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MISE À JOUR / QUE SAIT-ON DE L’ASSASSINAT DE DOMINIQUE BERNARD ? ( ET DE L’ASSASSIN )

NOUS VOUS PROPOSONS CINQ ARTICLES :

– Arras : ce que l’on sait sur l’attaque au couteau qui a coûté la vie à un professeur et fait deux blessés graves

– Attentat à Arras : salafisme, tentative d’expulsion… la spirale de radicalisation de la famille Mogouchkov

– « M. Bernard, il était gentil, il rigolait un peu avec les élèves »: à Arras, l’émotion après le drame

– « Son parcours rendait difficile sa neutralisation »: Mohammed Mogouchkov, l’assaillant d’Arras bien connu de la DGSI

– Qui est Dominique Bernard, le professeur tué ?

1. ARTICLE

Arras : ce que l’on sait sur l’attaque au couteau qui a coûté la vie à un professeur et fait deux blessés graves

Par Christophe Cornevin, Jean-Marc Leclerc, Jean Chichizola et Paule Gonzalès LE FIGARO 13 10 2023

Le terroriste, Mohammed Mogouchkov, originaire du Caucase et fiché S âgé de 20 ans, ainsi que son frère, qui a fait 18 mois de prison pour avoir relayé des propos de Daech, ont été interpellés par la police. Le tueur, suivi par la DGSI, avait été contrôlé ce jeudi.

L’équipée sanglante a été commise ce vendredi matin au lycée Gambetta d’Arras. Un assaillant armé d’un couteau a fait irruption peu avant 11 heures devant l’établissement. Au cri d’ «Allah Akbar» selon plusieurs témoins, mais non encore confirmé par la police, Mohammed Mogouchkov, ressortissant caucasien fiché S., qui pourrait être un ancien élève de ce lycée, a d’abord poignardé un professeur de Français. Un second enseignant, professeur d’éducation physique et sportive, a été à son tour grièvement blessé au couteau alors qu’il tentait de s’interposer. En furie, l’islamiste s’est ensuite engouffré dans l’école avant de frapper à plusieurs reprises un agent technique. En fin d’après-midi, les deux enseignants étaient en urgence absolue.

L’auteur des faits, âgé de 20 ans, a été interpellé par la police selon le ministère de l’Intérieur. Son frère, qui n’était pas sur place, a lui aussi été appréhendé. Tous deux seraient d’origine caucasienne. Tous les établissements scolaires de la ville ont été confinés. Alors que les policiers du Raid ont été mis en alerte maximale, Gérald Darmanin est attendu sur place tout comme Emmanuel Macron et Gabriel Attal, ministre de l’Education nationale.

Selon nos informations, la famille de l’islamiste aurait dû être expulsée du territoire national en février 2014. Une piste que la police tente de confirmer. À l’époque, un matin de février, la famille Mogouchkov avait été réveillée par la police aux frontières. Le couple et ses cinq enfants avaient été emmenés à l’aéroport de Saint-Jacques-de-la-Lande avant de faire escale à Roissy, où les attendait un vol devant les renvoyer à Moscou.

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Mais les associations, vent debout, s’étaient alors opposées à cette expulsion. Selon France 3 Bretagne, le Mrap, la Cimade, RESF 35 et d’autres collectifs avaient notamment fait pression sur les politiques, notamment les candidats aux municipales de Rennes. Finalement, les autorités avaient remis en liberté la famille Mogouchkov.

La fédération d’Ille et Vilaine du Parti communiste français avait alors publié un communiqué dénonçant ces pratiques «d’autant plus inacceptables qu’elles se déroulent au mépris de la circulaire Valls du 28 novembre 2012 : maîtrise du français, enfants scolarisés avec succès, tous les critères de la régularisation étaient réunis».

Contrôlé la veille de l’attaque

Par ailleurs, une source proche du renseignement a révélé au Figaro que Mohammed Mogouchkov faisait l’objet d’un suivi actif récent de la DGSI. «Son frère avait été interpellé à l’été 2019 par la DGSI dans le cadre d’un projet d’attentat déjoué puis de faits d’apologie, et est écroué», précise-t-on de source proche du renseignement qui ajoute : «Quant à l’auteur, il faisait l’objet depuis cet été de multiples techniques de renseignement et de mesures de surveillance actives – il était sous écoute et faisait l’objet de surveillances physiques».

Selon nos informations, Mohammed Mogouchkov avait notamment été contrôlé jeudi 12 octobre sans qu’aucune infraction ne puisse lui être reprochée. «Ses conversations téléphoniques n’avaient pas mis en évidence ces derniers jours d’éléments permettant d’annoncer un passage à l’acte», révèle au Figaro une source informée qui précise que «le profil s’apparente donc à un individu radicalisé dont le potentiel est connu mais qui décide subitement de passer à l’acte, rendant difficile sa neutralisation».

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La scène filmée par des élèves sidérés

Une vidéo, qui a très vite circulé sur les réseaux sociaux, offre un premier déroulé des faits. Filmée depuis les fenêtres du lycée par des élèves, sidérés, on y voit l’agresseur, muni d’un couteau, attaquer des personnes dans la cour de l’établissement. Il avance, d’un pas assuré, habillé d’un blouson gris. Ses victimes tentent de le mettre à distance avec une chaise. L’une des victimes tombe. «C’est le proviseur adjoint», croit distinguer un élève dont la voix est audible sur une vidéo mise en ligne. L’homme tombé à terre sur le dos est roué de coups par l’assaillant qui se dirige vers une autre personne. Sa détermination est totale.

Le profil LinkedIn du terroriste Mohammed Mogouchkov est illustré de la photo d’un jeune homme aux cheveux frisés portant des lunettes. Les informations associées le désignent comme un «étudiant au lycée Carnot», à Arras (Hauts-de-France). Sa formation : «brevet de technicien supérieur (BTS). Moteurs combustion interne. 2021-2022». Il se dit «bilingue» russe et français. Pratique l’anglais et aurait des «notions» d’espagnol et d’arabe.

Son compte Facebook, sans doute plus ancien, le désigne comme ayant «étudié» au «collège Gambetta» à «Arras», habitant à Arras et marié «le 25 février 2021». Dernier «post» le même jour. Son compte comprend «64 amis», essentiellement des subsahariens, dont beaucoup se disant installés au Mali, à Conakry, ou déclarant «travailler» au «Koweït». La photo d’une maison illustre le compte, mais aussi d’un jeune enfant boxeur. De fait, Mohamed Mogouchkov était boxeur cadet au Boxing club d’Arras Sud.

Selon une source proche du dossier, un troisième frère âgé de 22 ans, Movsar, est lui incarcéré à la Santé pour association de malfaiteurs terroristes et est passé par le Quartier d’évaluation de la radicalisation de Vendin le Vieil. Au printemps 2019, il était impliqué dans un projet d’attaque, déjoué, contre l’Elysée et les policiers assurant la garde. Il présente un «pedigree pénitentiaire important» car il est passé par la prison pour mineurs et plusieurs établissements pénitentiaires de la Région.

Après l’attentat, la direction interrégionale du Nord s’est adressée aux établissements de Vendin le Vieil, Lille Annoueullin et l’établissement pour mineurs de Quièvrechain, attirant leur « vigilance sur les détenus de vos structures qui pourraient avoir eu des relations avec ces personnes – Mukhammed Mogouchkov et Movsar Mogouchkov – ou qui entretiendraient encore des relations avec ces personnes ». Une demande concernant autant l’enquête en cours que les risques d’attentats au sein des prisons.

Peu avant 13 heures, Le Parquet national antiterroriste s’est saisi et a ouvert une enquête des chefs d’«assassinat en relation avec une entreprise terroriste», «tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste» et «association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes d’atteinte aux personnes».

Les investigations ont été confiées à la sous-direction antiterroriste de la direction nationale de la police judiciaire (SDAT), service coordonnateur à la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ) et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Une attaque à trois jours de la commémoration de l’assassinat de Samuel Paty

Cette attaque terroriste intervient à trois jours de la commémoration de l’assassinat du professeur d’histoire géographie Samuel Paty, le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine. L’enseignant, lui aussi, avait été la cible d’un terroriste d’origine tchétchène, tué par la police. Avant de commettre l’indicible, Abdoullakh Anzorov, alias « Al Ansar tchétchène 270 » sur les réseaux, venait de visionner une vidéo de haine qui déplorait que l’enseignant de 47 ans ait montré en classe des caricatures du prophète.

Le sénateur LR Henri Leroy, membre et initiateur de la mission d’information sénatoriale sur les «menaces et agressions contre les enseignants», a réagi vendredi à l’attentat en déplorant qu’après «l’assassinat de Samuel Paty par un extrémiste islamiste»«rien n’a été fait pour protéger nos enseignants face à la barbarie».

Fin septembre, une source sécuritaire soulignait l’apparition d’une «nouvelle génération radicale» touchant notamment la jeunesse issue de l’immigration nord-caucasienne.

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À la demande de Gabriel Attal une consigne a été envoyée aux recteurs de prendre sans délai toutes les mesures pour renforcer la sécurité de tous les établissements en France.

Ce nouvel attentat endeuillant la communauté scolaire a été commis alors que le Hamas, par la voix de Khalid Mashal, l’un de ses membres fondateurs, avait appelé, il y a quelques jours, les musulmans du monde entier à manifester leur colère ce vendredi 13 octobre, appelant au sang.

2. ARTICLE

Attentat à Arras : salafisme, tentative d’expulsion… la spirale de radicalisation de la famille Mogouchkov

Terrorisme

Par Marion Rivet le 13/10/2023 MARIANNE

Arrivée en 2008 sur le sol français, la famille tchétchène de Mohammed Mogouchkov – l’auteur de l’attaque mortelle au couteau d’un professeur – avait fait l’objet d’une tentative d’expulsion du territoire français en 2014. Tandis que l’un des frères de l’assaillant a été interpellé près d’un autre établissement de la ville, un troisième est actuellement emprisonné notamment pour des faits d’« association de malfaiteurs terroristes ».

Ce vendredi 13 octobre, un assaillant armé d’un couteau a tué un enseignant et blessé plusieurs personnes dans le lycée Gambetta-Carnot à Arras, dans le Pas-de-Calais. Derrière cette attaque, on retrouve un homme de 20 ans, fiché S et ancien élève de la cité scolaire : Mohammed Mogouchkov. Celui-ci, qui aurait crié « Allah Akbar » au moment des faits, faisait l’objet d’un suivi actif de la DGSI (Direction générale de la Sécurité intérieure) depuis cet été – il était notamment sur écoute et faisait l’objet de surveillances physiques. Il avait même été contrôlé ce jeudi 12 octobre. L’un des frères de l’assaillant du lycée Gambetta Carnot, également fiché S, a été interpellé dans la matinée près d’un autre établissement de la ville, le lycée Savary.

Né en 2003, l’auteur de l’attaque est arrivé sur le sol français à l’âge de cinq ans avec ses parents et ses frères et sœurs. Une famille russe d’origine tchétchène, qui avait été poussée à quitter la fédération de Russie à cause de son adhésion au salafisme, selon La Voix du NordDepuis leur arrivée en France, les parents de Mohammed Mogouchkov multipliaient les procédures pour obtenir le statut de réfugié politique. Installée à Rennes, en Ille-et-Vilaine, la famille Mogouchkov avait failli être expulsée en 2014 après avoir été déboutée du droit d’asile.

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UNE TENTATIVE D’EXPULSION EN 2014

Comme Ouest-France l’avait relaté dans un article, le 18 février de cette même année, la famille avait été réveillée par la police aux frontières (PAF) pour se rendre à l’aéroport de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes, où un avion avait été spécialement affrété afin de rejoindre Roissy. Là-bas les attendait un autre avion devant les amener à Moscou. Les parents avaient refusé de monter à bord de ce dernier : ils avaient donc été dirigés vers le centre de rétention administrative (CRA) de Mesnil-Amelot, en région parisienne.

Mais la mobilisation de plusieurs associations dont le Mrap, la Cimade et RESF (Réseau éducation sans frontières) – qui dénonçaient une tentative d’expulsion visant des enfants scolarisés et pointaient une « nouvelle affaire Leonarda » –, avait fait échouer l’opération. Sous la pression de ces dernières, les autorités préfectorales d’Ille-et-Vilaine avaient finalement décidé de remettre en liberté la famille Mogouchkov, alors assignée à résidence dans un foyer au sud de Rennes depuis plusieurs semaines, et de suspendre leur expulsion.

UN FRÈRE CONDAMNÉ POUR « APOLOGIE DU TERRORISME »

Ces dernières années, une autre affaire touchant directement la famille de l’assaillant avait été médiatisée. Movsar Mogouchkov, un des frères de l’auteur de l’attaque, avait été interpellé en 2019, par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) dans le cadre d’un projet d’attentat déjoué, puis de faits d’apologie du terrorisme. L’homme de 21 ans est actuellement emprisonné, indique une source proche des renseignements auprès de MarianneSelon La Voix du Nordce dernier a été condamné à 18 mois pour « apologie du terrorisme », puis à cinq ans d’emprisonnement pour « association de malfaiteurs terroristes » et est actuellement incarcéré à la prison de la Santé, à Paris.

À LIRE AUSSI : Attaque au couteau à Arras : pourquoi l’assaillant Mohammed Mogouchkov n’a-t-il pas été expulsé ?

Cet ancien boxeur russe avait relayé sur Twitter des contenus très violents, dont des assassinats et des bombardements, émanant notamment de Daech. Il administrait également une chaîne Telegram sur laquelle il publiait des vidéos de ce type. La cour avait alors estimé qu’il se livrait à de la propagande pour l’État islamique. Trois des ses co-accusés ont été condamnés pour la préparation d’un attentat à Paris en 2019, selon le quotidien du Nord.

UNE DÉRIVE DÉJÀ ANCIENNE

Ce dernier relevait aussi qu’entre deux recherches concernant le groupe islamiste Boko Haram, le téléphone de Movsar contenait également des chants islamiques au contenu sans équivoque : « Allons-y, égorgeons » ; « Mourir en martyr pour le califat » ou encore « L’État islamique est mon destin ».

3. ARTICLE

« M. Bernard, il était gentil, il rigolait un peu avec les élèves »: à Arras, l’émotion après le drame

Par Hadrien Brachet. Publié le 13/10/2023 MARIANNE

En fin de matinée, ce 13 octobre, des parents attendaient leurs enfants qui sortaient peu à peu de la cité scolaire Gambetta, marquée par une attaque sanglante. L’émotion et la stupeur dominaient devant cet établissement d’une ville que plusieurs décrivent comme habituellement « tranquille ».

Dans la foule, à intervalles réguliers, des bras se lèvent et s’agitent. S’ensuivent des expressions de soulagement, des pleurs, des accolades. Il est bientôt 14 heures aux abords de la cité scolaire Carnot d’Arras et les parents, prévenus du drame survenu quelques heures plus tôt, sont venus récupérer leurs enfants. Une petite foule se masse devant le ruban blanc rouge protégé par les forces de l’ordre, barrant l’accès à l’établissement.

Les élèves, confinés à l’intérieur, sortent au compte-goutte, par petits groupes. Ceux-ci sont en sécurité, leur dit-on, mais les parents n’attendent que de les retrouver. L’inquiétude se lit sur les visages. Une ambulance passe, la foule se met sur le côté, un père s’interroge : « C’est pas normal qu’il y ait le Samu ».

« ARRAS EN GÉNÉRAL C’EST TRANQUILLE »

Aux moments de retrouvailles, chacun réagit à sa manière. Dans la file, une élève qui vient de sortir avec ses camarades s’exclame : « J’aurais pu voir le mec se faire tuer ». À d’autres, les mots manquent. « Bon bah ça fait bizarre », lâche un jeune garçon avant de se lover dans les bras de sa mère. « On va manger ? », lance un autre parent à des jeunes tout juste sortis. « Oh ouais », répond une jeune fille. Îlots de tendresse au milieu du drame.

Plus loin, à côté d’une autre entrée du lycée, la grand-mère de l’un des élèves qui a assisté à l’attaque attend de le prendre à nouveau dans ses bras. Celui-ci est en sécurité, auprès de la cellule installée au sein de l’établissement. Mais elle le sait, il lui en faut plus pour être soulagée : « J’ai envie de l’avoir près de moi. Ce n’est pas évident. »Adolescente, cette Arrageoise a fréquenté le lycée. « Arras en général c’est tranquille », soupire-t-elle, encore ahurie.

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Le choc se lit aussi dans les conversations des adolescents. « On est encore un vendredi 13 », lâche l’un d’eux, en référence au 13 novembre 2015, jour de vague d’attentats à Paris. Plus loin, un groupe de trois jeunes du coin discutent. « Le mec qui a fait ça, il mérite la prison à vie, aux États-Unis c’est la peine de mort », souffle l’un d’eux.

Un élève du collège âgé de 13 ans, qui se fait appeler « Balou », décrit l’établissement comme habituellement « plutôt calme ». Lui attend ses amis, « un peu sous le choc ». « J’étais dans la cour, j’ai vu un prof avec le visage en sang qui nous a dit d’appeler la police, de courir, raconte-t-il, sac à dos noir sur les épaules. On a vu l’agresseur qui commençait à mettre des coups de pression aux profs. On a couru dans les salles de classe, on nous a cachés, on nous a confinés. » Le jeune se souvient de l’enseignant assassiné :« Le prof de français, Monsieur Bernard, il était gentil, il rigolait un peu avec les élèves. Il y avait zéro problème. » Quelques minutes plus tard, des employés d’une boulangerie, fendent la foule pour apporter des sandwichs aux policiers en service dans l’établissement. La solidarité comme réponse immédiate.

4. ARTICLE

« Son parcours rendait difficile sa neutralisation »: Mohammed Mogouchkov, l’assaillant d’Arras bien connu de la DGSI

Fiché S

Par Marianne. Publié le 13/10/2023

Un homme armé d’un couteau a tué un enseignant et blessé plusieurs personnes au lycée Gambetta-Carnot d’Arras, dans le Pas-de-Calais, ce vendredi 13 octobre au matin. Âgé de 20 ans, cet ancien élève de la cité scolaire, fiché S, était activement suivi par la DGSI. Il avait notamment été contrôlé ce jeudi sans qu’aucune infraction ne puisse lui être reprochée.

Ce vendredi 13 octobre au matin, un homme de 20 ans a pénétré armé d’un couteau dans le lycée Gambetta-Carnot à Arras, dans le Pas-de-Calais. Au cours de son attaque, il a tué un enseignant, le professeur de français, Dominique Bernard, et fait deux blessés. Selon les informations de Marianne, l’assaillant né en 2003 est d’origine tchétchène. Le suspect était fiché S et aurait crié « Allah Akbar » au moment des faits. Il s’agirait par ailleurs de Mohammed Mogouchkov, un ancien élève de la cité scolaire. Un professeur d’EPS qui l’a connu lorsqu’il était en terminale le décrit auprès du Parisien comme « un élève réservé, calme », voire « lambda ».

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UN INDIVIDU RADICALISÉ AU POTENTIEL CONNU

L’auteur de l’attaque a été interpellé, a précisé peu de temps après l’attaque le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, sur X (anciennement Twitter). Le parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête, ouverte des chefs de « assassinat en relation avec une entreprise terroriste », « tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroristes en vue de préparer des crimes d’atteinte aux personnes ». L’enquête a été confiée à la sous-direction antiterroriste (SDAT) et à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). D’après une source proche des renseignements interrogée par Marianne, l’auteur des faits était activement suivi par la DGSI.

À LIRE AUSSI : La communauté tchétchène dans le viseur des renseignements

Il faisait l’objet depuis cet été de multiples techniques de renseignement et de mesures de surveillance actives – il était sur écoute et faisait l’objet de surveillances physiques. Il avait notamment été contrôlé, ce jeudi 12 octobre, sans qu’aucune infraction ne puisse lui être reprochée. Ses conversations téléphoniques n’avaient pas mis en évidence ces derniers jours d’éléments permettant d’annoncer un passage à l’acte. « Le profil s’apparente donc à un individu radicalisé dont le potentiel est connu mais qui décide subitement de passer à l’acte, rendant difficile sa neutralisation », conclut à Marianne une source proche des renseignements.

C’est hallucinant de lire une telle question !! comment mettre un policier en permanence dans chaque école, et après les écoles ce seront les hôpitaux

Un des frères de l’assaillant avait, en outre, été interpellé à l’été 2019 par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) dans le cadre d’un projet d’attentat déjoué, puis de faits d’apologie. Il est actuellement écroué, indique cette source proche des renseignements auprès de Marianne. Selon les informations de La Voix du Nord celui-ci est incarcéré à la prison de la Santé, à Paris. Il avait été condamné à cinq ans d’emprisonnement pour « association de malfaiteurs terroristes » et 18 mois pour « apologie du terrorisme ».

5. ARTICLE

qui est Dominique Bernard, le professeur tué ?

Par Guillaume Poingt, Elisabeth Pierson et Benjamin Ferran LE FIGARO 13 10 23

Cet homme d’une cinquantaine d’années, qui a fait toute sa carrière dans le Nord, était professeur de français au lycée Gambetta.

Il enseignait le français au lycée Gambetta-Carnot à Arras. Dominique Bernard, 57 ans, a été poignardé par Mohammed Mogouchkov, un Caucasien, fiché S pour islamisme radical, au moment de l’intercours de 11 heures. « L’enseignant qui a été tué s’est interposé lui-même, son collègue blessé et le personnel qui a été grièvement blessé ont eu le même courage. Ils ont sans doute sauvé beaucoup de vies, je veux leur rendre hommage », a salué, vendredi après-midi, le président de la République, Emmanuel Macron.

Agrégé de lettres modernes, Dominique Bernard était le père de trois filles, étudiantes, et marié à une enseignante en anglais, professeur dans un lycée du Pas-de-Calais. Il a fait toute sa carrière dans le Nord, d’abord en enseignant quelques années en classe préparatoire à Lille, avant de revenir, il y a plus de quinze ans, à Arras, la ville où il avait passé son enfance.

«Un fervent défenseur de la laïcité »

« Dominique était agrégé, mais enseignait par choix au collège. Il aimait profondément son enseignement, les élèves, la littérature, la culture, tout ce qui peut faire d’un homme un honnête homme. C’était un fervent défenseur de la laïcité, à l’image de Samuel Paty », a expliqué une de ses proches dans un entretien à Factuel. Cette année, il avait en charge plusieurs classes de cinquième. « Il était un peu sévère mais sympa », souligne un de ses élèves.

Dominique Bernard avait également cofondé l’Université populaire du Nord - Pas-de-Calais, à Arras, dans la continuité de l’Université populaire de Caen de Michel Onfray, avec cette même envie de partager son savoir et de transmettre ses passions. «C’était une belle personne», confie au Figaro le philosophe, qui avait rencontré deux fois Dominique Bernard, ainsi que ses élèves.

Cet homme raffiné et cultivé aimait notamment étudier les rapports entre l’écrit et l’écran, entre la page et l’image. À l’Université populaire, il donnait des conférences intitulées « Littérature et cinéma », « Musique et cinéma », ainsi que des cours d’analyse filmique. Épris de littérature, Dominique Bernard comptait Proust, Céline, Gracq, Simon, Michon ou encore Rouaud parmi ses écrivains préférés. Côté cinéma, il vouait un culte à Welles, Truffaut et Téchiné.

Cette attaque à Arras survient trois jours avant la commémoration du meurtre du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, tué le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

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