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MAJ – LE DISCOURS DE MICKAËLLE PATY EN HOMMAGE À SON FRÈRE ET SON INTERVENTION DEVANT LE SÉNAT

ÉMOTION, PASSION, ACTION

« Marianne » publie le discours prononcé par Mickaëlle Paty en hommage à son frère, à l’occasion d’un évènement hommage commémorant les trois ans de sa mort, ce 16 octobre. Elle y raconte avec émotion et passion le contenu du cours de Samuel Paty. ( ARTICLE 2 MARIANNE )

DEVANT LE SÉNAT : LES GRAVES RESPONSABILITÉS DE L’ÉTAT ET DE SON ADMINISTRATION

Mickaëlle Paty, qui a porté plainte contre les manquements de l’Etat après l’assassinat de son frère le 16 octobre 2020, a eu des mots durs envers l’éducation nationale qu’elle accuse de « lâcheté ». ( ARTICLE 1 LE MONDE )

« L’État n’a pas honoré sa part du contrat social en assurant protection à mon frère »

Mickaëlle Paty accuse l’État : « Il n’a pas honoré sa part du contrat social en assurant protection à mon frère » ( ARTICLE 3 de MARIANNE)

1. ARTICLE

La sœur de Samuel Paty fustige les renoncements de l’Etat devant les sénateurs

Mickaëlle Paty, qui a porté plainte contre les manquements de l’Etat après l’assassinat de son frère le 16 octobre 2020, a eu des mots durs envers l’éducation nationale qu’elle accuse de « lâcheté ».

Par Christophe Ayad LE MONDE

C’est avec colère, pessimisme et une dignité blessée que Mickaëlle Paty est venue témoigner, mardi 17 octobre, devant la commission d’enquête du Sénat sur les « menaces et agressions contre les enseignants ». Trois ans et un jour après l’assassinat de son frère Samuel devant le collège du Bois-d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), quatre jours après celui de Dominique Bernard devant le lycée Gambetta-Carnot à Arras, tous deux par des terroristes djihadistes, celle qui s’est donné pour mission de porter la mémoire de son frère enseignant a tenu un discours sans concession devant les sénateurs.

Premiers visés par Mickaëlle Paty : l’éducation nationale et les services de l’Etat, à commencer par le renseignement territorial des Yvelines, tous deux accusés d’avoir, au nom d’une politique d’apaisement vis-à-vis de l’islam radical, sacrifié son frère enseignant. Elle a ainsi fustigé la « meute de courtisans », les « inconséquences », le « renoncement à l’intégrité », la « probité de façade ». Elle a eu des mots particulièrement durs pour la mission d’inspection académique dont le « rapport bâclé » n’avait pour autre but que de « dédouaner l’institution ». Elle a aussi reproché à l’éducation nationale d’avoir refusé la « protection fonctionnelle » à son frère menacé.

Sur l’éducation nationale et de manière plus générale, c’est un véritable constat de faillite qu’a dressé Mickaëlle Paty, dénonçant, pêle-mêle, une politique de la « tolérance » et de la « bienveillance » mal placées, des élèves systématiquement « victimisés » face à des professeurs « en difficulté », des effectifs en chute libre, la « faillite de la formation » des professeurs, des enseignants qui « s’autocensurent » par peur des élèves, mais aussi de l’institution, etc.

Celle qui prône « une République ferme dans ses principes » a eu des mots sévères pour Pap Ndiaye, ministre de l’éducation nationale au moment de la mort de Samuel Paty, dont elle a fait le symbole d’une « laïcité relative, à l’anglo-saxonne ». Elle a d’ailleurs souligné la cassure entre les jeunes enseignants, plus sensibles à cette « laïcité ouverte » et les plus anciens, adeptes d’une laïcité « à la française ». Elle a aussi regretté le manque de formation des jeunes professeurs en matière de laïcité.

Attitude de « pas-de-vaguisme »

Mickaëlle Paty, qui a déposé une plainte avec constitution de partie civile sur les manquements de l’Etat ayant précédé l’assassinat de son frère – une enquête judiciaire est en cours –, a également pourfendu des pouvoirs publics qui, « au nom de la préservation de l’ordre public, ont privilégié la préservation de la paix religieuse ». Une attitude qu’elle a qualifiée de « pas-de-vaguisme » et de « culture de l’alibi soit religieux, soit ethnique ».

Dans cette litanie de reproches, elle n’a pas oublié la plate-forme Pharos de surveillance des réseaux sociaux, sous-dotée, ainsi que les GAFA, qui ont mis trois semaines à supprimer la vidéo de dénonciation de son frère par un parent d’élève ayant conduit à son ciblage fatal par un jeune djihadiste d’origine tchétchène.Cours en ligne, cours du soir, ateliers : développez vos compétencesDécouvrir

Pour elle, « si ça [la mort de Samuel Paty] avait servi à quelque chose, peut-être que Dominique Bernard serait encore là »« Les mesures n’ont pas été prises pour comprendre et combattre l’entrisme islamique », a-t-elle regretté. Seule lueur d’espoir, pour Mickaëlle Paty, dans ce sombre tableau : elle a salué l’interdiction générale de l’abaya (robes longues de tradition moyen-orientale, portées par-dessus d’autres vêtements) et du qamis (tuniques longues pour les hommes) par Gabriel Attal, l’actuel titulaire du portefeuille, ainsi que sa volonté de donner des « cours d’empathie ».

Hommage

« Marianne » publie le discours prononcé par Mickaëlle Paty en hommage à son frère, à l’occasion d’un évènement hommage commémorant les trois ans de sa mort, ce 16 octobre. Elle y raconte avec émotion et passion le contenu du cours de Samuel Paty.

Par Etienne Campion Publié le 16/10/2023 MARIANNE

« Nous ne sommes pas dans l’après Samuel Paty mais dans le pendant » nous avait prévenu de façon prémonitoire Mickaëlle Paty le 2 octobre dernier. Ce 16 octobre au soir, pour commémorer les trois ans de la mort de son frère Samuel, et dans le brûlant contexte de l’assassinat de Dominique Bernard à Arras, elle s’est exprimée. « Honorer Samuel Paty, aider l’école » était le nom de l’évènement exceptionnel dont Marianne était partenaire, au Théâtre de l’Œuvre à Paris.

Nous publions le discours qu’elle a prononcé à cette occasion. Elle y raconte avec courage et émotion le contenu du cours son frère, remis en ordre par une professeur d’histoire-géographie à partir de ses notes et de ses diaporamas. On y découvre la qualité et la finesse pédagogique du cours de Samuel Paty. Elle livre également un mot sur le sens de son combat en la mémoire de son frère, pour l’école républicaine, contre l’islamisme. « Comment va-t-on faire si l’on retire à l’école la faculté d’offrir une seconde vie à ceux qui n’ont même pas eux la chance d’avoir la première ? Comment va-t-on faire si on laisse des terroristes islamistes abattre nos professeurs, un à un, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun ? », clame-t-elle.

Il est important pour moi, en cette date particulière dédiée désormais à la commémoration de la mort de mon frère, de revenir sur son travail, celui qui finalement a fait plus parler les absents que les présents. Cette soirée est un projet de longue date nourrit d’une volonté de rétablir certains faits et de faire taire ainsi les indignés de toutes sortes qui n’ont eu de cesse de travestir la vérité pour exciter ceux qui, avides de vengeance, cherchent un alibi pour ne pas agir. Je dédie donc cette soirée à mon frère, mais également à Monsieur Dominique Bernard assassiné lors d’une attaque terroriste islamiste le 13 octobre 2023 au nom de ceux qui veulent abattre le plus grand pilier de notre démocratie : l’école.

(….)

Dans son cours, Samuel va suivre scrupuleusement la démarche préconisée par Eduscol. Intéressons-nous à la deuxième partie qui sera scindée en deux cours, au premier, « étude de situation : la liberté de la presse », et au deuxième, « situation de dilemme: être ou ne pas être Charlie ».

Deux dessins de presse sont projetés en guise d’introduction avec pour message : la liberté de la presse est muselée, elle n’est donc pas totalement acquise. Les sources des documents sont toujours indiquées, témoignant de la rigueur pédagogique de Samuel. Samuel explique sans doute à ses élèves qu’ils vont devoir comprendre pourquoi la liberté de la presse est un droit de l’Homme fondamental. Pour cela, il débute par un travail en autonomie. Ce travail devait se faire autour d’un corpus documentaire présentant la construction et l’affirmation de la liberté d’expression depuis 1789, permettant peut-être un lien et un retour sur ce qui aura déjà été vu en histoire (dans le chapitre sur les lumières, Samuel avait pris comme exemple Voltaire. Les liens entre Voltaire et la liberté ont donc pu aisément être faits en classe). Le bilan dresse une rapide chronologie de la liberté d’expression en France, depuis la fin du XVIllème siècle et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, jusqu’à la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

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Après le bilan écrit, Samuel fait une transition avec un dessin de presse du 7 janvier 2015 : celui-ci représente un poing levé tenant un crayon à papier, geste de solidarité et symbole de la défense de la liberté d’expression. Samuel demandera certainement à ses élèves ce que ce dessin pouvait leur évoquer et la date du 7 janvier 2015. Pour introduire cette thématique, Samuel projette une vidéo proposée par le site du Monde relatant le déroulé de l’attaque terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo.

Samuel doit ensuite, en lien avec la photo suivante prise place de la République, expliquer à ses élèves le choc qu’a représenté cet attentat et la vague de solidarité et d’émotion qui s’en est suivi, symbolisée par de nombreux rassemblements partout en France et par le slogan et logo « Je suis Charlie ». Samuel enchaîne avec deux dessins de presse représentant à gauche une bouche formée par une fermeture éclair que l’on ferme, à droite, la couverture d’un ouvrage de Reporters sans frontière sur la défense de la liberté de la presse. La mise en perspective rappelle que la liberté de la presse est fragile, toujours attaquée et qu’il faut la protéger. Plusieurs repères sont forgés : la date de l’attentat contre Charlie, la date de la journée internationale de la liberté de la presse (le 3 mai) et un exemple d’ONG défendant la liberté de la presse et le travail des journalistes : Reporters sans frontières.

Mon frère finira ce cours en annonçant que lors de la prochaine heure il reviendra sur l’attentat de Charlie Hebdo en montrant pendant un court laps de temps les caricatures qui ont pu faire polémique les années précédant l’attentat. Nous sommes maintenant le mardi 6 octobre 2020. « Est-ce que tout le monde est présent ? » Non.

Cette partie du cours est consacrée à la liberté de la presse à travers l’exemple du journal Charlie Hebdo. Samuel choisit l’exercice du dilemme moral avec ses élèves, visant ainsi à leur apprendre à développer leur capacité à juger par eux-mêmes. Après avoir contextualisé, en présentant en amont la vidéo sur l’attentat du 7 janvier et quelques photos, Samuel soulève le débat possible en projetant trois caricatures sur une diapositive et en ayant inscrit « une liberté peut rentrer en conflit avec d’autres droits ou avec le respect dû aux autres personnes ». Il invoque l’empathie émotionnelle pour proposer aux élèves de ressentir de concert pour mieux appréhender autrui, permettant ainsi d’approcher une éducation à la responsabilité morale, on ne respecte pas autrui parce que la loi nous l’impose mais parce que nous sommes tous membres de la même humanité.

Samuel présente le travail à réaliser en amont d’un possible débat. Les élèves passent d’abord par l’écrit avant de présenter et confronter leurs points de vue. Ils doivent ainsi lister des arguments pour la publication des caricatures (« Être Charlie ») ou contre leur publication (« Ne pas être Charlie »).

Cet exercice et la discussion qui a dû en découler ont le mérite d’amener les élèves à expliciter les valeurs, qui selon eux, peuvent être en conflit. On dépasse le stade du « chacun son opinion » car le dilemme moral qui amène les élèves à exprimer leurs positions, à argumenter, implique qu’ils acceptent la réfutation et donc qu’ils puissent penser par eux-mêmes et avec les autres. Ce sont bien là les bases d’une démocratie, le respect de la pluralité des opinions.

Pour clore sa séquence, Samuel propose à ses élèves de réfléchir à une définition de la liberté, individuellement puis collectivement. Une définition commune émerge : « La liberté est un droit qui consiste à faire ce que l’on veut », celle-ci sera ensuite complétée par « à condition de respecter la loi et les autres ». Enfin, pour terminer la séance, Samuel élargit la définition en demandant à ses élèves de rechercher des exemples, citations et synonymes du terme « liberté », témoignant ainsi de son souci d’amener ses élèves à s’élever aussi bien sur le terrain des idées que sur celui de la langue.

Il poursuivra en dernier ce travail sur la liberté en proposant sur deux séances intitulées « Dessine-moi la liberté », dessins qu’il exposera dans le CDI, pour mettre en avant ses élèves… « Parce que dessiner est pour certains plus facile qu’écrire ou parler » disait-il. Permettez-moi de revenir sur la diapositive invitant à approfondir la définition de la liberté, elle est illustrée par une image non sourcée d’un dictionnaire ouvert non pas au mot « liberté » mais au mot « identité ». « Identité » définition 1: ensemble des éléments qui déterminent l’état civil, définition 2: ce par quoi des êtres sont semblables et définition 3: caractère permanent et fondamental d’un groupe.

Mon frère a dû expliquer que l’identité est une combinaison d’appartenance et ne peut être réduite à une appartenance unique. On n’est jamais seulement croyant, athée ou agnostique mais on est défini par notre nationalité, notre profession, notre genre, notre sexualité, notre entourage (famille et amis), nos passions et tellement d’autres déterminismes qui résultent à la fois du choix librement consenti mais découlent aussi parfois de l’assignation. Oui il est parfois douloureux qu’on puisse toucher à un déterminant de notre identité, à nos convictions, le « çà m’a fait mal » nous l’avons tous ressenti au moins une fois; tout comme on peut n’avoir aucun déterminant en commun et ressentir la souffrance de l’autre avec un « çà m’a fait mal » aussi.

Sans éprouver qui on est, il n’y a pas de liberté de choisir d’être qui on veut. Est-on finalement plus proche de celui avec qui on partage une même religion ou de celui avec qui on partage en réalité beaucoup ? Samuel fera assurément un parallèle avec l’histoire qui a pourtant montré de nombreux conflits entre coreligionnaire et que certains conflits ont même pu parfois revêtir une signification religieuse n’existant pas d’abord, pour lui donner sens. Si on réduit de définir l’identité au seul déterminant religieux, ce modèle de pensée unique propre au totalitarisme (notion abordée par Samuel dans ses classes de 3e), il est facile pour d’habiles manipulateurs d’exporter la notion de guerre religieuse à d’autres tensions. Il instaure ainsi que tout sera interprété et justifier par la religion. C’est dans ce contexte que les journalistes de Charlie Hebdo ont été décimés le 7 janvier 2015, l’inhumain a toujours alibi pour agir. Pourtant il faut reconnaître que la même appartenance religieuse ne garantit pas la paix et que la différence d’appartenance religieuse ne génère pas forcément des conflits non plus.

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Alors oui on peut avoir un point commun et finalement n’avoir rien en commun. Il a certainement conclu que la solution aux prétendus conflits identitaires de toutes sortes ne passe pas par la suprématie d’une identité sur une autre, ni n’octroie à ce titre plus de droit. La solution réside de reconnaître que notre identité ne peut être réduite à une vision univoque de l’identité et qu’il est évident que nous avons des appartenances partagées. On n’est jamais que, on est aussi et en même temps.

(…)

Je ne sais pas, moi qui commence souvent mes phrases par « tu sais », je ne sais pas si ce soir, on a trouvé les idées nécessaires pour apporter une solution à notre problème. Mais ce que je sais c’est qu’on peut avoir un point commun et finalement n’avoir rien en commun, mais la réciproque est également vraie on peut n’avoir aucun point commun et finalement avoir un projet commun : « sauver l’école ». Parce qu’il y a nos enfants dans cette école. Si nous ne sommes pas capables de laisser nos différences et d’admettre que nous nous battons pour la même cause, si nous les grands on n’y arrive pas, comment les enfants le pourraient ?

Il y a des causes et des valeurs qui sont non partisanes et qui se doivent d’être universalistes. Le problème n’est pas l’école, c’est l’entrisme islamique qui s’y propage et nous savons que sans lui l’école se porterait nettement mieux. L’islamisme n’en a que faire des valeurs de la République qu’on lui oppose. Ce combat n’incombe pas qu’à des enseignants parfois dupes de leurs stratagèmes, dupes d’une idéologie victimaire plus prompte à sécher les larmes des indignés que des victimes. Ce combat doit être mené par tous ceux qui jouissent de vivre dans un pays démocratique laïque s’ils entendent y rester.

Dans un esprit tendant à vouloir réunir, il y a 2 ans j’ai fait convier une femme pour l’inauguration du square Samuel-Paty face à la Sorbonne. Elle ne savait pas que sa chronique était arrivée jusqu’à moi et que son travail n’était pas vain, il m’avait pourtant porté toute cette première année écoulée. Je n’avais guère encore les mots à ce moment-là alors c’est justement par manque de mots que j’ai lu le texte de Grand Corps Malade J’ai pas les mots. Mais ce soir-là dans ses yeux remplis de larmes et non les miens, j’ai compris qu’il allait falloir que je les trouve mes mots.

En gros, 2 heures par an en 6eme et 2 heures vers l’entrée au lycée… Ça fait un peu léger pour expliquer quoi que ce soit… Je pense par ailleurs q…Lire plus

(…)
Comment va-t-on faire si l’on retire à l’école la faculté d’offrir une seconde vie à ceux qui n’ont même pas eux la chance d’avoir la première ? Comment va-t-on faire si on laisse des terroristes islamistes abattre nos professeurs, un à un, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus aucun ? Comment va-t-on faire si plus personne n’a plus honte de rien ? Parce que moi j’ai honte d’avoir laissé agir ceux qui n’ont honte de rien. Si on oublie de regarder derrière, comment peut-on savoir où regarder devant ?

3. ARTICLE

Audition

Par Etienne Campion. Publié le 17/10/2023 MARIANNE

Mickaëlle Paty accuse l’État : « Il n’a pas honoré sa part du contrat social en assurant protection à mon frère »

Ce mardi 17 octobre, Mickaëlle Paty a prononcé un discours et répondu aux questions des sénateurs, au cours d’une commission d’enquête sur les faillites idéologiques et étatiques qui ont conduit à la mort de son frère.

« Nul ne pouvait ignorer son calvaire ». En mai, dans une lettre adressée au Sénat que nous avions publiée Mickaëlle Paty demandait l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire pour éclairer les failles et les responsabilités qui ont conduit à l’assassinat de son frère, Samuel Paty. Mardi 17 octobre, au lendemain d’un évènement en hommage à son frère (dont Marianne était partenaire) et où elle a pu raconter le cours qui lui a coûté la vie, Mickaëlle Paty a livré ses vérités devant les sénateurs.

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Grâce à un discours écrit et préparé en amont, la sœur du défunt professeur d’histoire-géographie a livré, trente minutes durant, son analyse, à la fois intellectuelle et juridique, sur ce qu’elle voit comme les failles étatiques et idéologiques qui ont conduit au drame. Elle a accusé « ceux qui choisissent une vérité alternative défendue par quelques courtisans cherchant carrière », et « ces éternels adeptes de l’idéologie du pas-de-vaguisme, paralysante et tétanisante qui semble avoir atteint par contagion l’État tout entier. » Phénomène qui conduira selon elle son frère« à être livré seul en pâture à la mouvance islamiste » : « Le dernier condamné à mort pour blasphème en France n’est plus François-Jean Lefebvre de la Barre, exécuté en 1766 à Abbeville. C’est désormais Samuel Paty, exécuté en 2020 à Conflans-Sainte-Honorine. »

FAILLITES IDÉOLOGIQUES

À 15 heures, le sénateur Laurent Lafon a lancé l’audition de Mickaëlle Paty en lui affirmant que certaines de ses sorties « ont été prémonitoires », citant l’entretien qu’elle a donné à Marianne le 2 octobre dernierlorsqu’elle nous prévenait que « nous ne sommes pas dans l’après Samuel Paty mais dans le pendant », quelques jours avant l’assassinat de Dominique Bernard à Arras. Le professeur de français d’Arras tué trois ans après Samuel Paty ? Mickaëlle Paty a commencé son propos par lui rendre hommage, « celui qu’on n’a pas sauvé », « ce professeur assassiné dans une attaque terroriste islamiste mettant à exécution les ordres de ceux qui veulent détruire notre école pour détruire notre démocratie ».

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« Le simple fait qu’un professeur ait pu être décapité pour blasphème en France en 2020, démontre que faille il y a », a commencé Mickaëlle Paty « afin de comprendre les failles administratives et politiques qui ont pu concourir à l’assassinat de Samuel Paty, d’analyser les mesures correctives qui en ont découlé et d’en tirer les évidentes recommandations ». Avant d’en remettre une couche, encore sur le plan des lâchetés idéologiques, à commencer par celle de la bienveillance face au sentiment religieux : « Prôner la tolérance et invoquer toujours plus de bienveillance (sous-entendant ainsi que le professeur pourrait être malveillant par nature) n’a pourtant ouvert la voie qu’à des dérives incontrôlables et finalement au renforcement des extrêmes. Si la référence n’est plus la loi mais le fait de ne pas offenser certains musulmans qui mettent leur créateur au-dessus de tout, de la justice comme de la fraternité, cela n’entraînera que censure et immanquablement, une application différenciée des règles en fonction de l’appartenance religieuse, octroyant finalement plus de droit à certains, véritable ferment de discorde et de séparatisme. »

Plutôt que la fausse bienveillance, la sœur du professeur d’histoire-géographie a réaffirmé la force de l’empathie : « Sans empathie, sans cette capacité, il est impossible de comprendre les principes de la laïcité et les valeurs de la république, ni même celle de la liberté d’expression. Sans empathie, on n’accorde aucun crédit à la vie de l’autre, l’autre étant relégué au rang d’ennemi. »

LES ACCUSATIONS

Le moment des accusations après le récit aux sénateurs du triste lendemain du 16 octobre 2020 : « ‘Qu’est-ce qu’on devient après ça ?’, Il allait bien falloir que j’en fasse quelque chose de ce ‘ça’, un ‘ça’ sans nom, juste un visuel à l’institut médico-légal où ma réaction première a été de dire: ‘Ce n’est pas lui !’, je crois que je ne voulais pas que ce corps meurtri soit celui de mon frère. » Première mise en cause ? L’Éducation nationale et le rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) du 3 décembre 2020 : « Ici, où on parle de ‘gérer un trouble’, l’origine du trouble étant ‘le cours sur la liberté d’expression de Samuel Paty’. La formulation choisie trahit l’intention véritable de ce travail. Il s’agit non de faire la lumière sur les responsabilités et les éventuelles erreurs des uns et des autres dans cette affaire, mais avant tout de dédouaner l’institution de toute responsabilité éventuelle. On s’interrogera sur la conception très particulière du dialogue que cette mission d’inspection a pu avoir avec les acteurs de terrain », a affirmé la jeune femme.

Avant de poursuivre en pointant la méthode du rapport : « Seuls trois professeurs ont été entendus sur les 51 qui composent l’équipe pédagogique contre quatre représentants des parents d’élèves, inversant le rapport de force. On pourrait également s’interroger sur la rapidité de sa rédaction, le rapport ayant été bouclé, ou bâclé, en quinze jours, ce qui ne laisse d’interroger sur le but attendu. Je tiens également à souligner la volonté constante de l’Éducation nationale, à travers ce rapport, de faire totalement abstraction d’une quelconque notion de péril grave et imminent comme ce fut le cas la semaine précédant l’attentat et de continuer de transformer une campagne islamique en problème pédagogique. »

L’ÉDUCATION NATIONALE ET SES NON-DITS

Vient le tour des « non-dits de l’Éducation nationale » : « Là où on parle d’élèves et de familles compliqués, jamais difficiles ou tout simplement impossibles à gérer et refusant de s’insérer dans la société française ; l’administration préfère juger que les professeurs sont en difficulté et que les chefs d’établissement sont insuffisants. Il me semble également nécessaire d’évoquer les excuses, qu’on a demandé à Samuel de formuler auprès de ses élèves ». Là encore, elle vise le poids des parents d’élèves : « Ce comportement donne tout pouvoir aux parents d’élèves qui ont un compte à régler avec l’institution. On se retrouve avec des élèves victimes et s’ils n’y avaient pas encore pensé, on les désigne obligeamment comme tels et le professeur devenant le coupable aux yeux de tous, même de certains de ses collègues. »

Mickaëlle Paty évoque alors, sans le nommer « ce petit professeur meurtri d’avoir perdu son titre de coordinateur de matière au profit de mon frère », « faisant du zèle pour l’accabler et se mettre en scène devant ses classes de troisième, ce qui aura certainement motivé ceux-ci à se retrouver à 17h le 16 octobre 2020 pour livrer Samuel à son bourreau ». Et puis ces professeurs, qui auraient dû « resserrer les rangs » : « Même lorsque le 9 octobre 2020, la vérité éclatera, c’est-à-dire l’absence de la petite menteuse dans le cours incriminé, tout le monde sans exception continuera à propager la calomnie et traitera mon frère en coupable. L’imaginaire s’est donc substitué au réel. »

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Après avoir expliqué que « les abayas, les qamis et même le voile affichent ostensiblement l’appartenance religieuse islamique de ceux qui les portent » et souligné l’inéluctabilité de l’interdiction de l’abaya, Mickaëlle Paty a ensuite alerté sur « les crise des démissions qui continuent de s’aggraver, mettant en évidence une pénurie croissante d’enseignants qualifiés ». De même que leur auto-censure devant « la menace de « se prendre une ‘Samuel Paty’ », « devenue l’arme de toute censure islamique » : « Pour cela, il faut que l’institution endosse les rôles qui lui incombent c’est-à-dire sa capacité à prendre sous sa responsabilité les sujets les plus sensibles. (…) Pourquoi les enseignants prendraient-ils le risque de défendre les valeurs républicaines s’ils ne sont pas assurés d’être protégés et ainsi rassurés. Il faut restaurer une République au comportement ferme sur ses principes, exemplaire et responsable. Alors, on pourra parler d’autorité légitime et ainsi obtenir l’adhésion par respect et non par soumission en infantilisant ou en manipulant le sentiment de peur. »

LES POLITIQUES PASSÉS AU CRIBLE

Parmi les politiques, Mickaëlle Paty a commencé par tancer Jean-Michel Blanquer, dont « la fameuse phrase ‘Il y aura un avant et après Samuel Paty’ n’a pas eu les effets attendus ». Avant d’égratigner son successeur Pap Ndiaye, qui « préfère parler de la culture du signalement afin de minimiser la gravité du phénomène comme si les signalements étaient inéluctables et qu’il faudra bien s’habituer, tout en se refusant d’admettre que le nombre réel d’atteintes à la laïcité est sous-évalué, que nombre de faits ne sont pas signalés et qu’il y a une recrudescence depuis l’attentat de mon frère. » Puis ce fut le tour des responsables au ministère de l’Intérieur. Laurent Nuñez ? « Quelques mois après l’attentat qui a coûté sa vie à mon frère, dans l’émission ‘La fabrique du mensonge’, j’ai pu le voir se féliciter d’avoir triplé les effectifs de Pharos, soit un peu plus de 90 policiers et gendarmes. Cela pourrait passer pour une bonne nouvelle, si les signalements entre 2020 et 2021 n’avaient pas triplé également, ce qui revient donc mathématiquement au même. »

Quant à Gérald Darmanin, il a le tort, selon Mickaëlle Paty, d’avoir estimé en avril 2022 que nul ne pouvait prévoir le passage à l’acte d’Anzarov, habitant à plus de 80 kilomètres du lieu du drame, « qualifiant ainsi de fatalité l’évènement, ajoutant que son ministère n’aurait pas à en rougir, il précisera également je cite : ‘L’État n’a rien à cacher. L’État était au rendez-vous, il l’a protégé et il continue de protéger’ ». Or, rappelle l’infirmière, « les forces de police sont soumises à l’obligation de moyens, obligation en vertu de laquelle les forces de l’ordre doivent déployer tous les efforts pour atteindre l’objectif visé. Visiblement, il y a eu défaut de moyens à moins que l’objectif visé n’ait pas été de sauver mon frère. » Eric Dupont-Moretti en a aussi pris pour son grade. En cause ? Le fait que le ministre de la Justice ait dit, en 2021, que rien n’aurait pu éviter la mort de Samuel : « Que rien n’aurait pu l’éviter, c’est déjà un grand exercice de réécriture des faits. M. le ministre, lui-même ancien avocat au barreau de Paris ne peut nier l’existence d’un puissant arsenal juridique qui aurait pu protéger mon frère s’il avait été appliqué. Le tout n’est pas d’étoffer le code pénal même s’il est effectivement perfectible, mais c’est de restaurer la force de la loi en l’appliquant pour lutter contre la loi de la force. »

LA FAILLITE DU RENSEIGNEMENT

Mickaëlle Paty s’est ensuite attaquée à l’épineux sujet des faillites du renseignement, citant quatre articles de presses sur l’échec du Renseignement territorial des Yvelines, dont un de Marianne du 28 octobre 2020 intitulé « Dans les Yvelines, la grande compromission d’élus avec l’islam radical ». Ce faisant, elle a évoqué le raté des « renseignements territoriaux des Yvelines, dépendant de la Direction Centrale du Renseignement Intérieure, autrement appelé RT 78 » qui « ont rédigé une note, datée du 12 octobre 2020, soulignant que « la communication […] a visiblement permis d’apaiser les tensions » et que « pour l’heure les responsables de la communauté musulmane locale ne se sont pas manifestés » alors que visiblement de son propre aveu, le CIMY (Conseils des Institutions Musulmanes des Yvelines) avait eu connaissance de l’affaire des caricatures, que, je cite, « des démarches amiables avaient eu lieu et que la situation s’était apaisée » et cela avant le 16 octobre. (…) Quels ont été les critères objectifs pour dire que la situation était apaisée ? Ce mot ‘apaisé’ et cette analyse fallacieuse se retrouveront ensuite tels quels dans la note des RT 78 du 12 octobre 2020 et dans le rapport du référent laïcité daté du 12 octobre 2020 (c.f rapport IGESR).»

UNE CONCLUSION POUR RÉVEILLER LES ESPRITS

Mickaëlle Paty a conclu son discours aux sénateurs en expliquant qu’elle en veut à « ces éternels adeptes de l’idéologie du « pas-de-vaguisme », ceux qui sont les premiers à se mettre à genoux et à regarder tomber ceux qui sont restés debout, se murmurant à l’oreille « Ah, tu vois on a bien fait de se coucher ». Dans cette partie géante de ‘1,2,3 soleil’, le maître-mot est « T’as bougé, tu dégages ». Cette pathologie paralysante et tétanisante semble avoir atteint par contagion l’État tout entier. » La culture du « pas-de-vague » ? « Elle sera l’alibi à la soumission, terme injurieux mais surtout inavouable. Pour être capable et coupable du pire, il faut bien se trouver des raisons. Dans ce monde on valorise le sujet obéissant passif parfois lâche et on dénigre en qualifiant de traître le sujet rebelle qui pourtant a agi « comme il convient » au sens de la morale. »

Elle a été reconnue coupable par la justice à ce jour ? Est-ce que la présomption d’innocence existe toujours dans notre Droit ? Si elle est reconnue …Lire plus

Avant de rendre la parole avec émotion aux sénateurs sur ces mots, historiques et politiques : « Mon frère a été reconnu par certains et à tort coupable de déloyauté. Le coût de sa désobéissance sera qu’il finira seul et que l’État n’honorera pas sa part du contrat social en lui assurant protection. Le dernier condamné à mort pour blasphème en France n’est plus François-Jean Lefebvre de la Barre, exécuté en 1766 à Abbeville. C’est désormais Samuel Paty, exécuté en 2020 à Conflans-Sainte-Honorine. Combien de temps vous faudra-t-il pour comprendre que la culture de l’alibi soit religieux soit ethnique, est utilisée pour commettre les pires exactions ? Finalement à vouloir éviter discrimination et stigmatisation, cette attitude amalgame et réduit au silence ceux qui pensent, comme mon frère, que je cite, « la vie de l’Homme est le droit le plus sacré ». »

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