
ÉMISSION
Delphine Horvilleur : « Nous sommes ce que nous faisons de notre naissance »
Mercredi 20 septembre 2023 FRANCE CULTURE. Avec Delphine Horvilleur Rabbin et philosophe
La philosophe et rabbin Delphine Horvilleur dénonce les discours de pureté, et les déconstruit dans son texte « Il n’y a pas de Ajar : monologue contre l’identité », adapté au théâtre. Nos identités sont le fruit d’une rencontre avec des altérités, elle le clame haut et fort !
Johanna Nizard et Arnaud Aldigé adaptent le texte Il n’y a pas de Ajar : monologue contre l’identité, de Delphine Horvilleur, paru aux éditions Grasset en 2022, au Théâtre de l’Atelier à Paris, du 1er septembre au 1er octobre 2023, et en tournée dans toute la France à partir de 2024.
Dans ce « monologue contre l’identité », la philosophe n’y va pas avec le dos de la cuillère, contre cette « saloperie », cette « merde » qu’est l’identité, celle qui enferme dans des « je suis », des communautés et des souffrances.
À travers le personnage d’Abraham qu’elle met en scène dans son récit, Delphine Horvilleur pose la question : « Est-ce qu’on est l’enfant de quelqu’un, de nos parents biologiques ou adoptifs, ou est-ce qu’on est pas plutôt ou tout autant l’enfant des livres qu’on a lu ? L’enfant des fictions qu’on nous a raconté, des narratifs qui nous ont construit et fait grandir ?«
Dans le combat qu’elle mène contre l’identité, la rabbine réfute l’idée selon laquelle nous serions conditionnés par notre naissance : « Nous ne sommes pas notre naissance, mais nous ne sommes pas non plus notre désir, nous ne sommes pas la pure invention de nous-mêmes, nous sommes ce que nous faisons de notre naissance. »
La philosophe souligne l’importance des failles dans la construction de soi : « On devient beaucoup plus fort quand on se sait ultra vulnérable, cassé, brisé, je pense qu’on est en danger dans la vie quand on a l’impression qu’on est totalement colmaté, quand on fait un et qu’il y a quelque chose en nous d’un peu trop construit. Je crois qu’on a désespérément besoin de ces failles qui créent en nous du jeu, au sens presque de bricolage, du jeu entre deux portes, quelque chose qui n’est pas complètement colmaté. »
Delphine Horvilleur est rabbin dans l’association Judaïsme en Mouvement, et dirige la revue de pensées juives Tenou’a. Croyant profondément à la force du récit, elle se définit comme conteuse, ce qui se rapproche pour elle le plus de la fonction de rabbin.
Extraits sonores
- Extrait de la mise en scène du texte de Delphine Horvilleur par Johanna Nizard et Arnaud Aldigé
- Extrait du film Reste un peu (2022) de Gad Elmaleh dans lequel Delphine Horvilleur joue son propre rôle
- Archive du 17 novembre 1975 lors de l’attribution du Goncourt à Emile Ajar, archive du 21 novembre 1975 extraite du JT de 13 h sur France Inter, archive du 3 juillet 1981 extraite de l’émission « Apostrophes » sur Antenne 2
- Chanson de fin Papaoutai de Stromae
LIEN VERS L’ÉMISSION