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La foi en la démocratie reste forte, mais se fragilise chez les jeunes
Fabien Deglise 13 septembre 2023. LE DEVOIR
Dans un monde soumis depuis plusieurs années à la montée de régimes et de figures politiques autoritaires, la démocratie est toujours une valeur cardinale pour une majorité écrasante des habitants de 30 pays répartis sur les cinq continents qui ont été sondés, révèle une enquête internationale dévoilée mardi.
Mais la solidité de cette adhésion reste malgré tout fragile, et ce, en raison, entre autres, de la tentation exprimée au sein d’une frange de la jeune génération, les 16-35 ans pour être précis, de faire l’expérience ou d’accepter des options politiques versant dans l’autoritarisme pour régler les problèmes du présent, indique la vaste mesure de l’opinion menée entre mai et juillet derniers par la Fondation Open Society.
Des chiffres ? En moyenne, 71 % des personnes âgées de 56 ans et plus estiment qu’un régime démocratique est préférable à toute autre forme de gouvernement. Une affirmation qui ne recueille l’appui que de 57 % des moins de 36 ans, peut-on lire dans le rapport. Une différence de 14 points.
Dans la foulée, un peu plus du quart (26 %) des 56 ans et plus se disent favorables à un chef fort qui ne s’embarrasserait plus d’un Parlement ou des institutions électorales pour gouverner, contre 35 % des 18-35 ans.
« Ces résultats laissent croire que la confiance dans la démocratie pourrait s’affaiblir d’une génération à une autre, même si la plupart des gens dans le monde ont encore foi [en ce régime], résume Mark Malloch Brown, président de la Fondation. Cela ne devrait pas nous surprendre. Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi et ont été politisés avec l’émergence de crises multiples, comme les changements climatiques, économiques, technologiques, et au coeur de troubles géopolitiques qui se sont accrus, renforçant ces crises les unes au moyen des autres, à des degrés jamais vus auparavant », écrit-il dans son rapport.
Cela ne devrait pas nous surprendre. Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi et ont été politisés avec l’émergence de crises multiples, comme les changements climatiques, économiques, technologiques, et au coeur de troubles géopolitiques qui se sont accrus, renforçant ces crises les unes au moyen des autres, à des degrés jamais vus auparavant.
— Mark Malloch Brown
Malgré tout, dans l’ensemble des 30 pays dont le coeur des habitants vient d’être sondé, 86 % des personnes interrogées disent vouloir vivre dans un État démocratique, un cadre politique qui a toujours, selon elles, le potentiel de « générer des solutions aux problèmes communs ».
Ironiquement, cette confiance dans la démocratie s’exprime de manière légèrement moins forte dans des pays comme les États-Unis (80 %), le Royaume-Uni (82 %) ou la France (83 %), pourtant des modèles démocratiques historiques, que dans les États où cette même démocratie est soit inexistante, soit malmenée par des régimes autoritaires, comme l’Éthiopie (96 %), la Turquie (96 %), la Chine (95 %) ou encore l’Italie (91 %), où le dernier scrutin présidentiel a fait entrer la formation politique postfasciste de Giorgia Meloni au pouvoir.
Au Canada — qui ne fait pas partie de cette enquête —, un coup de sonde similaire mené par Angus Reid l’an dernier a mis en lumière un appui important à la démocratie : 86 %, soit le niveau moyen établi dans le rapport de la Fondation Open Society.
Qui plus est, à peine 16 % des Canadiens se sont dits à l’aise avec l’idée d’un dirigeant fort qui déciderait de contourner autant les règles électorales que le pouvoir législatif, une mesure qui confirme une tendance mondiale face aux régimes autoritaires.
Malgré leur ascension, ces régimes sont perçus globalement comme les moins enclins à livrer ce dont les citoyens ont besoin ou encore comme les moins efficaces pour résoudre plusieurs problèmes du présent. À l’échelle mondiale, 36 % des répondants estiment en effet que ce type de gouvernement peut maintenir des niveaux de criminalité bas, mais ils ne sont plus que 16 % à croire que l’autoritarisme pourrait renverser les changements climatiques ou remporter des guerres (20 %), indique le rapport international.
En fait, la majorité des répondants (69 %) doutent de la capacité d’un pouvoir fort à faire croître leur économie, à créer de l’emploi (73 %), à protéger l’environnement (77 %), et à construire des écoles et des hôpitaux (78 %) ou encore des routes et des ponts (79 %).
« Cela a du sens, car les faits démentent le dynamisme et la résilience supposés d’un gouvernement autoritaire », écrit Mark Malloch Brown, tout en pointant du doigt la présidence du populiste Jair Bolsonaro, qui, au Brésil, a conduit à une gestion désastreuse de la pandémie de COVID-19 et de la forêt amazonienne, ou encore celle du dictateur Vladimir Poutine, qui s’est mis lui-même dans un « bourbier » en Ukraine.
« Chaque cas démontre la faiblesse d’un leadership ancré dans une société fermée en rupture avec les instances de vérification et les contre-pouvoirs adéquats », ajoute-t-il.
Le dernier rapport de l’organisme Freedom House, publié au début de l’année, a confirmé le déclin des libertés civiles et des droits politiques à travers le monde pour la 17e année de suite.
Depuis 10 ans, les États-Unis sont entrés également dans le sombre palmarès des pays où ces droits et libertés poursuivent un « recul inquiétant », selon l’organisme, aux côtés de l’Inde, de la Bosnie-Herzégovine, de la Pologne, de la Russie et d’Haïti.
Pis, en 2023, le pays de Joe Biden et Donald Trump a été placé à égalité avec le Panama et la Roumanie, selon le classement établi par Freedom House, loin dernière 59 autres pays, dont les autres démocraties du G7, tel le Canada, qui trône au sommet de la liste des pays où la liberté se porte le mieux, juste derrière la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Finlande et la Suède.
« La démocratie en tant qu’idéal continue d’exercer un attrait important dans le monde, résume Mark Malloch Brown. Mais elle doit continuer à démontrer qu’il s’agit d’un régime efficace qui donne des résultats meilleurs et concrets. » Et surtout des résultats tangibles pour la majorité, qui, pour le moment, continue toujours d’y croire, conclut la Fondation.