles apparaîtront dans un prochain document avec la référence aux interventions de R. Nechita, Nouh El Harmouzi, N. Lecaussin, D. Dufort, C. Nasuela, D. Mursa, S. Mascalon & S. Sepe, Sir S.Kamall, C. Johnson, F. Facchini, D. Piana, A. Mathieu, S. Beraldo, A. Slomka-Bolebiowska, Elizabeth Krecké, E. Martin, N. Wenzel, Ph. Dapprich, D. Gobartenko, P. Bentata, J-P. Chamoux

La psychologie antipaternaliste de William James

William James n’est pas un économiste, mais un psychologue. La psychologie a fait une entrée remarquée dans la science économique, elle partage avec l’école autrichienne, et ce qu’on appelle les  libéraux classiques, l’importance que l’on doit attribuer au comportement humain. Ce comportement ne se réduit pas à l’utilité ou à la rentabilité, mais il dépend des libres choix individuels, des appréciations personnelles que chaque acteur économique, producteur ou consommateur, devrait pouvoir faire en toute liberté.

C’est ici que la psychologie intervient.

En effet, les individus sont influencés par le paternalisme, qui réunit l’autonomie individuelle. William James proteste contre certaines interventions publiques qu’il juge scandaleuses.

Ainsi, l’État du Massachussetts interdit d’être soigné par quelqu’un qui n’est pas diplômé en médecine. Non seulement c’est la liberté de l’individu de choisir ses soins, mais l’expérience personnelle lui a peut-être prouvé que ces soins sont plus efficaces. Un autre exemple est donné lorsqu’après la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis ont voulu faire des Philippines la copie de la société américaine. Ils ont vanté les vertus de courage, d’honnêteté, de solidarité des Américains (à démontrer) et ont décidé que ces vertus s’expriment dans les guerres. Ils ont donc obligé les jeunes Philippins à effectuer un service militaire obligatoire.

En réalité, le paternalisme veut décider de ce qui est bien ou mal en général, sans tenir compte que chaque individu aura sa propre conception de ce que sont le bien et le mal. C’est l’affaire du cerveau de chacun, et peut se développer à l’école.

De la même façon, le savoir est quelque chose de personnel, il dépend de l’information et de l’appréciation du temps par les individus. Et pour un même individu, ces données sont elles-mêmes variables suivant les circonstances. Donc le savoir n’est pas collectif, il se forme au contraire par la rencontre entre des personnes. Ce dont nous avons besoin, ce que nous apprenons, c’est non pas le paternalisme, mais ce que nous apprenons de nos maîtres, de nos amis, ce que nous avons fait pour réaliser nos objectifs. Ce que nous faisons aujourd’hui est plus important que ce que nous programmons pour demain. C’est un exercice intellectuel et spirituel permanent.

Cette conclusion appelle deux questions de la part de Jacques Garello  : quid de la famille ? quid du capital humain ?

La réponse est que l’apprentissage personnel est le plus important. En deuxième rang vient la famille, en troisième rang nos relations, et en tout dernier rang, et à proscrire, l’État. Quant au capital humain, il ne cesse de se former tout au long de la vie : on devrait parler de personne plutôt que d’individu parce que l’individu passe sa vie à épanouir sa personnalité.

Sur le web

  1. Cette banque avait été créée pour venir en aide aux paysans en difficulté (Monte de Pieta). Mais elle élargira ensuite son activité à tous les propriétaires fonciers de la plaine toscane 
  2. On peut toujours décréter, comme monsieur Macron, que l’on doit s’adapter à la pénurie, « l’ère de l’abondance est finie » 
  3. Dans le temple Cohesion Politique de l’Union européenne, la famille possède un pilier, on écrit dans la pierre les dettes et créances au fur et à mesure qu’elles naissent. Les comptes sont « courants », et l’on est sûr que les paiements seront faits, car la banque est un temple : Dieu punira ceux qui oublient leurs obligations 

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