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Jean-Pierre Obin : «Les chiffres d’atteintes à la laïcité sont largement sous-évalués»
Par Le Figaro
L’auteur du fameux «rapport Obin» était l’invité ce mardi de l’émission «Points de Vue» du Figaro. Pour l’ancien inspecteur général, «après chaque attentat, l’émotion retombe. La mort de Dominique Bernard ne fera pas exception».
Il y a trois ans, aux abords du collège de Conflans-Sainte-Honorine, Samuel Patyétait assassiné par un islamiste tchétchène qui lui reprochait d’avoir montré des caricatures du prophète Mahomet. Ce vendredi 13 octobre, un autre enseignant, Dominique Bernard, payait au prix de sa vie, au sein même du collège-lycée Gambetta d’Arras, le simple fait d’avoir été là, «sans n’avoir rien fait de particulier qui puisse lui être reproché par les islamistes», souligne Jean-Pierre Obin, invité ce mardi de l’émission «Points de Vue» du Figaro.
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L’ancien inspecteur général regrette qu’«après chaque attentat, l’émotion retombe». «La mort de Dominique Bernard ne fera pas exception», prédit l’auteur du célèbre «rapport Obin» de 2004, qui dénonçait, déjà, l’entrisme islamiste à l’école.
Dans son récent essai Les profs ont peur(L’Observatoire), Jean-Pierre Obin a recueilli d’innombrables témoignages d’enseignants minés par une terrible pesanteur. «La moindre parole mal comprise, ça peut déraper. C’est ce qui revient souvent.» «12% des professeurs disent avoir déjà subi une agression physique, dont le quart dans l’année écoulée. On parle de 100.000 enseignants», chiffre-t-il.
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Ce mardi, 179 incidents ont déjà été recensés lors de la minute de silence en hommage à Dominique Bernard. Dès qu’il s’agit de chiffres officiels en la matière, Jean-Pierre Obin est catégorique, «ils sont largement sous-évalués». Tandis que le ministère de l’Éducation nationale évoque quelques centaines d’atteintes à la laïcité chaque mois, l’ancien inspecteur général réfute et explique : «Beaucoup d’enseignants pensent avoir résolu le problème et considèrent donc a posteriori que cela ne vaut pas la peine d’en parler. La raison inverse étant qu’ils ont peur d’en parler de peur qu’ils en pâtissent. Au bas mot, ces atteintes évoquées par le ministère sont cent fois inférieures à la réalité».