
Ceux qui ont vu cette vidéo ne pourront plus dormir en paix»: les députés ébranlés par les images des massacres du Hamas
Une centaine de députés a assisté ce mardi 14 novembre à la projection du film sur les attaques du 7 octobre perpétrées par le Hamas sur le sol israélien.
«Je crois que ceux qui ont vu cette vidéo ne pourront plus, pendant un long moment, dormir en paix», a confié le député Renaissance Mathieu Lefèvre, décrivant les faits relatés dans ce film d’une quarantaine de minutes comme «une atteinte à l’humanité toute entière».
NOUS VOUS PROPOSONS TROIS SÉQUENCES
1. Vidéos de l’attaque du Hamas : une nouvelle dimension de la cruauté ?
2. Comment appréhender les images des violences terroristes contre les otages ?
3. Film des attaques du Hamas le 7 octobre : nous avons assisté à la projection, voici ce qu’il faut en retenir
1. ÉMISSION
Vidéos de l’attaque du Hamas : une nouvelle dimension de la cruauté ?
Mardi 14 novembre 2023 FRANCE CULTURE
Le 7 octobre dernier, les attaques du Hamas contre Israël ont été filmées de toutes parts : non seulement par des caméras de vidéosurveillance, mais aussi par les terroristes eux-mêmes. Comment lire ces images d’une violence inouïe ?
Avec
- Ophir Lévy Maître de conférences en Études cinématographiques à l’Université Paris 8 – Vincennes-Saint-Denis.
- Stéphane Courtois Directeur de recherche honoraire au CNRS, historien du communisme
Suite aux massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre, l’armée israélienne a collecté puis monté un ensemble d’images de ces événements pour les diffuser devant certains corps politiques nationaux, dont l’Assemblée nationale ce mardi 14 novembre 2023. Ophir Lévy, maître de conférences en Études cinématographiques à l’Université Paris 8 – Vincennes-Saint-Denis, souligne la singularité du dispositif de diffusion de ces images : “Ces images sont montrées avec la lumière allumée. Il ne s’agit pas de nous montrer un spectacle, mais bien de regarder ces images comme un document”.
Ces images viennent de diverses sources : des extraits des caméras embarquées des terroristes eux-mêmes, des images de surveillance publiques ou privées, des images des secouristes, voire des victimes israéliennes. “La manière de filmer utilisée par les terroristes est de l’ordre d’une mise en scène. Personne ne filme : « ça » filme. Là est toute la spécificité de ces images de caméras embarquées”, ajoute Ophir Lévy.
La cruauté au cœur des images
Auteur d’un ouvrage collectif paru chez Perrin et intitulé De la cruauté en politique. De l’Antiquité aux Khmers rouges, l’historien du communisme Stéphane Courtois rappelle l’étymologie du terme de « cruauté » et son adéquation aux images diffusées aujourd’hui à l’Assemblée nationale : “En latin, le terme crudelitas signifie ‘la chair sanguinolente’. L’euphorie troublante des terroristes sur les images diffusées participe aussi à cette cruauté, laquelle se définit aussi par la jouissance prise dans l’acte de terreur”.
Par comparaison, cette joie exprimée par les soldats du Hamas se distingue des massacres perpétrés dans les régimes totalitaires qui, par leur systématicité, s’apparentaient davantage à un “travail” ou à une “activité professionnelle” sans plaisir, juge l’historien. Le fait de filmer ces meurtres est pour Ophir Lévy “la finalité même du meurtre” : “Ces meurtres sont commis pour être filmés. La peur répandue par le film est inhérente au meurtre”.
À écouter : Attaque du Hamas : les journalistes face à l’horreur des faits
Un montage révélateur ?
Deux mots reviennent sans cesse dans les images diffusées par l’armée israélienne : “Juif” et “Allah akbar”, qui revient comme un mantra des centaines de fois. “Il est intéressant de noter que le mot “Israël”, ou “Israélien”, est absent des vidéos. Cela pourrait faire partie d’une non-reconnaissance de l’État d’Israël des terroristes. Le mot “Juif” révèle que les victimes sont assassinées en tant que telles, c’est-à-dire qu’on serait dans un massacre à caractère génocidaire. La récurrence d’”Allah Akbar” dans le film vise à dépolitiser les actions du Hamas, pour les associer exclusivement à une lutte eschatologique ”, souligne Ophir Lévy.
Stéphane Courtois dresse enfin un parallèle rapide avec les grandes tueries soviétiques, dans lesquelles on retrouvait parfois des slogans similaires : “Quand Staline lance un discours en 1929 en appelant à liquider les koulaks en tant que classe, le koulak devient la cible, également dans une perspective génocidaire.”
LIEN VERS L’ÉMISSION
2. ARTICLE
Comment appréhender les images des violences terroristes contre les otages ?
Publié: 14 novembre 2023, THE CONVERSATION Emmanuel Taïeb, Sciences Po Lyon
Attention, les descriptions de faits violents rapportés dans cet article peuvent heurter un public sensible.
Visuellement, Shani Louk est apparue aux yeux de tous le 7 octobre dernier. Cette jeune Israélo-Allemande, tatoueuse de profession, a été kidnappée alors qu’elle participait au festival Tribe of Nova. On l’a vue dénudée et sur le ventre, à l’arrière d’un pickup, dans une courte vidéo de propagande prise par le Hamas.
Sur cette vidéo, sa tête est ensanglantée et elle apparaît inconsciente. Plusieurs miliciens du Hamas la présentent en trophée, tandis qu’un autre, placé à côté du véhicule, lui crache dessus. Le film montre ensuite le véhicule démarrer et disparaître au loin. Shani Louk a été rapidement identifiée par sa mère grâce à ses tatouages et à ses dreadlocks. Trois semaines après son enlèvement, elle a été déclarée morte.
Le destin tragique et révoltant de Shani Louk doit nous inciter à réfléchir à la visibilité de la violence terroriste, à l’usage qui en est fait et à l’impact que ces images ont sur nous. En prenant évidemment toutes les précautions possibles.
Le raid meurtrier du Hamas sur Israël le 7 octobre 2023 a apporté son lot d’images atroces, même si, apparemment, les plus insoutenables n’ont pas toujours été diffusées, et qu’Israël dispose d’un montage vidéo de 43 minutes d’images très difficiles à regarder, qui ont été montrées à des chercheurs, des journalistes et des parlementaires.
L’embarras des médias et leur autocensure sont importants dès qu’il s’agit de montrer la violence, dès que la dignité des victimes est en jeu, dès que les images relèvent de la propagande, dès qu’elles sont trop perturbantes, mais aussi dès qu’elles provoqueraient des émotions trop fortes.
La déontologie journalistique (voir par exemple la page 19 de cette charte de l’AFP) comme les spécialistes des images fixent des règles à ce sujet, partant du postulat que la violence peut être l’ennemie de l’information, et qu’on comprend mieux un phénomène lorsque sa représentation est « apaisée ».
Le philosophe Yves Michaud pense ainsi que les images des blessés de l’attentat du RER Saint-Michel en 1995 ne dénoncent ni la violence ni le terrorisme, mais on pourrait poser tout au contraire que, le temps passant, elles acquièrent désormais une valeur d’archives historiques, annonçant l’ère du terrorisme djihadiste en France.
Nombre d’images tombent dans l’oubli et demeurent invisibles. Mais la visibilité de la violence est une question qui ne fait que se répéter et s’amplifier à l’ère de la profusion d’images et de leurs canaux de diffusion.
On peut dès lors s’interroger, comme le suggérait l’essayiste, romancière et militante américaine Susan Sontag dans son essai « Devant la douleur des autres », sur le fait d’accepter de se laisser hanter par les images de violence et d’apprendre à les regarder.
Nudité et violence
L’effroi provoqué par les images de la capture de Shani Louk tient notamment à la vulnérabilité de la jeune fille exposée. Elle se retrouve au milieu des visages ivres de haine des membres du Hamas qui inspirent la terreur et occupent tout l’espace d’une image qui proclame leur gloire.
L’empathie qu’une image peut provoquer peut ainsi passer par la présence dérangeante de la nudité comme préalable récurrent à la violence ou à la mort.
On pense aux femmes dénudées lors des pogroms de Lviv en Ukraine en 1941, où furent tués des milliers de Juifs. On dispose de plusieurs photos de ces femmes, qui ne sont bizarrement pas devenues iconiques, peut-être parce que, comme le note l’historienne anglaise Griselda Pollock à propos des massacres de Juifs dans les pays baltes à la même époque, pour un regard masculin, la nudité détourne de la perspective de la mort.
Pour autant, comme l’a montré Georges Didi-Huberman, ce sont bien trois photos de corps nus, vivants puis morts, de femmes déshabillées avant l’entrée dans les chambres à gaz d’Auschwitz, prises par les membres d’un Sonderkommando – des unités de travail dans les centres d’extermination nazis, composées de prisonniers, juifs dans leur très grande majorité, forcés à participer au processus de la « solution finale » – qui donne un « imaginable » à la pensée du « dehors » et à ce dont personne n’entrevoyait la possibilité.
Plus près de nous, en 1972, la « napalm girl »de Nick Ut, petite fille au dos brûlé et hurlant de douleur, fuyant son village bombardé, a failli ne jamais paraître dans les journaux du monde entier, parce qu’Associated Press était gêné par sa nudité. Encore aujourd’hui, les algorithmes des réseaux sociaux traquent et éliminent cette image, alors même qu’elle est célèbre et que sa puissance iconographique provient du contraste entre la fragilité de Kim Phuc – c’est son nom – et le champ de bataille où elle est piégée, son statut d’enfant innocent et la violence des adultes dont elle est victime.
Le destin visuel de Shani Louk fait immanquablement penser à l’image méconnue mais saisissante de la jeune patriote russe Zoïa Kosmodemianskaïa, tuée par les nazis en 1941 dans le village de Petrishchevo, pendue puis dépoitraillée, le sein coupé, mais le visage intact. Analysant la photographie de son corps, Frédéric Astruc montre qu’elle est un point d’équilibre improbable entre beauté et horreur, et qu’elle redonne toute son humanité à Zoïa face à ses meurtriers barbares.
Faire disparaître le corps de Shani Louk, dont le visage est d’ailleurs dérobé, c’est aussi prendre le risque d’interdire toute identification et reconduire l’effacement de sa présence au monde voulu par ses bourreaux.
Une image saturée d’oppositions
La mise en scène par le Hamas de cet enlèvement est un précipité de ce qui caractérise le terrorisme contemporain. En effet, les actions terroristes sont marquées par une déconnexion entre les victimes réellement touchées et les cibles politiques ultimement visées.
Dans la « logique » de cette violence aveugle, tuer des gens au Bataclan ferait avancer la cause de l’établissement d’un califat dans la zone syro-irakienne, et mitrailler des danseurs dans le désert permettrait de lutter contre Israël.
Mais la réception de ces actions par les populations relève de la pure terreur, sans idée qu’une transaction politique entre les terroristes et l’État soit possible, car l’atteinte à des civils qui ne sont pas directement concernés est insupportable. Pour le Hamas, Shani Louk est une prise de guerre, mais son dénuement dit justement le contraire : elle est dès l’origine étrangère au conflit, ni son métier ni l’activité festive qu’elle menait avant d’être prise en otage ne l’en rapproche, et sa capture n’est pas un objectif militaire.
Comme souvent, les images de propagande sont réversibles : là où le Hamas entend mettre en scène un coup de force, les publics occidentaux voient une action armée qui vise essentiellement des civils désarmés, et rappelle plutôt la brutalité des gangs et des cartels mexicains. Voire une activité criminelle dépolitisée, où les assassinats de bébés et d’enfants, les viols de femmes, les kidnappings de vieilles dames, les tirs systématiques sur toute personne rencontrée, jusque dans l’espace domestique, ne peuvent être rapportés à une quelconque logique militaire.
C’est au contraire la dissymétrie entre tueurs et victimes que dévoile la vidéo de Shani Louk, dans des couples d’oppositions difficiles à appréhender émotionnellement.
Comme au Bataclan encore, opposition entre une rave party insouciante et l’irruption d’une violence qui l’achève dans le sang. Opposition entre l’espace de la fête et celui de la guerre, symbolisé ici par les mitraillettes et les jeeps. Opposition entre les photographies de Shani Louk avant son enlèvement, qui ont circulé sur Internet, la montrant en tenue bohème, clubbeuse, jeune fille « de son époque » posant sur Instagram pour ses 13 000 followers, et ses derniers instants insupportables.
Opposition de posture et de sons entre des miliciens gesticulant et hurlant, levant leurs armes, et une jeune femme inconsciente. Opposition des religions entre combattants fanatisés et victimes, le Hamas traquant des « Juifs », avant de traquer des « Israéliens », ce qui a conduit à l’utilisation du mot « pogrom » pour qualifier l’attaque du 7 octobre. Toutes ces oppositions reconduisent en fait le découplage initial entre des univers qui « n’auraient pas dû » se rencontrer et que le terrorisme fait se rencontrer, celui de la violence et celui des civils.
Accepter d’être hanté par les images de souffrance et de violence, c’est se laisser envahir par des émotions dites négatives, par la sidération et le choc, alors même que les journalistes hésitent à les montrer, que la loi française interdit pénalement de publier des images portant atteinte à la dignité des victimes, et que les psychologues déconseillent de les regarder au risque sinon de la sidération permanente, de l’anxiété, du dégoût, voire de l’insensibilisation.
On sait que les images de propagande, d’exécutions (par Daech, par exemple), ici d’enlèvements, sont utilisées à des fins d’enrôlement de nouvelles recrues, de galvanisation, de construction de toute une imagerie de la violence et du martyre, afin de renforcer la radicalisation des terroristes.
Mais a contrario, les images choquantes peuvent aussi jouer un rôle de dénonciation et fédérer celles et ceux qui combattent ces violences. Pour ne citer qu’un exemple, les photos nazies ont été utilisées par la résistance polonaise, par les Soviétiques, par les journaux alliés, pour dénoncer le nazisme.
Cet iconoclasme contemporain tient à la confusion que pointait déjà Jacques Rancière entre « l’intolérable dans l’image », celui de la réalité, et « l’intolérable de l’image ». Se confronter aux images c’est aussi accéder à d’autres émotions, la compassion notamment, provoquer des comportements, une révolte voire un engagement, face à la violence contre les civils, accéder à des informations, déconstruire une propagande, documenter une situation, ou encore identifier des assassins pour une éventuelle action en justice.
3. ARTICLE
Film des attaques du Hamas le 7 octobre : nous avons assisté à la projection, voici ce qu’il faut en retenir
Publié le 14/11/2023 Béatrice Dillies LA DÉPÊCHE
L’ambassade d’Israël en France a organisé une projection pour 50 journalistes français hier à Paris. La Dépêche était présente et a pu voir pour la première fois des images tournées par les terroristes le 7 octobre 2023.
Un bébé avec le crâne défoncé, des corps d’enfants partiellement ou totalement calcinés… et sur l’un d’eux, un pyjama roussi décoré de petits Mickey qui disent le temps d’avant. Celui de l’insouciance, à quelques kilomètres de la bande de Gaza. Le 7 octobre 2023, les terroristes du Hamas ont tout filmé, pour montrer au monde qu’ils étaient « très fiers de leurs actes et qu’ils suivaient les ordres », résume Hen Feder, le porte-parole de l’ambassade d’Israël en France.
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Dans la salle de cinéma du Centre d’art et de culture juive de Paris, cinquante journalistes français triés sur le volet l’écoutent en silence. Il a fallu montrer patte blanche pour entrer dans le bâtiment hypersécurisé depuis les attentats de 2015. Interdiction d’enregistrer. La tension est palpable. Sur les centaines d’heures de vidéos saisies sur les Go Pro des terroristes comme sur les téléphones portables des victimes et les caméras de vidéosurveillance, l’armée israélienne n’a extrait que 43 minutes. « Ce n’est pas moi qui ai pris la décision, précise Hen Feder, c’est Tsahal. » Une censure destinée à protéger les proches des victimes, nous dit-on.
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Le noir se fait. Des terroristes entassés à l’arrière de pick-up apparaissent sur l’écran. Ils franchissent la frontière de Gaza aux cris d’Allahou akbar, index tendu vers le ciel comme pour prendre Dieu à témoin, ce qu’ils ne cessent de faire à chaque rafale.
Des vagues de terroristes
À Sdérot, sur les lieux de la rave party où tant de jeunes ont perdu la vie comme à Be’erit, le kibboutz martyr, on voit les terroristes déferler par vagues, à moto ou en voiture. Le souffle court des terroristes prêts à tirer au moindre mouvement dit la tension au début de l’attaque. Personne ne doit en réchapper, au moins dans un premier temps. Un terroriste tire dans les pneus d’une ambulance garée sous un porche. Un autre s’avance vers une maison endormie, passe devant la balançoire des enfants ; ça bouge à l’intérieur. Il met le feu à la maison.
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Brûler les victimes, la consigne semble avoir été passée à tous les attaquants, tant le nombre de corps carbonisé est important sur les images. Comme si ça ne suffisait pas, un des terroristes cherche à décapiter un homme déjà mort à coups de pelle. Il abandonne à la quatrième tentative. Ailleurs, un groupe débusque une femme cachée sous un bureau. Sa vie s’arrête là.
Mais ce qui frappe surtout dans cette vidéo, ce sont les ordres qui fusent à intervalles réguliers. « Malek, prends une photo de leur tête pendant que les gars jouent avec eux au sol », lance un des responsables du massacre. « Envoie-le en direct Hamza, tournez une vidéo. Ici aussi, une vidéo. » Et quand le plan est mauvais… « Ecoute, je veux refaire la vidéo ! » Plus loin, « Yassin, prend une photo, prend une photo ! Prends une photo, salaud ! » Salaud, mais fier ! Tel est aussi le message que veut faire passer Tsahal.
Dans ce film qui permet d’apercevoir 138 des 1 200 victimes du 7 octobre, les selfies vidéos de terroristes tout sourire devant les corps suppliciés ne manquent pas. Certains sont envoyés à leur famille. Un jeune se vante : « Je vous jure devant Dieu, j’ai tiré sur un soldat. » Un autre appelle son père : « Papa, je suis à Miflasim. Regardez votre WhatsApp. […]. Allah est grand ! Je parle depuis le téléphone d’une femme juive. Je l’ai tuée, elle et son mari. Dix à mains nues, papa ! Papa, regarde WhatsApp ; comment je les ai tués […]. Leur sang est sur mes mains. » À l’autre bout du fil, sa mère entend la conversation sur haut-parleur et pleure. Il veut la rassurer ; « ton fils est un héros » ! Sur tous les visages, la même excitation.
Immortaliser l’histoire
Le contraste est énorme avec les visages d’Israéliens terrifiés qui tentent de se cacher dans les moindres recoins. En vain. Eux aussi ont immortalisé l’histoire à leur corps défendant, téléphone en main.
Des images bien souvent envoyées à leurs proches en Israël, les terroristes cherchant à nourrir la haine dans le camp d’en face en leur montrant les supplices infligés aux victimes. Le piège est machiavélique. Tsahal avait-il d’autres choix que tomber dedans ? Diffuser ces images est sans doute sa façon de dire non et de justifier une réponse qu’il estime proportionnée face à la barbarie. Un cycle infernal qui devra bien s’arrêter un jour, mais quand ?
Au centre culturel juif de Paris, les lumières se rallument. Silence dans la salle. Sensation d’avoir reçu un coup de poing à l’estomac. Comment mettre des mots sur l’innommable ?