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MALAISE DANS L’INFORMATION : FRANCE TÉLÉVISION SOUS LA CENSURE

CENSURE EXIGÉE OU INSPIRÉE PAR L’EXÉCUTIF ?

Le syndicat évoque également de « l’autocensure » : « Ce moratoire est-il décidé par la direction de l’information, ou exigé par les ministères de tutelle ? », a-t-il questionné vendredi dans un communiqué.

C’est l’émoi et la colère parmi les journalistes de l’audiovisuel public depuis la révélation, dans la presse, de la terrible nouvelle : la direction a décidé de retarder la diffusion de plusieurs numéros de Complément d’enquête. Il s’agissait des émissions consacrées à Gabriel Attal, Rachida Dati et Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée. La stupeur est d’autant plus grande que cette décision est assumée par le directeur de l’information de France 2. Questionné à ce sujet par la Société des journalistes de France Télévisions, lors d’une réunion mercredi 24 janvier, Alexandre Kara a ainsi expliqué que cette « pause » avait un double objectif : garantir le respect du pluralisme dans le contexte particulier d’une campagne électorale et laisser la priorité de la couverture politique aux émissions de débat.

L’AUTOCENSURE PLUS GRAVE QUE LA CENSURE ?

Du côté des journalistes, l’explication ne convainc pas. Mettre entre parenthèses les émissions d’enquête sur les personnalités politiques pourrait, selon eux, ouvrir la boîte de Pandore. « C’est une forme de chantage, un marché de dupes, qui peut donner lieu à des demandes encore plus extravagantes à l’avenir », s’émeut un journaliste dans Le Monde.

La liberté de la presse en danger ?

Légalement, rien ne s’oppose à la diffusion d’investigations portant sur des figures politiques, fût-ce en pleine période électorale. De telles émissions ne menacent pas le devoir de pluralisme – si l’information est factuelle, contradictoire et vérifiée -et de respect du temps de parole demandé aux médias publics. En revanche, les journalistes sont tenus à une certaine loyauté envers les citoyens !

Pourquoi n’y a-t-il pas d’ investigation sur Raphaël Glucksmann – lui aussi candidat aux prochaines élections – et la bienveillance dont il semble bénéficier au sein des médias de service public. Militantisme ?

Un militantisme mis – provisoirement – en sourdine

Pour rappel, le « quatrième pouvoir » attribué aux médias ne doit s’exercer ni en faveur d’un parti politique ni en faveur d’une personne en particulier. Par ailleurs, il est à noter que le traitement audiovisuel des campagnes électorales ne se limite pas au respect du seul principe du pluralisme politique, mais que les textes prévoient également d’autres dispositions telles que l’interdiction des publicités à caractère politique. C’est sans doute pour cette raison qu’Alexandre Kara a mis Complément d’enquête sur la touche. Il craignait qu’on reproche à son antenne de peser sur les votes ou de rouler pour un camp en particulier.

« Interrompre ces enquêtes, c’est céder au chantage de celles et ceux que [celles-ci] dérangent. « ( La Société des journalistes de la rédaction nationale de France Télévisions )

La SDJ souligne que ce n’est pas la première fois que des politiques refusent de venir sur nos antennes et qu’interrompre ces enquêtes, c’est céder au chantage de celles et ceux que [celles-ci] dérangent. Nous ne pouvons accepter que le travail d’enquête (réaliser des tournages et mener des interviews par exemple) soit interrompu. Il en va de notre indépendance qui doit être permanente. »

Une telle décision pourrait créer un dangereux précédent. Selon Le Monde, le magazine d’investigation s’apprêtait d’ailleurs à lancer le portrait du nouveau Premier ministre, Gabriel Attal, et celui de la ministre de la Culture, Rachida Dati. La rediffusion de l’enquête sur le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, un très proche d’Emmanuel Macron, était aussi prévue à la mi-février. Ces sujets vont-ils être mis en suspens ?

« France Télévisions : malaise après la décision de la direction de limiter les enquêtes sur les personnalités politiques »

TITRE LE MONDE QUI NE S’ÉMEUT NULLEMENT D’UNE ATTEINTE À LA LIBERTÉ DE LA PRESSE ( Brice Laemle et Corentin Lesueur 25 janvier 2024 )

Le Monde explique que c’est “par souci de respect du pluralisme et pour laisser la priorité de la couverture politique aux émissions de débat”.

Le Monde ne semble pas s’être rendu compte de la gravité de la censure. Le titre original de l’article, « France Télévisions : la direction restreint la place des portraits de personnalités politiques le temps de la campagne des Européennes », est devenu quelques heures plus tard « France Télévisions : malaise après la décision de la direction de limiter les enquêtes sur les personnalités politiques ». La première version n’est plus disponible en ligne.

LU DANS ARRET SUR IMAGE :

« Restreindre la place » juste pour « le temps de la campagne des Européennes », ça n’avait pas l’air si grave. Mais c’est bien d’un « malaise » prégnant dont il est question, d’un renoncement : celui de la liberté d’informer et d’enquêter sur tous les sujets et figures politiques, sans « temps de pause »ni « moratoire ». Mettre entre parenthèses la liberté de la presse, ça finit rarement bien. »

EXTRAIT DU MONDE :

« Dans un souci d’équité de temps de parole et pour laisser la priorité aux émissions de débat, le groupe audiovisuel public demande aux magazines d’investigations de faire une pause sur ces formats. La rédaction désapprouve ce choix.

« La crainte d’établir un précédent qui ferait date. Une bonne partie de la rédaction de France Télévisions oscille entre inquiétude et effarement depuis que la décision du directeur de l’information, Alexandre Kara, a été ébruitée en interne. Vendredi 19 janvier, les journalistes travaillant sur les magazines (« Complément d’enquête », « Envoyé spécial », « 13 h 15 ») du groupe audiovisuel public se sont vu demander de faire une pause dans leurs investigations concernant les portraits de responsables politiques d’ici aux élections européennes qui auront lieu le 9 juin en France.

« Questionné à ce sujet par la Société des journalistes (SDJ) de France Télévisions, lors d’une réunion mercredi 24 janvier, Alexandre Kara a confirmé et assumé. Cette pause se justifie, selon lui, par souci de respect du pluralisme et pour laisser la priorité de la couverture politique aux émissions de débat, a-t-il encore expliqué jeudi lors d’un comité social et économique. Et ce à quatre mois et demi des élections européennes, alors que le temps de parole est scruté de près par l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique.

« L’argument est un peu court selon la rédaction, pour qui mettre l’investigation entre parenthèses à propos des responsables politiques risque d’ouvrir la boîte de Pandore. Si elle saisit l’enjeu d’avoir les personnalités de tous les partis dans ses émissions – notamment dans « L’Evènement », émission dans laquelle le groupe a massivement investi et qui se retrouverait fragilisée sans invité politique –, « c’est une forme de chantage, un marché de dupe, qui peut donner lieu à des demandes encore plus extravagantes à l’avenir », craint un journaliste. »

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