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TRAVAILLER QUATRE JOURS PAR SEMAINE, UTOPIE OU RÉALITÉ ?

4 JOURS ? OUI MAIS SELON QUELS HORAIRES ?

Ce rythme de travail, testé dans le privé et le public, semble favoriser les employés qui ne peuvent télétravailler et les grandes entreprises, particulièrement dans l’industrie. A condition que les horaires sur quatre jours restent supportables.

Pour le MEDEF «La semaine de quatre jours n’est pas une solution» :

Aurait on pu souhaiter davantage d’esprit d’ouverture et de modestie dans l’analyse ?

Du côté de l’exécutif, le sujet ne semble pas intéresser davantage.

Alors que la pandémie de coronavirus a réinterrogé la vie au travail et son organisation, le modèle de la semaine de quatre jours semble séduire de plus en plus de salariés et d’employeurs. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Irlande, l’Espagne… Plusieurs pays ont décidé d’étudier et de tester cette nouvelle organisation du travail. Et la France, alors ?

En Espagne, c’est le gouvernement lui-même qui a décidé de mener cette expérienceauprès de 200 entreprises. Pendant trois ans, les salariés vont travailler 32 heures par semaine, au lieu des 40 actuelles, sur quatre jours, sans baisse de salaire.

Un moyen, selon les défenseurs de ce modèle, d’améliorer le bien-être des salariés au travail, la productivité mais aussi de lutter contre le chômage. « Aujourd’hui, il n’est plus possible de miser sur le retour de la croissance pour créer de l’emploi », estime l’eurodéputé de gauche Pierre Larrouturou. Pour ce fervent défenseur de la semaine de 4 jours à salaire égal et avec réduction du temps de travail, la mise en place de ce modèle de travail en France avec un financement dédié permettrait de créer 1,6 million d’emplois.

L’expérimentions lancée dans la précipitation et l’improvisation à l’Urssaf de Picardie par le gouvernement a été un échec. On attend la suite.

« La semaine de 4 jours est-elle une bonne idée pour relancer l’économie ? »

TITRE USBEK ET RICA ( Lila Meghraoua ) QUI POURSUIT :

Après le revenu universel, c’est au tour de la semaine de 4 jours de réapparaître dans les programmes politiques. En pleine récession, cette mesure a été évoquée mercredi 20 mai par la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern pour relancer le tourisme dans son pays. L’occasion de revenir sur deux expérimentations de la semaine de 4 jours – plutôt probantes – menées par le passé.

En novembre 2019, le parti travailliste britannique l’avait introduite dans son programme pour les élections législatives. En janvier 2020, elle avait été présentée à tort – c’était une fake news – par les gros titres de la presse internationale comme la mesure phare à venir du nouveau gouvernement finlandaisBenoît Hamon,  inspiré par Christiane Taubira – l’avait effleurée lors des primaires socialistes précédant la présidentielle de 2017. Aujourd’hui, en pleine récession liée à la crise sanitaire, elle revient sur le devant de la scène. Elle, c’est la semaine de 4 jours.

D’après FranceTVInfo, la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern aurait suggéré mercredi 20 mai, lors d’un live sur Facebook, la mise en place de cette semaine de 4 jours, notamment pour relancer le tourisme dans le pays. Les citoyens néo-zélandais pourraient, grâce à ce temps libre, faire plus de week-ends prolongés et nourrir ce secteur économique essentiel pour le pays (5,6% du PIB). Pour autant, pas de loi en vue, juste une suggestion pour inspirer peut-être les entreprises ? 

Nuages noirs au-dessus de Wolfsburg

Au Japon, pays du travail acharné où près d’un quart des entreprises demande à leurs employés de faire en moyenne 80 heures supplémentaires par mois, en août 2019, Microsoft a expérimenté la semaine de 4 jours pendant 5 semaines et auprès de 2 300 employés. Résultat : les employés auraient été plus productifs et plus efficaces en réunion. La société aurait observé une hausse de 40% de la productivité et des ventes réalisées par les employés par rapport à la même période l’année passée.

En Allemagne, il y a trente ans de cela, une entreprise a également éprouvé cette semaine de 4 jours pour sauver plusieurs milliers d’emplois. Au début des années 1990, le géant de l’automobile allemand Volkswagen traverse l’une de ses pires crises. En 1993, sur le premier semestre, l’entreprise accuse une perte de 1,6 milliard de marks allemands (environ 800 millions d’euros). 30 000 postes sont menacés. La situation est grave, à tel point que le WAZ – le journal de la ville de Wolfsburg, où siège la firme – titre en octobre de la même année : « Dunkle Wolken über Wolfsburg », soit « Des nuages sombres flottent au-dessus de Wolfsburg ». Pour sauver la mise, Volkswagen se met d’accord avec le syndicat IG-Metall sur une baisse radicale du temps de travail- en l’occurrence le passage de 36 heures à 28,8 heures hebdomadaires. Moyennant primes, les salaires sont baissés de 10%, mais les postes sont maintenus.

La mesure est initiée officiellement en avril 1994. 50 000 employés travaillent sur la base de ce nouveau modèle, jusqu’à la production de nouveaux modèles de véhicules qui demandent plus d’heures de travail. Le principe est définitivement abandonné en 2006, mais l’accord reste. En cas de crise majeure, cette mesure pourrait être ressuscitée. Et, qui sait, peut-être inspirer des entreprises françaises, même si le Medef, par la voix de son patron Geoffroy Roux de Bézieux, préconisait le 18 mai dernier d’emprunter la voie opposée pour relancer l’économie, à savoir « travailler plus pour gagner plus ».

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ARTICLE

La semaine de quatre jours fait son chemin en France, entre bien-être des salariés et attractivité des entreprises

Par Béatrice Madeline et Anne Rodier Publié le 29 mai 2023 LE MONDE

Et si l’on ne travaillait plus que quatre jours par semaine ? Après le télétravail, qui s’est largement développé depuis la pandémie de Covid-19, l’idée de réduire, non pas le temps de travail, mais le nombre de jours sur lesquels il est effectué fait école partout en Europe. Au Royaume-Uni, en Espagne ou en Belgique, de nombreuses initiatives ont été lancées pour tester cette organisation.

En France, quelques entreprises pionnières permettent à leurs salariés d’effectuer leurs trente-cinq heures en quatre jours.

Selon le ministère du travail, environ 10 000 salariés sont concernés. Le secteur public n’est pas à l’écart du mouvement : en Picardie, les agents d’une caisse de l’Urssaf se sont vu proposer cette possibilité, en mars. Une expérimentation annoncée par Gabriel Attal dans le quotidien L’Opinion, le 1er février. « Je crois que beaucoup de Français aspirent aujourd’hui à travailler différemment »,soulignait le ministre délégué chargé des comptes publics, alors que le gouvernement faisait face à une importante mobilisation sociale contre la réforme des retraites et le report de l’âge légal de départ à 64 ans.

Lire aussi : Au Royaume-Uni, la semaine de quatre jours fait des adeptes jusque dans l’administration

Le commissaire européen à l’emploi et aux droits sociaux, Nicolas Schmit, a, pour sa part, appelé, dans un entretien à l’agence portugaise Lusa publié le 25 mai, les entreprises à déployer la mesure pour être plus attractives sur le marché du travail, arguant que « les nouvelles générations ont une certaine vision de l’équilibre entre le travail et la vie personnelle ».Message entendu, en tout cas à Lyon, où les 9 600 salariés de la métropole basculeront, eux, au 1er septembre. Avec quelles conséquences ?

Des salariés plus heureux… en général

A l’heure où la qualité de vie au travail et la prévention des risques psychosociaux sont l’alpha et l’oméga du bon manageur, faire accomplir en quatre jours les tâches autrefois réparties sur cinq jours peut paraître au mieux absurde, au pire totalement délétère. Pourtant, les retours d’expérience – à prendre toutefois avec réserve, puisqu’elles proviennent d’entreprises volontaires, voire volontaristes – vont plutôt dans le sens d’un mieux-être pour les salariés.

Elmy, une petite entreprise lyonnaise spécialisée dans la gestion de l’énergie, a expérimenté la semaine de quatre jours pendant six mois, les cadres accomplissant trente-cinq heures, et les employés trente-deux heures. Evidemment, le travail s’est intensifié : les temps de pause quotidienne sont passés de près de quarante minutes à trente-quatre, et la pause déjeuner a été raccourcie d’une demi-heure, à une heure dix.

Mais, à l’arrivée, les absences parmi les 120 salariés ont chuté de plus de 70 %, le nombre de démissions a été divisé par plus de deux, la durée moyenne des réunions a été réduite de soixante-trois à cinquante-quatre minutes, et la proportion de salariés qui « recommanderaient Elmy comme une entreprise où il fait bon travailler » est passée de 23 % à 48 %.

Lire aussi :« Quand on a goûté à la semaine des quatre jours, on a du mal à revenir à l’ancien système »

Avec une journée de plus de libre dans la semaine, « les salariés peuvent regrouper sur ce temps les corvées administratives, rendez-vous médicaux ou autres. Ils parviennent mieux à séparer les moments où ils travaillent et ceux où ils ne travaillent pas », expliquent Thomas Laborey, fondateur du cabinet Blooming Partners, et Francis Boyer, consultant en innovation managériale, qui ont audité une dizaine d’entreprises.

« Ils s’organisent mieux et gagnent une liberté d’esprit », poursuivent les deux experts. Selon leurs estimations, « en moyenne, 70 % des salariés se disent moins fatigués et expliquent que leur charge mentale a diminué ». Autre source de satisfaction, celle de faire moins de trajets domicile-travail, avec un gain de temps et d’argent à la clé.

Si cette amélioration du bien-être des salariés se vérifie dans plusieurs entreprises, il y a des exceptions. Plutôt partants au départ, les agents de l’Urssaf de Picardie ont vite déchanté : le passage à quatre jours impliquait des journées de neuf heures de travail. Seuls trois agents sur 200 ont décidé de participer à l’expérience, les autres préférant rester sur leur emploi du temps usuel de sept heures vingt de labeur quotidien sur cinq jours.

La revanche des oubliés du télétravail

Face à une population de cadres qui a pu apparaître privilégiée car en capacité de télétravailler depuis le Covid-19, la semaine de quatre jours sonne comme une petite revanche pour les personnes dont la présence sur le lieu de travail est indispensable : ouvriers, employés du commerce ou de la distribution, soignants… « Passer à la semaine de quatre jours quand on est qualifié et qu’on a accès au télétravail a relativement peu d’intérêt, explique l’économiste Eric Heyer. Alors que pour les non-qualifiés cela permet d’obtenir un peu de la flexibilité dont bénéficient les salariés qui ont droit au télétravail. »

Pour Nela Richardson, chef économiste à l’ADP Research Institute, un groupe de recherche américain spécialisé sur le marché du travail, « les salariés ont le sentiment de reprendre un peu de pouvoir » sur leur propre vie professionnelle, car leur organisation gagne en souplesse. La semaine de quatre jours rééquilibre même un peu la répartition des rôles au sein du ménageentre hommes et femmes, puisque ce sont essentiellement ces dernières qui prennent des emplois à temps partiel pour s’occuper des enfants (ou, de plus en plus souvent, d’un parent âgé), notent MM. Laborey et Boyer.

Lire le décryptage : La semaine de quatre jours, positive pour les salariés… et pour l’employeur

Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’aspiration à la flexibilité n’est pas la revendication première. Selon l’enquête People at Work 2023 réalisée par ADP, elle n’arrive qu’au quatrième rang des critères qui importent aux salariés en France, derrière la rémunération (66 %), la sécurité de l’emploi (40 %) et le plaisir au travail (37 %).

Des impacts économiques encore flous

Si les salariés sortent plutôt satisfaits des expérimentations, qu’en est-il de l’entreprise elle-même ? Des salariés plus heureux, mieux organisés, sont-ils finalement plus productifs et l’entreprise connaît-elle meilleure fortune ? En l’absence de travaux de recherche sur le sujet, ces impacts « restent assez théoriques », admet M. Heyer. « De plus, poursuit l’économiste, ils dépendent de nombreux facteurs : les salaires sont-ils maintenus ? A quel type d’activité ou de personnel le dispositif est-il appliqué ? »

Mais, pour lui, une chose semble certaine : « Plus l’entreprise est grosse, plus elle est capitalistique, plus les impacts sont favorables. » La semaine de quatre jours peut même se révéler « très avantageuse » dans l’industrie. En réorganisant les équipes et la production, elle peut permettre d’augmenter la durée d’utilisation des machines et, éventuellement, de réduire en contrepartie le temps de travail des ouvriers.

Lire aussi : En Allemagne, le syndicat IG Metall plaide pour la semaine de quatre jours à 32 heures

« C’est plus complexe dans les services », nuance M. Heyer. Faute de pouvoir intensifier l’utilisation des équipements pour compenser, la semaine de quatre jours implique un allongement de la journée de travail qui peut conduire à du mal-être ou du burn-out. L’exemple de l’Urssaf de Picardie le démontre clairement.

Organiser la semaine de travail sur quatre jours « est une réelle occasion de remettre en question certains processus » au sein de l’entreprise et de tenter de les améliorer, expliquent MM. Laborey et Boyer. « Les entreprises qui ont réussi sont celles qui ont conditionné ce nouveau rythme de travail au maintien de la productivité », poursuivent-ils.

Acorus, une entreprise de réhabilitation des bâtiments, a ainsi profité du passage à la semaine de quatre jours pour externaliserl’acheminement de ses 50 véhicules vers des garages pour réparation. Autant de temps gagné pour les techniciens, qui n’avaient plus à transférer le matériel d’un véhicule à l’autre, et refaire l’opération en sens inverse lorsque le véhicule revenait du garage. Camille Darde, la directrice des ressources humaines d’Elmy, est, elle, moins catégorique. « Nous avons des améliorations à faire sur l’organisation », concède-t-elle, évoquant notamment un besoin de progresser dans la continuité des plannings.

Un argument pour recruter

Pénalisées, pour plus d’une sur deux, par la difficulté à recruter de la main-d’œuvre, les entreprises disposent, avec la semaine de quatre jours, d’un bon argument pour attirer les candidats. Chez Elmy, le nombre de CV reçus a plus que doublé sur les six mois d’expérimentation. Certes, cela ne dit rien de la qualité des candidatures, de l’adéquation au poste ou du turnover ultérieur, mais montre l’aspiration à un meilleur équilibre vie personnelle-vie professionnelle.

Lire aussi : La semaine de quatre jours comme solution à la pénurie de main-d’œuvre en Europe, selon le commissaire européen à l’emploi

D’ailleurs, à en croire une étude réalisée par la plate-forme d’emploi Talent.com, publiée en avril, neuf Français sur dix seraient partants pour rejoindre une entreprise qui propose ce dispositif, et 56 % le placent dans leur tiercé gagnant en matière de critères de choix d’un employeur.

Des implications juridiques et sociales

« La semaine de quatre jours n’est pas un sujet sur lequel les entreprises se posent beaucoup de questions juridiques, et pourtant ce changement d’organisation n’est pas sans conséquence », précise Franck Morel, avocat associé du cabinet Flichy Grangé. Le choix du jour non travaillé peut, par exemple, être source de difficultés, voire de litiges.

Est-il fixé par l’entreprise ou le salarié ? Chez Elmy, les salariés avaient le choix entre le mercredi et le vendredi… La balance penchant dangereusement en faveur du vendredi, l’entreprise a procédé par tirage au sort pour répartir les équipes entre les deux jours.

Lire aussi : Le secteur public expérimente timidement la semaine de quatre jours

Quel est l’impact sur les jours fériés ? Un salarié de la société Semaer a appris la réponse à ses dépens : alors que son jour non travaillé tombait un jour férié, il a réclamé une compensation. Demande balayée par la Cour de cassation, qui a jugé que ce jour n’était ni récupérable ni indemnisable.

Autre point important : certains salariés, tels que les alternants, intérimaires ou cadres dirigeants, peuvent être exclus du champ d’application de la semaine de quatre jours. Cela peut être un frein pour les entreprises où ces catégories sont fortement représentées, car la plupart des experts l’assurent : mieux vaut embarquer tout le monde pour assurer le succès de cette nouvelle organisation.

Béatrice Madeline et Anne Rodier

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