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ÉTÉ STUDIEUX AVEC METAHODOS – RÉPUBLIQUE UNIE, INDIVISIBLE ET LAÏQUE : TROIS LIVRES POUR MIEUX COMPRENDRE

La notion d'identité républicaine de la France est une construction récente, contrairement à l'idée républicaine et surtout à celle d'identité de la France. | Domaine public via Wikimedia Commons

ARTICLE

La France, une République unie, indivisible et laïque: d’accord, mais ça veut dire quoi?

Sylvain Boulouque — Édité par Natacha Zimmermann — 12 août 2023 SLATE

Trois ouvrages montrent comment au XIXe siècle, tout a été fait pour que le citoyen adhère aux principes républicains. Et comment aujourd’hui, la sémantique a glissé, au prix du consentement populaire.

La notion de «république» et les questions qui entourent ce concept sont lancinantes dans les prises de position publiques contemporaines. Trois ouvrages permettent de remettre ce sujet en perspective sur le long terme.

​«L’Affichage administratif au XIXe siècle​», la citoyenneté accessible

Le livre de l’historien de l’environnement Frédéric Graber, a priori, ne porte pas sur le sujet. Pourtant, son étude des affiches produites par l’administration au XIXe siècle montre qu’elle a été un des aspects de l’enracinement républicain. Il étudie sa place au travers des archives d’un imprimeur officiel et d’autres municipales et préfectorales.

L’affichage administratif concerne tout d’abord des enquêtes publiques. Par-delà la demande des autorités, il s’agit de fabriquer un consentement –et une adhésion des citoyens– aux décisions publiques. Cela n’est bien évidement pas propre à la république, les régimes précédents –monarchie, empire– y avaient déjà recours. Cependant, la pratique devient massive avec l’avènement de la IIIe République (1870-1940).

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Son inscription dans l’espace est aussi un moyen de faire pénétrer l’idée républicaine, d’autant qu’elle va de pair avec l’alphabétisation. L’auteur souligne que cet élément va de pair avec les progrès de l’imprimerie et de la qualité, qui rendent l’affiche plus lisible et plus accessible. C’est l’une des raisons pour lesquelles les mairies et les préfectures les multiplient à partir de 1871. Leur disposition, si elle ne relève pas d’un plan concerté, répond à une logique: occuper et rentre visibles les lois et les décisions institutionnelles.

La loi du 29 juillet 1881, qui crée l’interdiction d’afficher sur les bâtiments publics, a une double fonction: éviter le parasitage et maintenir le pouvoir symbolique des institutions. Les panneaux communaux devient ainsi l’espace de l’expression citoyenne, moyennant un timbre fiscal… Ces éléments peuvent sembler marginaux, mais ils ont indirectement participé à la fabrication d’une culture commune.

L’Affichage administratif au XIXe siècle – Former le consentement

Frédéric Graber

«Former, encadrer, surveiller», façonner les citoyens

Ce façonnement des citoyens est montré par de nombreux exemples et plusieurs textes dans le volume Former, encadrer, surveiller. Publié en hommage à l’historien spécialiste de l’éducation et de la gendarmerie Jean-Noël Luc, le livre rappelle combien la production de textes administratifs et réglementaires a favorisé la construction de l’État, comme le signalait Michel Foucault dans Surveiller et punir.

Dans la fabrication de cette culture républicaine et normative, l’école a joué un rôle central. Elle a souvent hérité de l’État centralisateur de la période antérieure. Dans les années 1880, la mise en place des bourses pour les élèves instituées est un exemple. Au même titre que la célébration de la méritocratie dans les écoles élémentaires à partir de cette même date.

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La question de la méritocratie est restée au cœur des enjeux politiques, puisqu’elle a été, pendant une partie du XXe siècle, une question électorale qu’évoque un des chapitres de l’ouvrage. La création de la norme scolaire passe par le cadrage et la réprimande des élèves récalcitrants d’une part et les tentatives de juguler le vagabondage des enfants d’autre part.

Parallèlement, cette culture républicaine s’est traduite par une vision de l’ordre public. Il recouvre une vision des hiérarchies sociales et cherche à encadrer –voire à réprimer– les débordements comportementaux, sociaux ou politiques. Le rôle de la gendarmerie dans les campagnes est à cet égard important. La culture républicaine s’immisce dans tous les secteurs de la société.

Former, encadrer, surveiller – Documents d’histoire sociale de la France contemporaine

sous la direction d’Arnaud-Dominique Houte, Aurélien Lignereux, Jean Le Bihan et Jean-François Condette

«L’Identité républicaine de la France», quand les sens glissent

L’historienne Jacqueline Lalouette montre que la notion d’identité républicaine de la France est une construction récente, contrairement à l’idée républicaine et surtout à celle d’identité de la France, façonnée par l’historien Fernand Braudel et par le Parti socialiste en 1981, par antiaméricanisme, notion complétée depuis par Jean-Pierre Chevènement qui évoquait «l’identité républicaine de la France».

En remontant aux origines, elle montre comme s’est développé le terme, rappelant au passage que l’identité est de plus en plus confondue avec d’autres concepts –«démocratie», «État», etc. Au XIXe siècle, chez les historiens comme Jules Michelet, est davantage évoquée l’idée d’une «identité nationale», héritière à la fois de la monarchie et des grandes révoltes et des révolutions qui ont permis la naissance de la France moderne. Sans être formulée explicitement, la notion d’«identité républicaine» se structure autour des combats politiques et sociaux, et de grands discours comme ceux du dirigeant socialiste Jean Jaurès, qui ont tendance à fabriquer l’image d’une république qui marche vers le progrès.

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Les termes de «France» et de «république» ne sont pas accolés, la dimension universelle des principes républicains dépasse le cadre national, comme en témoigne l’héritage des philosophes des Lumières et surtout celui de la Révolution française et plus encore les célébrations de cet héritage révolutionnaire. Ce dernier, au travers de multiples récits littéraires ou cinématographiques, est célébré et marque l’espace public, comme en témoigne l’odonymie des places et des bâtiments publics. Multipliant les liens entre le passé et le présent, elle souligne les évolutions, rappelle les quelques contresens contemporains, comme à propos de la laïcité, définie comme une valeur alors qu’il s’agit d’un principe de la République.

Cette absence de réflexion sur les mots a amené à un glissement sémantique et à une transformation des usages. Le mot «laïcité», initialement défendu par la gauche contre l’emprise de l’Église est aujourd’hui récupéré par la droite et l’extrême droite, alors que la gauche l’a partiellement abandonnée. De même, si la notion d’«unité» et d’«indivisibilité» renvoie initialement à l’idéal émancipateur du principe républicain, elle est depuis quelques années devenue un des piliers d’une vision autoritaire de la république.

L’Identité républicaine de la France – Une expression, une mémoire, des principes

La difficulté actuelle répond à celle que la République a de retrouver sa promesse émancipatrice. Restent des formes de propagande qui ont changé et ne semblent plus rencontrer le même consentement ni la même attirance pour la chose publique.

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