
ÉMISSION : « Anatomie d’une chute » : un film au sommet
Vendredi 9 février 2024 FRANCE CULTURE
Après une Palme d’or et deux Golden Globes, Anatomie d’une Chute continue son ascension avec 5 nominations au Oscars et 11 au Césars. Si ce film fait autant parler, c’est certainement grâce à la grande qualité de son scénario, mais pas seulement. Quelle est sa place dans le cinéma français actuel?
Avec Arthur Harari réalisateur, scénariste et acteur et Marie-Ange Luciani Productrice
Le couple au centre du film
Ce film de procès raconte l’histoire d’une femme se trouvant accusée du meurtre de son compagnon, trouvé mort par leur fils en contrebas du chalet dans lequel ils vivent. Mais il raconte avant tout l’histoire d’un couple, avec ses faiblesses, notamment visibles lors de la scène culte de la dispute. Arthur Harari, co-scénariste du film avec sa compagne Justine Triet, revient sur l’écriture de cette scène : “c’était la scène la plus dure à écrire, car c’était celle où il y avait l’enjeu dramatique le plus haut. On savait qu’elle devait avoir une force qui se diffuserait ensuite sur le reste du film. Il a fallu qu’on traverse un peu tous les clichés, tous les attendus de ce genre de scènes qui sont compliquées car tout est plein de sens, tout y est dit. Justine, au bout d’ un moment, a mis le doigt sur le problème : on ne sentait pas d’amour”.
Marie-Ange Luciani, co-productrice du film, ajoute : “on parle de ce personnage, Samuel, depuis le début du film, et on ne le voit jamais. C’est vrai que le fait de l’incarner à un moment, pour nous, faisait parfaitement sens. Il est tout de même le cœur du film, ce mort qu’on ne voit jamais mais qu’on dissèque pendant tout le temps d’un procès ».
La question de l’égalité
Arthur Harari revient sur cette écriture à deux, avec sa compagne Justine Triet : “tout film, toute œuvre, puise à des endroits soit évidents, soit moins évidents avec ce qu’on vit et ce qu’on a vécu. Mais le film n’a rien de directement autobiographique. On a seulement mis des choses qui nous intéressaient, comme par exemple la question de l’équilibre et de la réciprocité dans le couple, qui est, je pense, une des choses qui importait le plus à Justine, mais qui vaut pour n’importe quelle histoire. L’horizon fantasmé du couple, c’est l’égalité, qui est quasiment inatteignable dans la réalité. La spécificité dans cette histoire, c’est qu’il y a un renversement des schémas traditionnels, parce que celui qui a l’air de se plaindre, de subir une inégalité, c’est l’homme. Cette question nous intéressait particulièrement, mais ce n’est pas notre histoire à nous, c’est une histoire qu’on a inventée”.
Les violences sexuelles et sexistes dans le cinéma
Avec le mouvement Me Too, les révélations se font de plus en plus nombreuses en ce qui concerne les abus dans le domaine du cinéma. “Je ne pense pas qu’il faille le réduire, hélas, au monde du cinéma. Je pense que c’est malheureusement un phénomène de société. La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, la parole se libère”, explique Marie-Ange Luciani. Membre du collectif 50/50, ayant pour but de promouvoir l’égalité des femmes et des hommes dans le cinéma et l’audiovisuel, elle évoque les solutions misent en place : “ le collectif 50/50 a beaucoup travaillé à cet endroit-là, en mettant par exemple en place une formation délivrée par le CNC s’adressant aux producteurs et aux directeurs de production. Ce qui est dommage, parce que je pense qu’elle devrait être ouverte à tous les membres d’une équipe de tournage. Il y a des référents à harcèlement présents sur les plateaux, ou encore des coachs d’intimité”.
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