
QUATRE MOIS APRÈS LES ÉMEUTES LES PROMESSES D’ACTION SONT RESTÉES SANS SUITE
A l’initiative de l’association Ville et Banlieue, une centaine d’élus locaux ont lancé un appel solennel au président Macron pour qu’il prenne la mesure de la crise des quartiers populaires, quatre mois après les émeutes.
Ces élus exhortent l’État d’agir face aux « lourdes difficultés des habitants des quartiers »
Les élus de Ville & Banlieue sont réunis ce mercredi, à Lyon, pour les 40 ans de l’association. Ils dénoncent, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, les « atermoiements » de l’exécutif et les reports successifs du très attendu Comité interministériel des villes.
Les élus de Ville & Banlieue attendent des « décisions à la hauteur » de la part de l’État. La lettre ouverte sera remise en main propre lundi prochain au président de la République. Photo Métropole de Lyon – Thierry Fournier
« Nous n’en pouvons plus des atermoiements et des reports. La concertation dure depuis plus d’un an. Nous avons fait des propositions et avons désormais besoin de décisions à la hauteur des lourdes difficultés des habitants de nos quartiers », écrivent ces élus dans leur courrier, intitulé « L’Appel de Lyon », à l’occasion des 40 ans de leur association à Lyon.
Les villes de banlieue demandent à Emmanuel Macron de passer à l’action
Le Comité interministériel des villes (CIV), qui doit permettre d’apporter des solutions aux problèmes récurrents des quartiers prioritaires, a été reporté à plusieurs reprises, suscitant la colère des élus de ces territoires.
La prochaine date fixée pour sa tenue est le vendredi 27 octobre, a promis dans un message vidéo la secrétaire d’État chargée de la Ville, Sabrina Agresti-Roubache.
« En 20 ans de politique de la ville, nous n’avions pas vécu un mépris aussi grand. »
Après de nombreuses interpellations des élus, l’attente d’un discours présidentiel « Quartiers 2030 » transformé en quelques annonces à Marseille en juin, les émeutes de l’été et plusieurs reports du comité interministériel des villes (CIV), la demande de considération est au cœur de « l’appel de Lyon ».
À Grigny en 2017, Gilles Leproust, maire d’Allonnes (Sarthe), aujourd’hui président mais alors secrétaire général de Ville & Banlieue, dénonçait déjà le « mépris » du gouvernement – une impression d’être méprisés encore décuplée en mai 2018, lors de l’accueil pour le moins tiède des propositions de la mission Borloo par Emmanuel Macron
« On a un vrai risque de deuxième culture dans notre pays, qui peut vivre très séparée »
« Il n’y a rien de plus dur, j’aimerais vous donner du courage », glisse Jean-Louis Borloo aux élus, à qui il conseille d’ »appeler la Nation ». « On a un vrai risque de deuxième culture dans notre pays, qui peut vivre très séparée », estime-t-il. « 66% d’allophones à Grigny ? Est-ce qu’on se rend compte de la fragilité ? C’est la Nation qui doit répondre », tranche-t-il.
Remise lundi en main propre à Macron
La lettre ouverte sera remise en main propre lundi au président de la République a annoncé le président de Ville & Banlieue, le maire communiste d’Allonnes, Gilles Leproust.
Des demandes précises adressées à l’exécutif
– Conforter les moyens des dispositifs qui font leurs preuves.
– Sur l’emploi en particulier : les contrats aidés, l’expérimentation territoires zéro chômeur de longue durée )moyens jugés insuffisants dans le budget 2024)
– Le travail autour des clauses sociales d’insertion, les agences de recrutement
– Sur la prévention et la tranquillité publique : le développement et une meilleure rémunération de la médiation sociale
– et la réimplantation dans les QPV de bureaux de proximité des bailleurs sociaux et des mairies
– parallèlement au renforcement des moyens nationaux de police, gendarmerie et justice
– face à la mainmise des trafics de stupéfiants, il y a une « urgence à agir »
NOUS VOUS PROPOSONS DEUX ARTICLES
1. «L’appel de Lyon» des élus de banlieue pour rappeler à Macron «l’urgence de la situation»
2. En banlieue, « des situations de plus en plus complexes et insoutenables »
VOIR NOS PRÉCÉDENTES PUBLICATIONS :
s://metahodos.fr › 2023/09/07MAJ – 08 09 23 – LA PROMESSE (33) DE RÉPONSE « IMMENSE », « …7 sept. 2023
metahodos.frhttps://metahodos.fr › 2023/09/25TROIS MOIS APRÈS LES ÉMEUTES (45) : LES MAIRES RÉCLAMENT À L’ … 25 sept. 2023 —
VILLE (5) : REPARLONS DU PLAN BORLOO … 6 juil. 2023 — … METAHODOS : ÉMEUTES (10) QU’EST DEVENUE LA POLITIQUE
metahodos.frhttps://metahodos.fr › 2023/08/28 ÉMEUTES (43) : LE PRÉSIDENT VA RÉUNIR DES MINISTRES POUR28 août 2023
ARTICLE 1. Extrait
«L’appel de Lyon» des élus de banlieue pour rappeler à Macron «l’urgence de la situation»
par Maïté Darnault, publié le 18 octobre 2023 LIBÉRATION
Ils assument que cela soit un avertissement. «Inquiets et en colère», les maires et présidents de collectivités réunis au sein de l’association Ville et Banlieue ont lancé ce mercredi à Lyon un appel au président de la République. Profitant du congrès organisé pour les quarante ans de cette structure, ils ont pressé le chef de l’Etat de mettre fin aux «atermoiements» et de prendre «conscience de l’urgence de la situation»dans les quartiers populaires. Six ans après leur appel de Grigny, déjà adressé à Emmanuel Macron alors qu’il venait d’être élu, les membres de ce réseau, représentant tout le spectre politique à l’exception de l’extrême droite, sont venus clamer leur désir de «[faire] République ensemble», tout en partageant le constat d’une «situation qui s’aggrave».
Pauvreté accrue par l’inflation, chômage massif, déshérence d’une partie des jeunes, difficultés des bailleurs sociaux comme des copropriétaires, mixité sociale chimérique : les «risques d’une explosion» des périphéries demeurent intacts, alertent ces élus locaux près de quatre mois après les émeutes les plus violentes que la France ait connu depuis 2005, marquées par de nombreuses dégradations de bâtiments publics et des pillages. Certes, le prochain Comité interministériel des villes (CIV) vient enfin d’être fixé au 27 octobre.
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ARTICLE 2
En banlieue, « des situations de plus en plus complexes et insoutenables »
Publié le 19 octobre 2023 par Caroline Megglé, à Lyon pour Localtis
Malgré les difficultés, les maires, élus communaux et intercommunaux de Ville & Banlieue continuent à se battre pour leurs quartiers et leurs habitants, aussi bien localement que dans les demandes de considération et de moyens adressées au gouvernement. Après 40 ans d’existence de l’association, ils s’interrogent sur le sens de la politique de la ville, mais n’ont rien perdu de leur détermination.
L’association Ville & Banlieue fêtait ce 18 octobre 2023 à Lyon ses 40 ans. Ville & Banlieue, « c’est l’endroit démocratique avec que des élus de bonne foi épuisés », pour Jean-Louis Borloo, ancien ministre de la Ville emblématique ayant porté la création de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) il y a 20 ans. Entre-temps, l’ancien maire de Valenciennes avait « remis les gants » pour construire avec les élus et les associations des propositions pour les quartiers prioritaires de la politique de la ville, quelques mois après « l’appel de Grigny » porté en octobre 2017 par Ville & Banlieue, Ville de France et Bleu blanc zèbre (voir notre article).
À Grigny en 2017, Gilles Leproust, maire d’Allonnes (Sarthe), aujourd’hui président mais alors secrétaire général de Ville & Banlieue, dénonçait déjà le « mépris » du gouvernement – une impression d’être méprisés encore décuplée en mai 2018, lors de l’accueil pour le moins tiède des propositions de la mission Borloo par Emmanuel Macron (voir notre article). Pourtant, ce 18 octobre 2023 à Lyon, Catherine Arenou, maire de Chanteloup-Les-Vignes et vice-présidente de Ville & Banlieue, l’affirme : « En 20 ans de politique de la ville, nous n’avions pas vécu un mépris aussi grand. » Après de nombreuses interpellations des élus, l’attente d’un discours présidentiel « Quartiers 2030 » transformé en quelques annonces à Marseille en juin, les émeutes de l’été et plusieurs reports du comité interministériel des villes (CIV), la demande de considération est au cœur de « l’appel de Lyon » qui a été lancé hier (voir notre article).
« Face à la mainmise des trafics de stupéfiants, il y a une urgence à agir »
40 ans, l’heure des bilans ? Certains maires ne cachent en tout cas pas leurs doutes, leurs appréhensions. « Le risque est que l’on rentre dans une forme de décrochage », pour Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin et ancienne secrétaire d’État à la ville. Dans sa ville, « un quartier entier a été refait et c’est celui où le taux d’abstention est encore le plus élevé », constate-t-elle. « Face à la mainmise des trafics de stupéfiants, il y a une urgence à agir », exhorte-t-elle, évoquant pudiquement « d’autres séparatismes ». En tant que maire, elle s’efforce de ne pas mettre ces sujets sous le tapis en créant des « espaces de parole » où « les habitants peuvent parler de tout ». Y compris du « rapport à notre histoire de France, ses zones d’ombres et de lumières, pourquoi nos banlieues sont ce qu’elles sont », pour éviter que ces sujets soient « uniquement captés par extrémistes ».
« Ces quartiers restent profondément des sas »
À quoi sert la politique de la ville ? Faut-il conserver le bel idéal de la mixité sociale dans le logement ? Ou, puisque la politique de la ville produit « des résultats en termes de trajectoires individuelles » (voir notre article), « est-ce qu’on admet qu’on est des sas et on arrête de nous juger » à partir d’indicateurs demeurant forcément défavorables puisque ceux qui vont mieux s’en vont ? interroge Hélène Geoffroy, qui espère que l’Observatoire national de la politique de la ville soit bien relancé. « Ces quartiers restent profondément des sas, en permanence on accueille les plus fragiles », répond Olivier Klein, qui figure désormais au rang des anciens ministres de la Ville. L’enjeu pour lui est « de réduire le temps de l’action publique » et « d’agir simultanément sur l’urbain et l’humain… mais sans se payer de mots », indique celui qui a bien vu, à Clichy-sous-Bois comme au niveau national, la difficulté de l’exercice.
« Il n’y a rien de plus dur, j’aimerais vous donner du courage », glisse Jean-Louis Borloo aux élus, à qui il conseille d’ »appeler la Nation ». « On a un vrai risque de deuxième culture dans notre pays, qui peut vivre très séparée », estime-t-il. « 66% d’allophones à Grigny ? Est-ce qu’on se rend compte de la fragilité ? C’est la Nation qui doit répondre », tranche-t-il.
Dans leur appel de Lyon, les élus de Ville & Banlieue l’affirment : « En 40 ans, nous n’avons jamais changé de message : ‘les banlieues ne sont pas un problème, elles sont la solution’. Cette année, plus que jamais, nous le portons haut et fort face à des situations de plus en plus complexes et insoutenables. » En accord avec ce message, ce quarantième anniversaire fut une succession de références, d’une part, aux « solutions », aux réussites de la rénovation urbaine, aux habitants de bonne volonté, au potentiel des jeunes et, d’autre part, aux « situations insoutenables », au manque de moyens pour les petites associations, aux violences, à la pauvreté, aux discriminations, au sentiment de relégation des habitants.
Renforcer « l’humain », conforter les solutions
Les élus demandent surtout au gouvernement de conforter les moyens des dispositifs qui font leurs preuves. Sur l’emploi en particulier : les contrats aidés, l’expérimentation territoires zéro chômeur de longue durée – dont les acteurs sont actuellement mobilisés contre des moyens jugés insuffisants dans le budget 2024 –, le travail autour des clauses sociales d’insertion, les agences de recrutement telles que celles que développe l’association Mozaïk RH.
Sur la prévention et la tranquillité publique : le développement et une meilleure rémunération de la médiation sociale (voir notre article) et la réimplantation dans les QPV de bureaux de proximité des bailleurs sociaux et des mairies – parallèlement au renforcement des moyens nationaux de police, gendarmerie et justice. «
À Allonnes, nous avons mis en place une médiation la nuit, de 19h à 1h30 du matin et, comme la tranquillité publique est avant tout l’affaire de la population, nous organisons une réunion publique tous les six mois », témoigne Gilles Leproust. À Marseille, « le défi majeur est de recoudre la ville, de sortir de ce sentiment d’abandon », explique Audrey Gatian, adjointe au maire de Marseille, qui réclame également une présence accrue des forces de l’ordre – y compris la nuit – dans le contexte de violences que connaît la cité phocéenne.
En attendant le CIV, le président de Ville & Banlieue appelle à « relier les ambitions qu’on peut avoir sur les territoires ruraux et territoires urbains » – notamment par un réalignement des dotations de solidarité urbaine et rurale. Et à continuer à « tisser la toile d’araignée » des élus de banlieue, pour « être plus forts ensemble ».