
« On ne peut pas assurer le devenir de la démocratie si la politique ne retrouve pas des couleurs »
Pour la philosophe Perrine Simon-Nahum, c’est moins les démocraties qu’il faut réformer que le rapport que nous entretenons à elles : il faut inverser le discours et partir de leurs limites pour les transformer en points forts.
Comment rendre les démocraties, menacées par la montée des populismes, à nouveau désirables ? En faisant de leurs faiblesses une force, répond en substance la philosophe française Perrine Simon-Nahum, dans son essai Sagesse du politique…
”Le wokisme est doublement liberticide”
Perrine Simon-Nahum, alerte : attaquée par les populismes, accablée pour sa complexité, la démocratie ne fait plus rêver. Les sondages, en France comme en Belgique, mettent en évidence un attrait grandissant pour l’autoritarisme.
Dans son nouveau livre, elle liste les grands périls qui menacent “le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres”, selon l’expression de Churchill.
Parmi ces périls, le wokisme figure en bonne place… Pour sauver les démocraties, elle propose de miser sur leurs supposées faiblesses : le compromis, le débat, le temps long…
ARTICLE : Perrine Simon Nahum : « Si le passé nous apprend des choses, nous devons toutefois analyser les spécificités de notre époque »
06 oct. 2023 Par Tania Markovic RTBF
Ce samedi dans la couleur des idées, Pascale Seys reçoit l’historienne et philosophe Perrine Simon Nahum. Chercheuse, professeure à l’Ecole normale supérieure et directrice de recherche et de collection aux éditions Odile Jacob, elle vient de publier aux éditions de l’Observatoire un essai intitulé Sagesse du politique – Le devenir des démocraties où elle défend notre modèle politique, mis à mal depuis une « brèche » dont elle identifie les signes avant-coureurs lors des années 1970, au moment du premier et du second choc boursier et de la montée du chômage. Une situation qui, d’après elle, s’est aggravée dans les années 90, lorsque « la mondialisation est entrée en crise ».
Avec sa double casquette de philosophe et d’historienne, Perrine Simon Nahum tente de penser les enjeux actuels à la lumière de l’Histoire. Toutefois, Perrine Simon Nahum nous met en garde : il ne faudrait pas que nous nous laissions aveugler par le passé, risque qui nous guette si nous oublions de prendre en compte les spécificités de notre époque. Ainsi, Perrine Simon Nahum démonte l’analogie faite régulièrement entre notre temps et les années 1930 qui ont vu elles aussi la montée en puissance des populismes au pouvoir dans les Etats démocratiques et, par ailleurs, l’avènement d’Etats totalitaires.
Perrine Simon Nahum souligne qu’une des différences majeures entre ces deux ères est le bouleversement « qu’ont représenté l’arrivée d’internet et le fonctionnement des réseaux sociaux qui permettent en fait de polariser et d’antagoniser la société, empêchant par là même toute forme de débat, et notamment le débat démocratique ». Elle rappelle que la démocratie, contrairement à l’idée que l’on s’en fait, est « un régime de conflit, mais un régime de conflit organisé ». Une organisation qui intervient entre autres au travers de la loi de la majorité, dégagée par les élections. Perrine Simon Nahum plaide pour un apprentissage de cette mécanique institutionnelle auprès des citoyens, notamment dans le cas de la consultation. « Les citoyens doivent comprendre qu’être entendu ne veut pas dire que l’on sera exaucé », explique-t-elle.
Perrine Simon Nahum s’inquiète du ressentiment que de plus en plus de gens nourrissent face à la démocratie, ressentiment qui, pour elle, résulte en partie d’une confusion entre bien être économique et liberté politique. Un ressentiment qui mène au désamour. Cette situation n’est pas qu’une spécificité française mais une tendance que l’on retrouve aussi chez nous. Un sondage RTBF / La Libre paru en 2022 faisait état qu’un Belge sur quatre donnerait le pouvoir à un leader unique. Mais Perrine Simon Nahum refuse de désespérer. Elle prend comme source d’inspiration les Ukrainiens et les femmes iraniennes dont le combat est « une lutte pour la liberté ». « La leçon de la résistance, c’est qu’il ne sera trop tard que lorsque nous aurons décidé qu’il est trop tard », conclut-elle.
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