Aller au contenu principal

LA PROMESSE (89) DES GROUPES DE NIVEAUX ABANDONNÉE DANS LA CONFUSION LA PLUS TOTALE ( ET RUSÉE )

La nouvelle ministre de l’Éducation nationale a désavoué le projet de Gabriel Attal et donné des indications – les plus confuses – aux chefs d’établissements.

La rue de Grenelle n’évoque plus de groupes de niveau, mais parle de groupes de besoin. Un changement lexical loin d’être anodin.

« Le principe est celui de l’organisation en groupe de besoins. Par dérogation et pour des périodes limitées, on peut avoir des regroupements en classe entière ».

UNE APPLICATION SOUPLE … JUSQU’À NE RIEN FAIRE ( COMME L’EXIGENT LES ENSEIGNANTS ET LEURS SYNDICATS )

« Concrètement, – lit on dans l’article proposé ci contre – sur le terrain, les chefs d’établissement auront la charge d’appliquer ou non cette réforme. Ils pourront décider de mettre en place des groupes de besoin sur certaines compétences, à certains moments de l’année – ce qui existe dans bon nombre d’établissements. Quant à la taille des groupes, aucune indication sur le nombre d’élèves qui les constitueront. »

1. ARTICLE : Groupes de niveau : rétropédalage du gouvernement

7 mars CAFE PÉDAGOGIQUE

Les élèves de sixième et cinquième seront-ils répartis dans des groupes de niveau à la rentrée prochaine ? « À titre dérogatoire, et sous la responsabilité des chefs d’établissement, il sera possible de préserver des temps d’enseignement en classe entière en français et en mathématiques », indique-t-on au ministère de l’Éducation nationale. Une façon de reculer sans perdre la face pour le gouvernement sur la mesure phare du Premier ministre Gabriel Attal. Autre reculade, et non des moindres, l’appellation de ces groupes. La rue de Grenelle n’évoque plus de groupes de niveau, mais parle de groupes de besoin. Un changement lexical loin d’être anodin.

Cela fait trente jours aujourd’hui, Nicole Belloubet succédait à la ministre aux multiples polémiques Amélie Oudéa-Castéra à la tête du ministère de l’Éducation nationale. C’est aussi aujourd’hui que Nicole Belloubet rencontrait toutes les organisations syndicales siégeant au conseil social d’administration pour faire le point sur le plan du « Choc des savoirs ».

« Quand la ministre est arrivée, certains travaux étaient déjà bien engagés tels que la refonte de certains programmes, la labélisation des manuels… » explique-t-on au ministère. « D’autres chantiers des mesures du choc des savoirs étaient programmés et sur le point d’être mis en œuvre. C’est le cas des groupes de besoin ». Et si la ministre a mis du temps à se positionner, c’est parce qu’elle souhaitait « recueillir et confronter les différents points de vue – syndicats enseignants, direction, parents, recteurs… » assure-t-on. « Elle s’est aussi saisie de toutes les occasions pour échanger avec les acteurs de terrain, pour recueillir leur questionnement, pour identifier les éléments qui rendent la mise en œuvre délicate ». Et si la mesure emblématique des groupes de niveau était au centre des principales « interrogations et craintes », « tout le monde partage la même préoccupation face aux résultats et à la difficulté de gestion de l’hétérogénéité en classe ».

Des dérogations possibles pour enseigner en groupe classe

Si on assure au ministère que l’ensemble des mesures du  « Choc des savoirs » sera appliqué, la ministre laisse finalement les chefs d’établissements se dépatouiller. Elle souhaite que les équipes pédagogiques, supervisées par les chefs d’établissement réfléchissent à la manière d’organiser au mieux ces groupes dans leur établissement. « Ce qui est essentiel, c’est que les élèves puissent travailler en groupe toute l’année », affirme-t-on tout en indiquant qu’à titre dérogatoire et sous contrôle de l’inspection générale, des temps en classe entière seront possibles. « Les textes à paraître n’indiqueront pas de limitation de ces temps de travail en classe entière », assure-t-on dans l’entourage de la ministre. « Le principe est celui de l’organisation en groupe de besoins. Par dérogation et pour des périodes limitées, on peut avoir des regroupements en classe entière ».

Concrètement, sur le terrain, les chefs d’établissement auront la charge d’appliquer ou non cette réforme. Ils pourront décider de mettre en place des groupes de besoin sur certaines compétences, à certains moments de l’année – ce qui existe dans bon nombre d’établissements. Quant à la taille des groupes, aucune indication sur le nombre d’élèves qui les constitueront.

« Les groupes de besoins seront constitués en fonction des compétences à atteindre. Il n’y aura donc pas d’assignation à un groupe faible ou fort. Un élève qui rencontre des difficultés en géométrie sera donc un groupe adapté à ses besoins en géométrie. Et s’il est bon en numération, il sera dans un groupe adapté là aussi. Ces groupes, qui brasseront plusieurs classes, permettent de personnaliser pédagogiquement les approches ». C’est l’usine à gaz qui s’annonce pour les équipes, et surtout pour les chefs d’établissement. On imagine mal la mise en œuvre avec une telle personnalisation hors de la classe. Si un élève est bon en lecture, mauvais en grammaire et en production d’écrits, cela suppose combien de groupes différents ?

Quant à l’enseignement privé sous contrat qui avait indiqué qu’il ne pourrait pas mettre en place ces groupes de niveau, au ministère, on tempère. « Le secrétariat général de l’enseignement catholique ne s’est pas exprimé sur un refus de leur mise en œuvre, il a simplement attiré notre attention sur la difficulté à les mettre en œuvre ». « La ministre a exprimé très nettement sa volonté de voir appliquer cette nouvelle organisation dans l’enseignement privé sous contrat au même titre que l’enseignement public », assure-t-on.

Réactions syndicales

« Les groupes de niveaux disparaissent des textes, ils ne se mettront donc pas en œuvre à la prochaine rentrée, c’est un recul de la ministre à mettre au crédit de la mobilisation des personnels », se réjouit Sophie Vénétitay du Snes-FSU. « Il reste encore beaucoup de flou dans l’organisation, ce qui est annoncé – groupes sur tout l’horaire et à certains moments, il faudra vite des éclaircissements pour que les groupes se fassent bien dans l’intérêt des élèves et des personnels ». « Mais le gouvernement n’entend pas toucher au cadre général du choc des savoirs, alors même qu’il est massivement rejeté par les personnels, car il est le symbole de cette école passéiste et conservatrice », dénonce la secrétaire générale.

Au SE-Unsa, on ne crie pas victoire trop vite, même si le syndicat se dit très “satisfait de la suppression de la notion de niveau et donc du tri social des élèves”. “C’était très important pour nous. La profession, largement mobilisée contre ce dispositif – y compris à travers notre pétition NON au choc des savoirs – a fait infléchir le ministère », nous dit Élisabeth Allan-Moreno. “Pour autant, nous sommes en attente de précisions supplémentaires. Nous avons besoin que les textes à paraître nous donnent une souplesse réelle et de la confiance aux équipes pour organiser les groupes et les temps de retour en classes de référence. Nous avons aussi besoin de consignes rapides et claires, mais non contraignantes et que des temps soient dégagés pour préparer la rentrée ». La secrétaire générale fait aussi le lien entre l’abandon de ces groupes et l’austérité budgétaire annoncée par Bercy.”Il ne faut pas négliger le poids de l’insuffisance des moyens alloués dans ce rétropédalage“, souligne-t-elle. « Tout comme il ne faut pas imaginer une seconde une réorientation de la politique éducative macronienne ».

La ministre a annoncé la disparition de la notion de niveau de l’arrêté présenté au CSE du 8 février et rejeté à l’unanimité. C’est une première victoire pour les personnels fortement mobilisés contre le tri social de leurs élèves” écrit la CGT Éduc’Action dans un communiqué. “La nouvelle version du texte n’a pas été communiquée aux organisations syndicales, mais elle semblerait, de façon alambiquée, ouvrir la voie à une remise en cause de l’obligation d’organiser l’intégralité des heures en groupes dans les deux disciplines”. “Le nouvel arrêté et les consignes ministérielles de mise en œuvre ne doivent pas instituer une usine à gaz qui serait inepte sur le plan pédagogique et dégraderait les conditions de travail des personnels. De même, cet arrêté ne doit pas conduire les établissements, pour son application, à devoir abandonner dédoublements en langues ou sciences, projets pédagogiques ou options” ajoute le syndicat qui demande l’abandon pur et simple du Choc des Savoirs.

.

La dérogation à la règle, on le sait, devient facilement la règle. Le cas de la semaine à 4 jours et demi dans le premier degré est assez révélateur de ce que signifie la dérogation dans un contexte d’opposition de la communauté éducative à une réforme. Très rapidement, l’exception est devenue la règle dans le cadre de la réforme des rythmes. La très grande majorité des communes a fait une demande de dérogation et fonctionne aujourd’hui sur quatre jours.

La nouvelle ministre de l’Éducation nationale a finalement désavoué le projet de Gabriel Attal. Une victoire à mettre sur le compte de la mobilisation des communautés éducatives – enseignant·es, chef·fes d’établissement, vie scolaire, parents, élus… Et de la réalité du budget de l’Éducation nationale…

2. ARTICLE : Nicole Belloubet détaille la mise en place des groupes de niveau (et il y a une différence avec Gabriel Attal)

La ministre de l’Éducation nationale introduit de la « souplesse » dans cette réforme initiale et contestée de Gabriel Attal.

Par Le HuffPost FRANCOIS NASCIMBENI

Nicole Belloubet, ici lors d’une visite à l’école secondaire Robert Schuman de Reims, le 12 février 2024.

POLITIQUE – Cette réforme avait suscité beaucoup d’opposition. Nicole Belloubet a annoncé ce jeudi 7 mars un assouplissement dans la mise en place de groupes de niveau en français et en mathématiques l’an prochain au collège.

La ministre de l’Éducation nationale, qui a succédé le 8 février à Amélie Oudéa-Castéra, réaffirme dans un entretien au Monde le principe de « groupes tout au long de l’année scolaire » en français et mathématiques, une mesure prévue dès la rentrée prochaine en 6e et 5e. Mais, ajoute-t-elle, « nous allons introduire une certaine souplesse pour les principaux de collège ».

« Ainsi il appartiendra au chef d’établissement de voir à quels moments dans l’année il faut rassembler les élèves en classe entière, afin de réexaminer la composition des groupes », explique la ministre, qui dit « croire à l’autonomie des établissements et faire confiance aux équipes éducatives ».

Cependant, « la confiance n’exclut pas les responsabilités », tempère-t-elle. « Il y aura un travail avec les corps d’inspection pour voir si ce qui a été imaginé par les équipes répond bien à la commande de la constitution de groupes ».

En réintroduisant l’idée de « moments en classe entière », la ministre assouplit de fait le discours initial de Gabriel Attalalors ministre de l’Éducation, même si elle se défend de toute inflexion.

Une des mesures du « choc des savoirs »

Gabriel Attal avait annoncé en décembre la création de ces groupes de niveau à la rentrée 2024 en 6e et en 5e, et en septembre 2025 en 4e et 3e. C’est l’une des mesures du « choc des savoirs », ensemble de réformes pour élever le niveau des élèves face aux mauvais résultats de la France dans la dernière enquête internationale Pisa.

Mais la création de ces groupes avait suscité la colère des syndicats enseignants, chefs d’établissements et fédérations de parents d’élèves, qui ont pointé un risque de « tri » des élèves et un manque de moyens pour les mettre en place.

Depuis son arrivée, la nouvelle ministre a tenté de déminer ce sujet inflammable. Elle a notamment précisé à plusieurs reprises que ces groupes, qu’elle s’est gardée de qualifier de « groupes de niveau », seraient flexibles et qu’elle « refuserait tout système de tri social ».

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.