
ÉMISSION
Littérature : les raisons d’être de la critique
Vendredi 21 juillet 2023 FRANCE CULTURE
D’où vient la critique littéraire ? À quoi sert-elle ? Aujourd’hui, quelle place occupe-t-elle encore ? On en discute avec nos invités, l’essayiste et romancière Cécile Guilbert, la journaliste Gladys Marivat et l’historien de la littérature Samuel Baudry.
Avec
- Cécile Guilbert Essayiste et romancière
- Samuel Baudry Maître de conférences en littérature britannique des XVIIIe et XIXe siècles à l’Université Lumière Lyon 2
- Gladys Marivat Journaliste littéraire pour Le Monde des Livres et Lire Magazine
Alors que les critiques littéraires préparent déjà la rentrée littéraire, qu’ils reçoivent des centaines de romans à lire, on s’interroge ce matin sur le métier de critique littéraire, sur sa fonction et, au delà, sur la raison d’être même de la critique littéraire.
Pour en parler, Cécile Guilbert, écrivaine, ancienne critique littéraire, auteure de Roue libre (Flammarion, 2020), Samuel Baudry, écrivain et maître de conférences en littérature britannique des XVIIe et XIXe siècle à l’Université Lumière Lyon II, auteur de D’où vient la critique littéraire ? (Presses universitaires de Lyon, 2023), et Gladys Marivat, journaliste littéraire pour Le Monde des Livres et Lire Magazine.
Un critique est un passeur littéraire
Sur la fonction du critique, la romancière Cécile Guilbert tient à rappeler que « le rôle d(u) critique littéraire, aujourd’hui, est d’être un passeur de littérature et non d’exercer une fonction de surplomb, d’arrogance. » Selon elle, « la critique littéraire a surtout un rôle de tri dans la surproduction éditoriale, parce que les lecteurs et lectrices ne s’y retrouvent plus. »
La surproduction éditoriale, un phénomène nouveau ?
Revenant sur l’état de surproduction éditoriale que connait le monde du livre aujourd’hui, Samuel Baudry estime que « c’est une crainte qui a déjà existé plusieurs fois dans l’histoire, et en particulier au XVIIIe siècle, lors du développement des livres publiés. C’est là qu’apparaissent les premières revues avec les premiers critiques littéraires, au sens où on en parle aujourd’hui. Ce sont des gens qui lisent les livres, les choisissent et qui tentent de passer les bons livres aux bons lecteurs, avec cette même crainte qu’il y a trop de livres, qu’on publie beaucoup trop, et beaucoup de choses mauvaises. »
Cécile Guilbert rétorque qu’on ne peut pas comparer le XVIIIe siècle « avec un système éditorial qui est devenu absolument fou, qui compte chaque rentrée littéraire 300 livres. L’introduction du capital dans la production éditoriale a créé une véritable industrie. Quand vous savez qu’il y a des auteur morts nés avant même que la rentrée littéraire ne commence et que les éditeurs en parlent avec un cynisme étourdissant, vous vous posez des questions. »
À réécouter : A-t-on besoin des critiques pour savoir quoi lire ?
Cette surproduction éditoriale s’accompagne d’un espace de plus en plus restreint pour la critique, comme en témoigne Gladys Marivat : « Depuis que j’ai commencé à travailler en 2008, j’ai vu énormément de pages se réduire comme peau de chagrin dans différents magazines et journaux. J’ai vu des émissions de télé, où j’avais avant des chroniques de quinze minutes, réduites à huit minutes, puis à deux, puis disparaître, être remplacées par les rediffusions. »
« Malgré tout il y a toujours de l’espace », nuance la journaliste littéraire. « Il y a toujours des magazines, il y a eu la création de podcasts, des mooks – magazines littéraires sous la forme de bouquins. Il y a toujours de jeunes gens qui arrivent, passionnés, et qui créent des choses. C’est plutôt bon signe. »
La critique à l’heure d’internet
Gladys Marivat revient sur la concurrence rencontrée sur internet, le nombre croissant d’avis de particuliers et les systèmes de notations : « C’est vrai que pour suivre le rythme, on nous demande d’écrire des critiques de plus en plus petites. Dans ce cas, il faut parfois refuser. En effet, quand on vous propose d’écrire 500 signes sur un livre de 600 pages que vous avez aimé et dont vous avez peut-être lu tous les livres de son auteur, il faut parfois dire non. »
LIEN VERS L’ÉMISSION
L’équipe
- Quentin LafayProduction
- Félicie FaugèreRéalisation
- Marie-Lys de Saint SalvyProduction déléguée
- Manon de La SelleProduction déléguée
- Anna PheulpinCollaboration
- Tom UmbdenstockCollaboration
- Julia Quenel AngioliniCollaboration
- Edouard SonzogniCollaboration