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AUTOMNE STUDIEUX AVEC METAHODOS : Schelling l’un des trois de l’idéalisme

Que pouvons-nous connaître ?

Tout, répondait, au début du XIXᵉ siècle, le philosophe idéaliste allemand, penseur de la liberté absolue. 

Le philosophe allemand Friedrich Wilhelm Joseph Schelling (1775-1854) représente, avec ses contemporains Fichte et Hegel, l’un des trois piliers de ce que l’on nomme l’« idéalisme allemand ».

« Le Système de l’idéalisme transcendantal » (System des transzendentalen Idealismus), de Friedrich Wilhelm Joseph Schelling, traduit de l’allemand par Christian Dubois, Allia, 384 p., 25 €, numérique 14 €.

ARTICLE

« Le Système de l’idéalisme transcendantal », de Friedrich Wilhelm Joseph Schelling : aux confins du Moi et du monde

Par Nicolas Weill 14 octobre 2023 LE MONDE

Le philosophe allemand Friedrich Wilhelm Joseph Schelling (1775-1854) représente, avec ses contemporains Fichte et Hegel, l’un des trois piliers de ce que l’on nomme l’« idéalisme allemand ». A partir du double héritage du spinozisme et du kantisme, ce mouvement a cherché à expliquer le monde à partir des représentations d’un Moi universel et absolu (et non individuel), ne laissant hors de lui-même aucune « chose en soi » inconnaissable, comme chez Kant. Pour l’idéalisme, il n’y a pas de limites à la connaissance.

Elégance stylistique

L’ambition de ses tenants, tendant à ériger la philosophie en « doctrine de la science » totale, peut paraître aujourd’hui démesurée, ou désuète. Elle n’en a pas moins été à l’origine de notre modernité, ne serait-ce que par les oppositions qu’elle a suscitées auprès de Marx, Nietzsche ou Freud, même si l’on peut estimer que certains concepts fondamentaux de ces derniers, comme la dialectique, le vouloir ou l’inconscient, proviennent bel et bien de l’idéalisme.

Génie précoce, Schelling a peut-être, mieux que ses pairs, su en exprimer avec clarté les grands traits. Voilà pourquoi se plonger dans Le Système de l’idéalisme transcendantal, rédigé à l’âge de 25 ans et paru en 1800, demeure précieux – tout comme l’est cette réédition de la traduction publiée pour la première fois en 1978 chez Peeters. Malgré la rigueur d’exposition et l’élégance stylistique d’un penseur qui sut se faire romancier afin de populariser ses idées (Clara, L’Herne, 1984), saisir le propos de Schelling demande une attention soutenue. En outre, ses idées ont considérablement évolué au cours de sa longue existence, au point d’avoir été définies comme « une philosophie en devenir » (Vrin, 1992), selon l’heureuse expression d’un de ses meilleurs commentateurs français, Xavier Tillette (1921-2018).

L’activité libre du Moi

D’abord proche de Fichte, Schelling élabore une philosophie de la nature recherchant, à travers des phénomènes comme le magnétisme, les traces du Moi dans les choses. Puis, à partir de 1800, il passe à une « philosophie de l’identité » et cherche à comprendre comment le Moi, en se réfléchissant lui-même en tant que conscience de soi, s’autoengendre en produisant, du même coup, le monde. Le Système de l’idéalisme transcendantal se situe au carrefour de cette évolution décisive pour la pensée occidentale. Car « transcendantal » ne désigne plus ici, comme chez Kant, tout ce qui définit a priori les conditions de l’expérience, autrement dit la connaissance que nous avons des choses, mais ce que le philosophe constate comme activité libre du Moi.

Initialement, en effet, le Moi est illimité, nous dit Schelling. Ainsi, c’est bien la liberté qui se trouve à l’origine du tout, thèse que le philosophe développera dans l’un de ses textes les plus célèbres – le dernier qu’il fera paraître de son vivant –, Recherches philosophiques sur l’essence de la liberté humaine, de 1809 (Œuvres métaphysiques, Gallimard, 1980). En 1800, Schelling aboutit plutôt à la conclusion, voisine du romantisme, que l’art et l’esthétique, bien plus que le savoir, manifestent dans le réel cette présence de la liberté absolue, qui excède ce que nous entendons par le libre arbitre de l’homme. Parce qu’il n’en sacrifie pas pour autant les droits de la raison, ce classique décrit toujours un paysage des confins que seul le philosophe peut atteindre.

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