
ÉMISSION
Pourquoi y a-t-il toujours plus de prisonniers en France ?
Lundi 8 janvier 2024 FRANCE CULTURE
Le mois dernier, le nombre de personnes détenues dans les prisons en France a battu un nouveau record, avec plus de 75 000 prisonniers, soit une hausse de 4 % en une année. Entre l’augmentation des condamnations et l’extension de leur durée, quelles sont les causes de ces chiffres record ?
Avec
- Annie Kensey Démographe, chercheuse associée au CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales)
Les places se font rares en prison et pourtant, le nombre de prisonniers ne cessent d’augmenter. Différentes causes expliquent ce phénomène.
Une inflation carcérale notable
De manière générale, le nombre de personnes condamnées est plutôt stable depuis quelques années, explique Annie Kensey, démographe, chercheuse associée au CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales). À quelles évolutions sont alors liés les chiffres records de la population carcérale ? “Cela repose sur des tendances de long terme. Depuis le milieu des années 1950, la population carcérale croît. Aujourd’hui néanmoins, on peut parler d’inflation carcérale et on aura des records au cours de l’année 2024. On atteindra environ 78 000 détenus en octobre et la loi de programmation 2023-2027 qui prévoit 15 000 places apparaît déjà sous-dimensionnée”, ajoute-t-elle.
À lire aussi : L’économie derrière les barreaux
Pourquoi prononce-t-on plus de peines d’emprisonnement ?
Il y aurait en réalité un allongement notable des peines. “La population carcérale augmente du fait de l’allongement des peines. La stratégie nationale a joué sur deux tableaux : augmenter la capacité d’accueil et réduire les incarcérations décidées par les juges. Pour le deuxième point, le ministère de la Justice essaie de promouvoir des alternatives à l’incarcération, comme la surveillance électronique, et essaie même d’interdire les peines de moins de six mois”, selon Annie Kensey. Cette politique impose néanmoins au juge un raisonnement contradictoire, dans la mesure où il prononce à la fois une peine ferme et un aménagement de peine. La suppression des courtes peines s’accompagne ainsi paradoxalement de l’augmentation générale des peines.