
« Idioties vieilles de deux siècles »
EXTRAITS DE L’ARTICLE CI CONTRE :
« Aujourd’hui, le déclin de notre monde emporte avec lui la foi placée jusqu’ici dans la raison, le pragmatisme, la compétence, la modération, bref tout ce qui faisait croire à l’infaillibilité du travail et de l’intelligence, qui, à l’évidence, n’ont pas enrayé la chute du Vieux Continent. …
« Puisque la rationalité ne fonctionne pas, il faut donc s’en remettre au premier de ses adversaires : l’émotion. Une religiosité incompréhensible, laquelle prospère grâce à des dogmes aussi dangereux qu’insultants pour une civilisation prétendument fondée sur la connaissance. …
« Ce gloubi-boulga idéologique aboutit à des attaques contre ce qu’il y a de plus protecteur : le droit. Dont la fonction première est de réguler la communication entre les individus, d’ordonner des rapports désordonnés, de mettre une dose d’harmonie dans le chaos. »
« Notre époque serait narcissique et individualiste,
EXTRAITS DE L’ARTICLE CI CONTRE :
« peut-être, mais que reste-t-il aux individus désespérés, à part eux-mêmes ? Le comportement du président de la République est d’ailleurs éloquent. Emmanuel Macron, qui avait pour ambition de restaurer le prestige de sa fonction, se retrouve confronté aux limites posées par l’Histoire.
« Cette contrainte le pousse à revoir à la baisse la dimension jupitérienne de son mandat, à démultiplier les explications, à la télévision bien sûr, mais pas seulement, au centre du mécontentement, les manches retroussées, micro à la main, face à la colère. Son courage est indéniable, sa volonté aussi. Cela suffira-t-il ? »
CE QUE LE « GLOUBI-BOULGA » – IMMANGEABLE PAR TOUS SAUF PAR SON INVENTEUR – NOUS DIT DU RÉGIME (ÈRE) MACRON
Le gloubi-boulga est un plat imaginaire et la nourriture préférée du dinosaure Casimir, personnage principal de L’Île aux enfants, une émission de télévision destinée aux enfants diffusée en France du milieu des années 1970au début des années 1980.
Le gloubi-boulga est plus précisément un gâteau, réputé immangeable, et dont seule l’espèce des « Casimirus » est friande.
Selon Casimir, la recette du gloubi-boulga est la suivante ( Mélanger dans un saladier ) :
- de la confiture de fraises ;
- du chocolat râpé ou en poudre ;
- de la banane écrasée ;
- de la moutarde très forte ;
- de la saucisse de Toulouse « tiède mais crue » ;
- de la crème chantilly ;
- des anchois, etc.
Dans l’épisode diffusé le 30 septembre 1974, alors qu’il s’est endormi, Casimir rêve que tous les enfants mangent son gloubi-boulga et qu’il ne lui reste plus rien ;
au réveil, il se dit qu’il vaut mieux vivre dans un monde où il est le seul à apprécier cette mixture.
METAHODOS REVIENDRA SUR LE GLOUBI-BOULGA QUI A FAIT SON ENTRÉE DANS LE ROBERT EN 2023
ARTICLE : Impuissance de la politique : la France « en thérapie »
Puisque la rationalité ne fonctionne pas, il faut donc s’en remettre au premier de ses adversaires : l’émotion.
Par Arthur Chevallier LE POINT 27/02/2024
Et si, aux solutions, la France préférait désormais les discussions ? C’est le lot des peuples convaincus, à tort ou à raison, de la stérilité de l’action publique. Ils votent avec application, conscience, votent encore, votent toujours, se désespèrent. L’impuissance de la politique conduit naturellement à une explosion de la psychologie. La méthode peut être intéressante, voire passionnante, mais elle mène rarement à des solutions et se termine, en général, par des décisions radicales, des révolutions, par exemple .
La saturation des finances publiques au XVIIIe siècle et les exigences de la monarchie absolue avaient rendu la France ingouvernable. Louis XV et Louis XVI ne manquaient ni de bonne volonté ni de bonnes intentions, mais l’État était devenu difficilement réformable à la suite des dépenses extravagantes de la guerre d’Espagne. Que peut un pilote lorsqu’aucune de ses commandes ne répond ? Des inégalités flagrantes et un modèle social archaïque n’arrangeaient rien.
Pas de fourmis et pas de géants
Cet immobilisme a conduit le pouvoir, à intervalle régulier, à se rendre de plus en plus impopulaire, et la société à progresser autrement que par la politique : en réfléchissant. Les reproches adressés à la monarchie n’étaient pas sans raison, mais certains étaient parfois extravagants. Le roi et sa bande concentraient les haines. La seule façon d’y répondre aurait été de prendre des décisions dont l’impact aurait été immédiat, ce qui est impossible. La politique avance à pas de fourmis, et les pas de géants, que nous constatons a posteriori, s’évaluent à l’échelle des siècles.
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Les écrivains du XVIIIe siècle, que nous croyons avoir été à l’origine de la Révolution française, ont surtout été à l’origine d’eux-mêmes. Voltaire aurait été surpris d’être mêlé au 10 août 1792, et pour s’en convaincre, il suffit de lire les mémoires d’un de ses héritiers, Marmontel, qui a vécu assez longtemps pour voir la Révolution, avec laquelle il entretenait un rapport, disons circonspect.
L’effervescence intellectuelle était le fait d’un contexte économique, politique et social, et non l’inverse. Puisque le roi ne pouvait rien, qu’il était inamovible et que rien ne changeait, il ne restait qu’ à penser, à discuter, à s’indigner . Ce phénomène est remarquable à toutes les époques : les résistants agissent et, souvent, écrivent.
Idioties vieilles de deux siècles
Aujourd’hui, le déclin de notre monde emporte avec lui la foi placée jusqu’ici dans la raison, le pragmatisme, la compétence, la modération, bref tout ce qui faisait croire à l’infaillibilité du travail et de l’intelligence, qui, à l’évidence, n’ont pas enrayé la chute du Vieux Continent. Ceux qu’on appelait avant des « professionnels » sont désormais qualifiés de « bureaucrates », entendez : feignants, voleurs, privilégiés.
Puisque la rationalité ne fonctionne pas, il faut donc s’en remettre au premier de ses adversaires : l’émotion. Une religiosité incompréhensible, laquelle prospère grâce à des dogmes aussi dangereux qu’insultants pour une civilisation prétendument fondée sur la connaissance.
L’extrême droite ressuscite des idioties vieilles de deux siècles : l’Occident aurait perdu sa virilité – dans quel tiroir ? –, ce qui expliquerait son désir de disparition. Rhétorique vue et revue depuis la Révolution et les écrivains réactionnaires qui ont passé tout leur XIXe siècle à se convaincre de ce que la démocratie serait l’incarnation de la faiblesse et de la décadence . Cette prophétie ne s’est pas réalisée puisque les démocraties ont précisément battu les autocraties lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.
L’extrême gauche voudrait, quant à elle, réparer le monde en le déconstruisant toujours un peu plus, sans comprendre que ce processus ne mène précisément à rien dans la mesure où tout ce qui émane d’un être humain est, par définition, le fruit d’une construction, biologique ou culturelle.
Courage indéniable
Ce gloubi-boulga idéologique aboutit à des attaques contre ce qu’il y a de plus protecteur : le droit. Dont la fonction première est de réguler la communication entre les individus, d’ordonner des rapports désordonnés, de mettre une dose d’harmonie dans le chaos.
Les lois votées par des parlements représentatifs seraient au mieux insuffisantes, au pire injustes. La présomption d’innocence et la charge de la preuve passent désormais après l’indignation. La notion de légitimité s’en trouve contestée. Les manifestations et les grèves représenteraient une légitimité alternative, élégamment qualifiées de « populaire », c’est-à-dire vertueuse, donc autorisée à toutes les injonctions.
L’inefficacité et la déception ne suffisent pas pour révoquer un système fondé sur la volonté du plus grand nombre. Aux élections, l’abstention devrait être préférée à la participation ; mais on réinvente tout, y compris la démocratie, dont le principe était jusqu’ici assez simple : on compte les bulletins à l’intérieur de la boîte, pas ceux à l’extérieur.
À lire aussi : La révolution conservatrice d’Emmanuel Macron
Notre époque serait narcissique et individualiste, peut-être, mais que reste-t-il aux individus désespérés, à part eux-mêmes ? Le comportement du président de la République est d’ailleurs éloquent. Emmanuel Macron, qui avait pour ambition de restaurer le prestige de sa fonction, se retrouve confronté aux limites posées par l’Histoire.Cette contrainte le pousse à revoir à la baisse la dimension jupitérienne de son mandat, à démultiplier les explications, à la télévision bien sûr, mais pas seulement, au centre du mécontentement, les manches retroussées, micro à la main, face à la colère. Son courage est indéniable, sa volonté aussi. Cela suffira-t-il ?