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LA PROMESSE (75) – RÉPÉTÉE DEPUIS UN AN – DES 100 % D’ABSENCES REMPLACÉES – DOSSIER ÉDUCATION

ÉDUCATION : LES ANNONCES SYMBOLIQUES SUFFIRONT-ELLES À CRÉER UNE RÉFORME DE FOND ?

NOTRE DOSSIER EN 5 SÉQUENCES

1. « PLUS DE PIONS, MOINS DE PROFS ? LA PROMESSE (23) : REMPLACER CHAQUE PROFESSEUR ABSENT… PAR DES HEURES DE PERM ? »

2. LA PROMESSE PRÉSIDENTIELLE D’IL Y A UN AN RÉALISÉE À 15 % SEULEMENT

3. Une différence marquée pour les absences entre public et du privé

4. Éducation : Les annonces d’Emmanuel Macron

5. ARTICLE : Les enseignants non remplacés, un problème non résolu pour le gouvernement : « On va dépenser des millions pour des uniformes, alors que tous nos enfants n’ont pas d’enseignants ? »

1. « PLUS DE PIONS, MOINS DE PROFS ? LA PROMESSE (23) : REMPLACER CHAQUE PROFESSEUR ABSENT… PAR DES HEURES DE PERM ? »

TITRAIT METAHODOS EN AOÛT 2023 TROISIÈME MISE À JOUR – PLUS DE PIONS, MOINS DE PROFS ? LA … ET POURSUIVAIT :

DE L’ART DE MAQUILLER LES RÉALITÉS : Abandon du principe de remplacement par un professeur de la discipline

Avec le dispositif retenu le, on abandonne définitivement l’idée que l’on doit aux élèves un véritable remplacement effectué par un professeur de la discipline.

EST IL UTILE DE RAPPELER LA PROMESSE ? :

le 22 mars dernier : « Je veux qu’à la rentrée prochaine, on puisse remplacer, du jour au lendemain, les professeurs dans les classes des élèves (…) C’est une priorité ».

En 2018 d’après un rapport de la Cour des comptes, 2 482 815 heures d’absences de courte durée ont été comptabilisés, seules 519 100 ont été remplacées, « soit un taux de remplacement de 20, 91 % ».

2. LA PROMESSE PRÉSIDENTIELLE D’IL Y A UN AN RÉALISÉE À 15 % SEULEMENT

Le 17 mars 2022 à Aubervilliers, en pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron en avait fait la promesse. L’école, c’est le « chantier majeur » de son nouveau quinquennat. Il avait insisté au cours de cette allocution présentant son programme sur l’obligation d’assiduité des enseignants : « Les familles sont confrontées à de l’absentéisme et ne sont pas satisfaites, les enfants manquent de confiance, et nous continuons à avoir de mauvais résultats ». Quelques jours plus tard le 22 mars, le président Macron avait promis le remplacement systématique des professeurs absents : « Je veux qu’on puisse remplacer du jour au lendemain les professeurs dans les classes des élèves ».

Pourtant, une semaine après la rentrée, il manque encore un professeur dans «près de la moitié des établissements scolaires en France», rapporte une enquête du Snes-FSU, le principal syndicat d’enseignants, révélée par France Info.

3. Une différence marquée pour les absences entre public et du privé

EXTRAIT FRANCE INFO 17 janvier 2024 :

« Selon le dernier Panorama statistique des personnels de l’enseignement scolaire 2022-2023, publié par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), il existe une différence plus marquée entre les enseignants du public et du privé. Sur l’année scolaire 2021-2022, 52% des enseignants du public ont pris au moins un congé pour raison de santé, contre 45% des enseignants du second degré du privé sous contrat. Pour ce qui est de la durée annuelle moyenne des congés pour raison de santé, elle est de 18,9 jours pour les enseignants du public, contre 15,2 dans le privé. Dans un rapport de 2021, la Cour des comptesajoutait que les enseignants exerçant dans le réseau d’éducation prioritaire « prennent plus de congés pour raison de santé ». Ils sont en moyenne absents 1,2 jour de plus par an. Or pour rappel, seul l’enseignement public est concerné par l’éducation prioritaire.

Des millions d’heures d’enseignement perdues

Le supposé, et souvent critiqué, « absentéisme » des enseignants ne semble donc pas fondé. Leurs absences sont toutefois plus visibles et plus problématiques que dans d’autres secteurs, car lorsqu’un professeur est absent devant sa classe, ce sont 20 à 30 élèves qui se retrouvent sur le carreau. Ce qui rend centrale la question de leur remplacement. En décembre 2022, Pap Ndiaye, alors ministre de l’Education, estimait dans une tribune publiée par le Monde que 15,4 millions d’heures d’enseignement avaient ainsi été perdues dans le second degré en 2020-2021 en raison de « l’incapacité du système à remplacer les professeurs absents ». Interrogé par Le Monde, le ministère de l’Education précisait que ce chiffre, calculé par la DEPP, représentait 8,8% du total des heures d’enseignements dispensées. 

Dans son rapport de 2021, la Cour des comptes estime que sur l’année scolaire 2018-2019, près de 2,5 millions d’heuresd’absences de courte durée des enseignants ont été enregistrées dans le second degré. Seulement « 519 100 heures ont été remplacées, soit un taux de remplacement de 20,91% ». Cependant, la Cour des comptes note que les deux tiers des absences des enseignants proviennent « du fonctionnement même du système éducatif » et seulement un tiers de raisons individuelles. « Certaines activités, comme la formation continue, la participation à des jurys ou l’organisation d’examens ou de concours, les réunions pédagogiques, ont lieu sur le temps scolaire et engendrent pour les élèves l’absence de leur professeur », avance la Cour des comptes. Il arrive donc fréquemment qu’un professeur soit absent devant ses élèves, sans pour autant être absent au travail.

Les absences de courte durée peu remplacées

Ces heures de cours perdues non remplacées ne sont pas le fruit d’absences à répétition de professeurs pendant des semaines, mais au contraire d’arrêts de courte durée. Ils représentent ainsi « plus de 80% des absences non couvertes », car l’imprévisibilité de ces absences courtes, et le manque de « dispositif structuré de remplacement dans le second degré » pour y faire face rendent difficile le remplacement des enseignants, pointe le rapport de la Cour des comptes. Près de la moitié des absences qui ne sont pas remplacées « ont une durée inférieure ou égale à deux jours et les trois quarts, une durée inférieure ou égale à cinq jours ».

Dans le secondaire, public ou privé, la même règle s’applique. Si l’absence d’un enseignant est de moins de 15 jours, alors son remplacement est à la charge du chef d’établissement, qui doit trouver dans son équipe pédagogique des volontaires pour effectuer un remplacement. Au-delà de 15 jours d’arrêt, en revanche, c’est le rectorat qui a l’obligation de remplacer le professeur absent. Or, selon le rapport de la Cour des comptes, 4% des absences de professeurs de plus de 15 jours ne sont pas remplacées. Au total, « 10% des heures de cours ont été ‘perdues’ lors de l’année scolaire 2018-2019« , estime la Cour des comptes.

« Ce totem des 15 jours doit être abaissé », revendique Grégoire Ensel, président national de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). Ce dernier estime que le vrai problème ne se situe pas du côté d’un supposé « absentéisme » des professeurs, mais plutôt du côté du manque de remplacement. « Ce que l’on dénonce surtout, c’est le non-remplacement. Les enseignants ont le droit d’être malades, d’avoir des enfants, etc. », affirme-t-il.

Un manque d’enseignants remplaçants 

Selon Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU et professeure de SES, le cœur du problème est à chercher du côté du manque d’attractivité du métier d’enseignant. « On est dans une situation de pénurie de professeurs. On manque tout simplement de remplaçants », explique-t-elle. Une analyse partagée par la Cour des comptes, qui pointe le problème de voir, dès la rentrée scolaire, des professeurs remplaçants affectés sur des postes vacants, ce qui « diminue le ‘vivier’ de remplaçants pour les absences en cours d’année ». 

En 2023, selon les chiffres du ministère, plus de 3 100 postes d’enseignants n’ont pas été pourvus aux concours d’enseignants dans le public, sur plus de 23 800 postes ouverts. Autant de postes à combler grâce au recours aux contractuels, aux embauches hors concours ou encore aux professeurs remplaçants. Aux concours de l’enseignement privé (Cafep) en revanche, en 2023, 1 820 candidats ont été reçus pour un total de 1 965 contrats offerts,selon les données statistiques du ministère de l’Education nationale, soit un taux de 93% de postes pourvus.

Dans le public, le gouvernement mise sur le Pacte enseignant pour régler le problème des remplacements. Ce dispositif, mis en place par Pap Ndiaye, vise à mobiliser les professeurs sur des heures supplémentaires rémunérées pour remplacer des collègues absents. Mais le dispositif est vivement critiqué par les syndicats d’enseignants. « C’est un moyen de faire croire que les heures sont remplacées, mais c’est faux », estime Sophie Vénétitay. Selon cette dernière, les remplacements peuvent ainsi être assurés par des professeurs qui n’enseignent pas la même matière ou ne connaissent pas les élèves. « J’ai vu le cas d’une heure de maths remplacée par une heure de chinois, pour une classe qui ne fait pas de chinois… », rapporte-t-elle comme exemple.

4. Éducation : Les annonces d’Emmanuel Macron

Durant sa conférence de presse, du 16 janvier, le président de la République a annoncé plusieurs mesures à venir pour les élèves.

Le port de l’uniforme généralisé

Emmanuel Macron a indiqué viser la généralisation du port de l’uniforme dans les établissements scolaires publics à partir de 2026. Dès cette année, une expérimentation de la tenue unique aura lieu dans une centaine d’écoles, collèges et lycées à travers le pays.

Le SNU obligatoire pour tous

Le chef de l’État a déclaré vouloir généraliser le Service national universel à tous les élèves de seconde, au lycée. Ces prochaines semaines, des précisions à ce sujet seront apportées, notamment pour connaître la date de début de la généralisation du dispositif à mi-chemin entre le service militaire et le service civique.

Des cérémonies de remise de diplômes

Pour les bacheliers et les élèves qui ont obtenu le brevet des collèges, le président de la République souhaite mettre en place «dès la fin de cette année» des cérémonies de remise de diplômes. Pour Emmanuel Macron, il s’agit d’un «rite républicain d’unité, de fierté et de reconnaissance».

Des heures de théâtre et histoire de l’art

Au collège, le théâtre sera un «passage obligé» au collège dès la rentrée de septembre 2024. «Cela donne confiance, cela apprend l’oralité, le contact aux grands textes. Et parce que la France est aussi une histoire, un patrimoine qui se transmet et qui unit», a affirmé Emmanuel Macron.

D’un autre côté, l’histoire de l’art prendra «toute sa place» au collège et au lycée. Comme l’avait déjà annoncé l’ancien ministre de l’Éducation nationale Pap Ndiaye en juin 2023, l’enseignement moral et civique sera également doublé dès la 5e, passant de 30 minutes par semaine à une heure.

Apprendre la «Marseillaise» au primaire

Concernant les élèves de primaire, le président s’est dit «totalement favorable à ce qu'[ils] apprenne[nt] La Marseillaise». Une mesure qui devrait techniquement déjà être en vigueur, puisque l’apprentissage de l’hymne national est censé être obligatoire en primaire depuis septembre 2005, selon la loi Fillon. En 2011, une nouvelle circulaire précisait que les élèves de CM1 devaient le maîtriser. Mais encore aujourd’hui, de nombreux enfants ne le connaissent pas.

Plus de vigilance face aux écrans

Emmanuel Macron a également évoqué la nécessité de reprendre «le contrôle de nos écrans», qui sont de plus en plus consultés par les enfants. «On a laissé beaucoup de familles sans mode d’emploi. (…) Il faut qu’on ait un consensus scientifique, que les scientifiques commencent à nous donner un plan et qu’on éclaire un débat public, qui viendra ensuite», a-t-il déclaré. Avant de préciser vouloir que «les meilleurs scientifiques, (…) puissent nous dire “Avant tel âge, ça n’est pas raisonnable de mettre un écran devant un enfant”».

5. ARTICLE : Les enseignants non remplacés, un problème non résolu pour le gouvernement : « On va dépenser des millions pour des uniformes, alors que tous nos enfants n’ont pas d’enseignants ? »

Contrairement à ce qu’a assuré le chef de l’Etat, les absences de longue durée ne sont pas mieux gérées qu’à son arrivée au pouvoir en 2017. Elles pèsent lourdement sur la scolarité de nombreux élèves.

Par Eléa Pommiers LE MONDE 21 01 2024

D’un chiffre, Emmanuel Macron a balayé l’enjeu. « Durant mon premier quinquennat, (…) on a réussi à répondre au problème des absences longues des professeurs », s’est félicité le président de la République durant sa conférence de presse, mardi 16 janvier« On a des résultats formidables », a-t-il insisté en s’appuyant sur un taux de « 95 % » des absences longues remplacées dans le second degré. Le « ressenti sur le terrain » selon lequel la promesse républicaine « d’un professeur devant chaque élève » n’est pas tenue résulte ainsi, d’après le chef de l’Etat, des « absences de courte durée », très peu remplacées. « On est en train de s’attaquer [à ces absences] », a conclu Emmanuel Macron, en référence au « pacte enseignant » qu’il a souhaité créer en septembre 2023 pour inciter les professeurs volontaires à accepter des heures supplémentaires pour assurer, notamment, des remplacements courts.

Ces déclarations ont heurté les syndicats enseignants et de nombreux parents d’élèves. « C’est une distorsion totale d’appréciation par rapport à ce qu’on vit sur le terrain, où la situation est toujours aussi catastrophique, notamment sur les remplacements de longue durée ! », s’insurge Grégoire Ensel, président de la FCPE. « On a les mêmes remontées que d’habitude, ce n’est pas mieux que les années précédentes », abonde Laurent Zameczkowski, porte-parole de la fédération des parents d’élèves PEEP.

Le sujet a gagné en sensibilité quand la nouvelle ministre de l’éducation nationale a pointé, vendredi 12 janvier, un « paquet d’heures pas sérieusement remplacées » dans le public pour justifier son choix de scolariser ses enfants dans le privé il y a quinze ans. L’accusation, dans le cas d’Amélie Oudéa-Castéra, était infondée. Mais, au-delà de sa situation personnelle, la déclaration a révolté en installant l’idée que la première responsable du service public d’éducation contournait l’école publique – qui accueille 80 % des élèves – pour éviter à ses enfants un problème que le ministère a la responsabilité de résoudre.

A ce titre, la présentation faite par le chef de l’Etat de ce sujet au cœur des préoccupations des parents d’élèves n’est pas anodine politiquement. Pour les absences de moins de quinze jours, celles dites de courte durée, la règle établie par l’éducation nationale veut que les rectorats n’affectent pas de remplaçants et que leur couverture repose sur les équipes des collèges et lycées, chargées de compenser en interne. L’éducation nationale est en revanche tenue de nommer des remplaçants pour les absences de plus de quinze jours, pour lesquelles chaque raté renvoie l’Etat – et donc le gouvernement – à sa responsabilité.

Crise de recrutement

De fait, les parents s’alarment d’abord des non-remplacements longs, car ce sont ceux qui pèsent le plus sur les trajectoires scolaires et servent de terreau à l’inégalité des chances. Et même si les aléas sont inévitables pour une administration qui doit gérer plus de 718 000 professeurs au sein de 51 000 établissements publics, les indicateurs montrent que la situation se dégrade, en réalité, depuis six ans. Le taux de couverture des absences longues est élevé, comme l’a souligné Emmanuel Macron, mais il était de 94 % en 2022, contre plus de 97 % jusqu’en 2017. Interrogé plusieurs fois, le ministère a refusé de préciser au Monde combien de ces remplacements sont demandés chaque année, et combien d’heures de cours perdues résultent d’absences longues.

L’école primaire, où l’éducation nationale doit affecter un remplaçant dès la première demi-journée d’absence d’un professeur, n’est pas épargnée par ces difficultés croissantes : 78 % des remplacements y sont effectués dans les temps, contre 82,7 % en 2016-2017 et plus de 90 % en 2005-2006. « C’est plus rare que dans le secondaire, mais il arrive qu’il manque un enseignant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, ou que les remplaçants se succèdent », observe Laurent Zameczkowski.

Les raisons sont moins à chercher du côté de la quantité d’absences – les enseignants sont en moyenne arrêtés moins fréquemment pour maladie que le reste des salariés, et moins longtemps – que de celui de la crise de recrutement que traverse l’éducation nationale depuis plusieurs années, et qui s’aggrave depuis 2022.

Le ministère et les rectorats assurent « tout faire » pour répondre aux besoins, mais se heurtent souvent au même écueil : le manque de vivier. Faute de recrues en nombre suffisant aux concours, à la rentrée 2022, 3 100 postes étaient vacants dans les 7 800 collèges et lycées publics, et il a fallu en moyenne 26,7 jours pour les combler.

« Rupture d’égalité »

Dans le second degré, les effectifs d’enseignants titulaires affectés à du remplacement ont par ailleurs été drastiquement réduits par les gouvernements depuis vingt ans, passant de plus de 37 000 en 2006 à moins de 10 000 en 2021. Et la pénurie de professeurs oblige à en mobiliser de plus en plus sur des postes non pourvus dès la rentrée, les empêchant donc d’assurer leur mission en cours d’année en cas de maladie longue, congé maternité, départ en retraite. Bien que les effectifs de remplaçants y soient plus nombreux, ce phénomène affecte aussi le premier degré.

Tous les territoires sont concernés mais certains sont plus exposés : c’est le cas par exemple des académies de Créteil et Versailles, les plus grosses du pays. En Seine-Saint-Denis, département qui affiche un taux de remplacement parmi les moins élevés, la FCPE avait recensé en 2022-2023 plus d’une vingtaine de collèges et lycées où les absences non remplacées se comptaient en mois. « Les problèmes perdurent : un collège qui a passé deux ans sans prof de physique et où il manque cette fois une prof d’espagnol depuis septembre, un lycée avec quatre enseignants pas remplacés depuis deux à quatre mois… », liste Hanaine Ben Hadj, représentante FCPE dans le département.

Le fils de Lucile Guibal, scolarisé en 2de à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), n’a ainsi pas de professeur de physique-chimie depuis la rentrée. « Le lycée essaye de compenser, mais ça ne rattrapera jamais toutes les heures. Comment voulez-vous après qu’ils aient le niveau ! », s’énerve cette mère de famille, inquiète pour son enfant qui souhaite prendre la spécialité physique-chimie en 1re.

Dans l’Ain, Isabelle (elle n’a pas souhaité donner son nom) dénonce la même « rupture d’égalité » pour son fils qui, en 1re, n’a pas de professeur de français depuis la rentrée de septembre 2023. Faute de remplaçant, des cours en visioconférence ont un temps été organisés avec un professeur de Lyon, plus disponible depuis la rentrée. Pour son fils qui passera le bac en juin et n’a pour l’heure jamais pu s’entraîner sur un exercice écrit en classe, elle paye un professeur privé, mais sait déjà que les lacunes seront irrémédiables. « Ceux qui n’ont pas les moyens d’assumer ces cours privés n’ont rien, c’est d’une injustice folle », s’indigne-t-elle. Mardi, elle a regardé l’intervention présidentielle, et elle ne décolère pas contre celui à qui elle a donné sa voix en 2022 : « On va dépenser des millions pour instaurer un uniforme à l’école, alors que tous nos enfants n’ont pas d’enseignants ? », lance-t-elle, révoltée.

Risques de décrochage

Ces non-remplacements augmentent les risques de décrochage, surtout quand ils touchent des élèves en difficulté. « Il peut manquer jusqu’à douze heures par semaine pour certaines des classes de mon établissement et on sait qu’on ne trouvera personne », se désole une proviseure de lycée professionnel dans l’académie de Versailles, à qui il manque depuis plusieurs mois deux enseignants de disciplines dont le volume horaire est important. « Nos profs accumulent les heures supplémentaires pour essayer de compenser, mais on n’y arrive pas, les élèves passent beaucoup de temps en permanence et ça se ressent : on a plus de dégradations dans le lycée, et l’absentéisme des élèves augmente », déplore-t-elle.

Les contractuels, auxquels les académies ont désormais majoritairement recours pour les remplacements (ils étaient 10 000 sur cette mission en 2021), n’apportent pas toujours la solution qu’espèrent les parents. « Sur le papier, le remplacement est fait mais ce n’est pas pour autant que les enfants progressent comme ils devraient car les nouveaux contractuels ne sont pas formés, et parfois ils ne sont même pas qualifiés pour le poste », regrette Isabelle Boutherre, parent d’élève dans l’Ain, dans le même lycée que la mère d’élève citée plus haut.

Aucun ne nie par ailleurs les difficultés que peuvent causer les absences courtes, perlées, surtout lorsqu’elles se répètent. Le « pacte », promis par le gouvernement comme une solution, ne résout pas le problème : seules 15 % des absences courtes ont été remplacées au cours du premier trimestre de l’année scolaire 2023-2024, selon un indicateur créé à la rentrée, dont la Rue de Grenelle affirme cependant qu’il est en progression. « Lorsqu’un professeur attrape une grippe ou a un enfant malade à garder, on n’a pas le temps de s’organiser dans la journée », explique Nicolas Bonnet, proviseur en Gironde et secrétaire départemental du SNPDEN-UNSA.

Les parents attendent d’autres réponses : « L’objectif, c’est que les élèves aient toutes les heures qui leur sont dues dans chaque discipline et avec le pacte, on a parfois un prof d’anglais qui remplace une heure de français, jamais rattrapée », pointe Grégoire Ensel. Outre davantage de recrutements, réclamés aussi par les syndicats enseignants, la FCPE souhaite, en 2024, demander au ministère la révision du délai d’affectation d’un remplaçant, pour l’abaisser à moins de quinze jours.

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