
ÉMISSION
Pourquoi les « musées » ont-ils été inventés ?
Mardi 12 décembre 2023 FRANCE CULTURE
Jamais les musées n’ont attiré autant de visiteurs, et les grandes expositions organisées sont régulièrement prises d’assaut. Depuis quand le musée existe-t-il ? Comment expliquer un tel succès auprès du public ?
Au cours des dernières décennies, un nouveau modèle de musée s’est imposé en France. Il place les publics au centre de ses préoccupations, contribuant ainsi à la démocratisation de la culture et à la redéfinition du patrimoine. Pourtant, la question du public n’a pas toujours eu l’importance extrême qu’on lui accorde aujourd’hui.
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1793 : Le Louvre, alors nommé « Muséum central des arts de la République », devient le premier musée de France
Jusqu’au 18e siècle, c’est la figure du collectionneur privé d’œuvres d’art qui était prépondérante. François Ier fut le premier roi de France à constituer une collection de peintures non liées à la décoration des demeures royales et pouvant être exposées indépendamment. Ayant réussi à faire venir Léonard de Vinci au château d’Amboise en 1516, c’est pour enrichir sa collection qu’il acheta les tableaux que celui-ci possédait, dont la célèbre Joconde. Sous le règne de Louis XIV, l’idée qu’un musée pouvait mettre en scène les valeurs de la monarchie commença à s’imposer. C’est dans cette perspective qu’est né le projet de rassembler, au palais du Louvre, toutes les œuvres appartenant à la couronne.
Mais c’est seulement en 1793 que le Louvre est devenu le premier musée de France, prenant le nom de Muséum central des arts de la République. L’idée que l’État devait être le conservateur de ces œuvres au nom de l’histoire ou de l’instruction des générations futures s’est imposée à ce moment-là. Le même idéal a poussé les révolutionnaires à ouvrir des musées départementaux qui sont devenus les instruments d’une politique culturelle centralisée, dominée par les grandes institutions parisiennes. Cette hégémonie de la capitale sur la province a été illustrée par le transfert, dans les musées départementaux, d’une partie des fonds qui encombraient le Louvre.
À partir du Seconde Empire, la prise en considération du public prend une réelle importance
À partir du Directoire, les musées ont cessé d’être des lieux essentiels pour véhiculer les idéaux de la Révolution. La réunion et l’exposition des œuvres ayant surtout pour but, désormais, d’instruire les artistes. Il a fallu attendre le Second Empire pour que la prise en considération du public prenne une réelle importance. La fondation de la fameuse « Gazette des Beaux-Arts » en 1859, le développement du tourisme et des associations comme « les Amis des Arts » jouèrent un rôle décisif dans cette évolution.
Confrontées à l’entassement des collections dû à l’achat des œuvres et aux envois en provenance du Louvre, les villes furent incitées à construire des lieux nouveaux permettant de les exposer plus facilement, afin d’attirer un public plus large. Du Second Empire jusqu’à la Belle Époque, les constructions monumentales se sont multipliées dans le paysage urbain, souvent entourées d’un parc, comme à Marseille et Rouen. C’est à cette époque que les musées ont acquis un statut d’institution à part entière, que ce soit dans leur administration, leurs acquisitions ou l’exposition des œuvres. Sous l’impulsion du pouvoir républicain, les musées ont commencé à jouer un rôle clef quant à l’insertion de la culture dans la sphère publique, inaugurant ainsi des préoccupations qui ont pris une importance de plus en plus grande au 20e siècle.
Bibliographie
- Dominique Poulot, Une histoire des musées de France. XVIIIe-XXe siècles, La Découverte, 2005.
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