
ÉMISSION – IVG : l’Église peut-elle changer la politique ?
Mardi 5 mars 2024 FRANCE CULTURE
Le Vatican a protesté… sans effet. Le Parlement approuve largement l’entrée de l’IVG dans la Constitution. En France, l’Église a-t-elle encore un poids politique ?
Le communiqué est tombé en pleine réunion du Parlement. Le Congrès, à Versailles. Tous les députés, tous les sénateurs, pour un vote historique : l’entrée de l’IV, dans la Constitution. Et soudain, donc, ce communiqué venu de Rome. Le Vatican dénonce, je cite, « un droit à supprimer une vie humaine ». Les évêques de France, de leur côté, appellent les catholiques « au jeûne et à la prière ».
Jusqu’à la dernière minute, l’Église s’est levée contre cette réforme ; jusqu’au bout, elle a interpellé les politiques. Ultime pression, à quelques minutes du vote. Etonnant ? Non. C’est sa doctrine, et c’est sa méthode, depuis toujours. En particulier dans ce débat sur le droit à l’avortement. L’INA a retrouvé cette appel du cardinal François Marty, l’archevêque de Paris. Nous sommes le 19 janvier 1975, dans l’émission Le Jour du Seigneur. La loi Veil vient d’être promulguée. Le prélat dénonce « une œuvre de mort » et s’adresse « aux catholiques qui participent à quelque degré que ce soit aux décisions du pouvoir politique » : « Ils considèreront comme une de leurs plus graves obligations de travailler avec ténacité à la mise en œuvre d’une véritable politique de la famille« . Les mots sont quasiment les mêmes qu’aujourd’hui. Sur ce sujet, central, la société a changé, les politiques ont évolué. Pas l’Église.
Un décalage complet
Avec quel résultat ? Un décalage complet. Voyez le vote hier au Congrès. 780 parlementaires ont voté pour l’entrée de l’IVG dans la Constitution. 72, seulement, s’y sont opposés. La plupart d’entre eux siègent chez les Républicains ou au Rassemblement national. Ils ont suivi leurs convictions. Hier, au Congrès, il n’y a pas eu de vote catholique, ou alors, très minoritaire.
D’ailleurs, y a-t-il encore un vote catholique en France ? De moins en moins. D’abord parce que les fidèles sont de plus en plus rares. Les pratiquants réguliers – ceux qui vont à la messe au moins une fois par semaine – représentent 2% de la population. Pour qui votent ces pratiquants réguliers ? À la dernière présidentielle, à 25% pour Emmanuel Macron. A 9% seulement, pour Valérie Pécresse. A 21% pour Marine Le Pen. À 16% pour Éric Zemmour. Chez le fondateur de Reconquête, les catholiques ultra-conservateurs sont surreprésentés. Les opposants à l’IVG sont là, souvent. Cette droite-là s’est durcie. Mais il ne faut pas oublier, à côté d’un bloc de droite, des catholiques de gauche. Ils n’ont pas disparu.
Attention aux clichés, aussi. On peut être catholique… et défendre les droits des femmes. Aujourd’hui, comme hier. Rappelez-vous le gaulliste Lucien Neuwirth, le père de la loi sur la contraception, en 1967. Catholique convaincu, homme de droite, il est l’auteur d’une loi majeure pour les femmes.
Le débat sur la fin de vie
Le vote sur l’IVG l’a bien montré hier : malgré les protestations du Vatican, sur un sujet comme celui-là, les élus suivent d’abord l’opinion, son évolution. Ils hésitent parfois. Entre les votes dans les deux chambres et la réunion du Congrès, certains ont changé d’avis, soucieux, aussi, de ne pas apparaître trop décalés, alors que les Français soutiennent cette mesure. L’Église, là, ne donne plus le ton.
Mais sur d’autres sujets de société, elle pèse encore. Regardez le débat sur la fin de vie. Les responsables religieux, et pas seulement catholiques, se battent contre la réforme, contre une légalisation de l’aide active à mourir. Le chef de l’État y est sensible. Que dit Emmanuel Macron ? « Le Pape sait que je ne ferai pas n’importe quoi ». Les décisions arriveront bientôt. L’Église n’a pas dit son dernier mot.
LIEN VERS L’ÉMISSION :