
PRÉSENTATION DE L’OUVRAGE – (HAL SHS)
Une grande enquête, la European Values Study, faite tous les 9 ans dans tous les pays européens, permet d’appréhender très finement quelles sont les valeurs de Européens et comment elles ont évolué depuis les années 1980. L’ouvrage, qui analyse les données recueillies lors de la dernière vague (entre 2017 et 2020) comparée à celles des vagues antérieures montre que les valeurs sont très diverses selon les parties de l’Europe. Europe des pays nordiques, Europe de l’Ouest, Europe du Sud, Europe de l’Est dans et hors de l’Union européenne, Russie ont de grandes disparités de valeurs.
L’ouvrage montre qu’on peut dégager ce qui fait l’essentiel du système de valeurs des Européens, entre individualisme et individualisation. La première dimension résume toutes les attitudes de repli sur ses intérêts personnels : penser à soi plutôt qu’être ouvert sur les autres et sur le collectif. La deuxième concerne la volonté de choix personnels dans tous les domaines de la vie, dans la famille, la sexualité et le rapport au corps, dans la vie sociale, dans la vie politique, en matière de religion….
Cette dimension d’individualisation oppose donc des individus qui revendiquent leur autonomie à tous ceux qui sont avant tout pour le respect des autorités et des normes établies, des traditions et des maîtres à penser. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, plus on est individualisé, moins on se révèle individualiste. L’individualisation est très développée à l’Ouest et dans les pays nordiques, l’individualisme domine dans l’Est de l’Europe.
Au fil des décennies, la culture de l’individualisation a beaucoup progressé alors que l’individualisme stagnait ou déclinait lentement. Ce grand clivage de valeurs est analysé tout au long du livre à travers les grands domaines de la vie. On observe aussi le poids des influences sociodémographiques : les valeurs fluctuent non seulement selon les insertions géographiques mais aussi selon les générations et les positions sociales. L’ouvrage est divisé en 20 chapitres traités par les meilleurs spécialistes.
Résumé de l’ouvrage
« Les Européens et leurs valeurs. Entre individualisme et individualisation » DE PIERRE BRÉCHON
Chaque individu est porteur de valeurs, d’idéaux qui définissent son identité et influencent ses comportements. Depuis quatre décennies, une grande enquête sociologique est conduite dans la quasi‑totalité des pays européens, abordant tous les grands domaines de la vie : la famille, le travail, la sociabilité, les valeurs politiques et religieuses afin d’étudier les différences de valeurs entre les pays et leurs évolutions dans le temps.
Comment ces systèmes de valeurs se comportent‑ils depuis 40 ans ? La vision de la démocratie comme meilleur système politique est‑elle partagée par tous les pays ? L’âge, le sexe, la catégorie sociale, la croyance ont‑ils un impact sur le système de valeurs ? Existe‑t‑il des différences entre les grandes zones du continent ?
Cet ouvrage très accessible analyse ces données et présente les résultats en une quinzaine de chapitres organisés autour de la question des liens sociaux et des valeurs politiques, puis propose une analyse à travers le prisme des groupes sociaux.
L’ouvrage bat en brèche certains stéréotypes, relativise de nombreux lieux communs véhiculés par les médias – le désamour de la police, le blocage de l’ascenseur social, la prétendue mauvaise intégration des immigrés – et permet de mieux comprendre l’évolution des opinions et des valeurs au sein du continent européen.
PRÉCÉDENTE PUBLICATION :
LA DÉSAGRÉGATION DE LA DÉMOCRATIE QUE LES RESPONSABLES POLITIQUES NE VEULENT PAS VOIR S’ENKYSTE DANS LES OPINIONS DES CITOYENS https://metahodos.fr/2023/08/09/la-desagregation-de-la-democratie-que-les-responsables-politiques-ne-veulent-pas-voir-senkyste-dans-les-opinions-des-citoyens/
EXTRAIT DE L’OUVRAGE :
Chapitre 13. Individualisation et individualisme dans les sociétés européennes
« Pour de très nombreux observateurs, la montée de l’individualisme est une évidence. Dans les sociétés développées, chacun serait avant tout préoccupé par la satisfaction de ses intérêts personnels et agirait avec cette constante préoccupation.
On ne penserait qu’à soi, qu’à son bien-être et à son épanouissement. Le sens des appartenances collectives et les engagements au service de son pays, de son groupe social, de personnes défavorisées seraient en déshérence. Et beaucoup considèrent que cette montée de l’individualisme serait due au développement d’un processus d’individualisation.
C’est parce que se sont développés – et continuent à se répandre – des idéaux d’autonomie des individus, chacun voulant définir lui-même ce qui fait sens pour lui sans avoir à suivre les instructions et les normes que la société et les institutions lui imposeraient, que ceux-ci perdraient le sens du collectif et ne penseraient plus qu’à leurs intérêts privés. C’est en fait l’idée que défendait déjà Tocqueville en 1840 (1961, tome 2).
La volonté d’autonomie des individus dans les sociétés démocratiques et l’oubli de la dimension collective de l’existence conduirait assez inexorablement vers l’égoïsme, « un amour passionné et exagéré de soi-même » (p. 143–145).
La situation de sujet soumis aux autorités, évidente dans des sociétés aristocratiques, tend à être remplacée par un régime d’autonomie individuelle de citoyens égaux en droits. L’individualisme ne pourrait donc que progresser avec le développement de l’esprit démocratique… »
Contribuent à l’ouvrage :
Chloé Alexandre, Camille Bedock, Pierre Bréchon, Bruno Cautrès, Claude Dargent, Bernard Denni, Nathalie Dompnier, Abel François, Olivier Galland, Gilles Ivaldi, Cyril Jayet, Raul Magni‑Berton, Max‑Valentin Robert, Jean‑François Tchernia, Vincent Tournier.
Biographie
- Pierre Bréchon est professeur de science politique à Sciences po Grenoble, qu’il a dirigé de 2002 à 2005. Il est chercheur au laboratoire PACTE (IEP de Grenoble/CNRS). Il travaille sur les élections, la sociologie de l’opinion et des valeurs, la comparaison des données quantitatives issues des grandes enquêtes sociologiques internationales.