Aller au contenu principal

« DE TOUTE FAÇON … JE VAIS DEVOIR ENVOYER DES MECS À ODESSA » : QUELLE RESPONSABILITÉ POUR DES PROPOS DITS PRIVÉS ?

L’ÉLYSÉE PRÉCISE : LE PRÉSIDENT N’A PAS PRONONCÉ CES MOTS PUBLIQUEMENT

« De toute façon, dans l’année qui vient, je vais devoir envoyer des mecs à Odessa »

Ces propos – qui paraissent lapidaires et privés de jugement – sont explosifs tant ils sont légers sur un sujet grave, et tant ils font apparaître un chef d’Etat bien peu soucieux des militaires et des règles constitutionnelles.

« La situation en Ukraine, envahie par les troupes russes depuis deux ans maintenant, se dégrade. La guerre s’enlise. « De toute façon, dans l’année qui vient, je vais devoir envoyer des mecs à Odessa », lâche, d’un air dégagé, le chef de l’Etat devant une poignée d’invités.

« Cinq jours plus tard, le 26 février, Emmanuel Macron répond, depuis la salle des fêtes de l’Elysée, à une question sur un éventuel envoi de troupes occidentales en Ukraine. La conférence internationale sur l’Ukraine, qui rassemble vingt chefs d’Etat et de gouvernement européens, vient de se clore.« En dynamique, rien ne doit être exclu », répond le président, sans hésiter. » EXTRAIT DU MONDE

PREMIÈRE CORRECTION DE LA PAROLE PRÉSIDENTIELLE : « TROUPES AU SOL » VOUDRAIT DIRE « SOUTIEN LOGISTIQUE »

Depuis, l’utilisation du mot « troupe » a fait polémique et a nécessité une clarification de la part de l’exécutif. Le président avait alors précisé qu’il parlait de « personnel militaire » pour venir en soutien logistique aux forces armées ukrainiennes.

Mais les révélations du Monde ont semé le doute : En parlant de « mecs » à Odessa, Emmanuel Macron semble bien parler de soldats français.

NOUVELLE CORRECTION : CE N’EST PAS UNE PAROLE PUBLIQUE

L’Élysée a démenti, les propos rapportés dans Le Monde. Selon Ulysse Gosset, le journaliste de BFMTV, Emmanuel Macron aurait nié avoir tenu ses propos « publiquement ». 

Odessa est la porte d’entrée vers la Transnistrie, cette région moldave convoitée par Vladimir Poutine. Si celle-ci venait à être attaquée, cela pourrait être perçu comme le franchissement d’une « ligne rouge » poussant les alliés à intervenir, selon l’analyste Ulysse Gosset.

Rappelons toutefois que Le Monde raconte en effet que la phrase aurait été prononcée, tard le soir, en petit comité, un verre de whisky à la main, avec des mots assez « lapidaires » et froids. Un détachement qui tranche avec la réelle inquiétude des Français de voir le pays s’engager davantage dans cette guerre contre la Russie.

Les députés Renaissance ont fait voter le 6 mars dernier une proposition de loi visant à contrôler et punir les propos tenus … en privé

Cette proposition de loi émanant de la « majorité » présidentielle est à rapprocher de la position présidentielle consistant à considérer qu’un propos privé n’a pas à être reporté, ni commenté, ni expliqué. Et cela malgré sa gravité ; ou sa légèreté ?

1. LE CERCLE DROIT ET LIBERTÉ PROTESTE CONTRE CETTE PROPOSITION DE LOI :

«La liberté, pour quoi faire ?». De cette question attribuée à Lénine, Georges Bernanos a tiré une conférence prononcée au sortir de la Seconde Guerre mondiale, évoquant la désaffection cynique pour la liberté s’étant emparée de tant de consciences. Un siècle plus tard, ce sont nos «élites» politiques qui pourraient faire leur cette déclaration du leader bolchevik, alors que pas un mois ne passe sans qu’une nouvelle restriction à la liberté d’opinion ne vienne parfaire notre arsenal législatif.

Après le très commenté arrêt CNews-Reporters sans frontières du Conseil d’État de février dernier, ce sont désormais nos députés qui viennent illustrer leur désamour de la libre opinion en votant le 6 mars dernier en première lecture une proposition de loi visant à contrôler et punir les propos que vous pourriez tenir… en privé. Voyez plutôt : l’injure et la provocation non publiques à la discrimination ou à la haine en raison notamment de la race, du sexe, de l’orientation sexuelle ou encore du genre, pourraient bientôt constituer un délit puni d’une amende de 3 750 euros. (…)

Rappelez-vous que durant la période du Covid-19, l’État vous imposait de ne pas «être plus de six personnes à table». Désormais la teneur même des discussions que vous tiendrez avec vos invités va-t-elle passer entre ses fourches caudines? Gare à vous si vous froissez un convive lors d’un débat politique après avoir un peu trop forcé sur le chablis à l’apéritif. Pas un mot plus haut que l’autre ! Tout adulte normalement constitué qui aurait été choqué ou insulté est libre de ne plus remettre les pieds chez vous. Mais la période est à l’hygiénisme, aussi bien physique que mental, dans notre grand hospice occidental. L’objectif de pacification des mœurs affiché par les députés peut paraître louable mais est-ce bien là le rôle de l’État de venir pénaliser nos colères et nos emportements ? (…)

2. ARTICLE Répression des propos tenus en privé: «Pourquoi les députés devraient (re)lire Hannah Arendt»

Par Thibault Mercier LE FIGARO 14 03 24

Une proposition de loi, votée en première lecture à l’Assemblée nationale, entend réprimer les propos à caractère discriminatoire tenus en privé. L’abolition de la frontière entre public et privé qui en découlerait inquiétait déjà Hannah Arendt, rappelle l’avocat Thibault Mercier, Président du Cercle Droit & Liberté, avocat et essayiste


«La liberté, pour quoi faire ?». De cette question attribuée à Lénine, Georges Bernanos a tiré une conférence prononcée au sortir de la Seconde Guerre mondiale, évoquant la désaffection cynique pour la liberté s’étant emparée de tant de consciences. Un siècle plus tard, ce sont nos «élites» politiques qui pourraient faire leur cette déclaration du leader bolchevik, alors que pas un mois ne passe sans qu’une nouvelle restriction à la liberté d’opinion ne vienne parfaire notre arsenal législatif.

Après le très commenté arrêt CNews-Reporters sans frontières du Conseil d’État de février dernier, ce sont désormais nos députés qui viennent illustrer leur désamour de la libre opinion en votant le 6 mars dernier en première lecture une proposition de loi visant à contrôler et punir les propos que vous pourriez tenir… en privé. Voyez plutôt : l’injure et la provocation non publiques à la discrimination ou à la haine en raison notamment de la race, du sexe, de l’orientation sexuelle ou encore du genre, pourraient bientôt constituer un délit puni d’une amende de 3 750 euros. Et ceci afin de «préserver notre pacte républicain et protéger nos concitoyens» peut-on lire dans l’exposé des motifs de la proposition.

Non content de contrôler – drastiquement – la parole publique, l’État viendra désormais jusque dans votre foyer pour s’assurer qu’aucun mot ne puisse porter atteinte à la légalité républicaine. «La sanction pénale doit être garantie et systématique», écrivent encore les députés à l’origine de la proposition. Il faut relire Philippe Muray et ses fulgurances sur «l’envie du pénal» et la psychose maniaco-législative moderne qui veut que chaque espace de liberté d’où le droit est absent soit un vide juridique à combler par des lois et règlements…

Après les dérives du mouvement #MeToo, ce ne sera bientôt plus le retrait du consentement post coïtum qui pourrait vous mener au poste de police mais bien les propos tenus sur l’oreiller…Thibault Mercier

Rappelez-vous que durant la période du Covid-19, l’État vous imposait de ne pas «être plus de six personnes à table». Désormais la teneur même des discussions que vous tiendrez avec vos invités va-t-elle passer entre ses fourches caudines? Gare à vous si vous froissez un convive lors d’un débat politique après avoir un peu trop forcé sur le chablis à l’apéritif. Pas un mot plus haut que l’autre ! Tout adulte normalement constitué qui aurait été choqué ou insultéest libre de ne plus remettre les pieds chez vous. Mais la période est à l’hygiénisme, aussi bien physique que mental, dans notre grand hospice occidental. L’objectif de pacification des mœurs affiché par les députés peut paraître louable mais est-ce bien là le rôle de l’État de venir pénaliser nos colères et nos emportements ?

Et que dire de la «provocation à la haine ou à la discrimination» notamment en raison de l’orientation sexuelle ou du genre. Jessica ira-t-elle dénoncer les propos transphobes de papy René en sortant du prochain dîner de réveillon? On pourrait en rire mais c’est bien grâce à la délation que cette loi pourra être mise en œuvre en pratique. Une fois n’est pas coutume, Orwell s’est trompé en 1948 et il n’y aura pas besoin d’installer de télécran dans chaque maison pour y surveiller ce qui pourrait s’y tramer. La culture de la dénonciation promue par le gouvernement s’en chargera. «Dénoncez-vous les uns les autres» publiait il y a quelques années Benoît Duteurtre, satyre dans laquelle il imaginait un gouvernement faisant promulguer une loi «dénoncer et protéger» pour lutter contre le sexisme. Les propos tenus sur l’oreiller pourront-ils vous mener au poste de police?

Doit-on rappeler l’importance du désaccord et de la divergence d’opinions, privées comme publiques d’ailleurs, outils encore inégalés pour arriver au compromis et à la vérité ? Va-t-on devoir s’entourer dans nos foyers de gens qui ne pensent que comme nous pour éviter toute répression pénale? Cette nouvelle loi illustre à merveille cette logophobie, cette haine de la libre-pensée (encore Muray) qui vient «placer au-dessus de toute tentative de problématisation, dans la sphère du sacro-saint, certaines choses et certains êtres parce que ceux-ci sont considérés comme faisant partie des éléments inviolables du nouveau monde».

À lire aussiBérénice Levet : «Hannah Arendt me fut une école de liberté, de libération»

Quant à l’abolition de la frontière entre public et privé, elle caractérise le totalitarisme, tel que nous le disait Hannah Arendt. Et c’est à se demander si les députés du groupe Renaissance à l’origine de cette proposition de loi connaissent leur littérature politique. La question est bien sûr rhétorique… Dans cette même veine, que dire des «stages de citoyenneté» et autres «stages de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations» que prévoient la loi comme peine complémentaire et qui ressemblent à une véritable entreprise de rééducation citoyenne ?

S’il y a bien une loi à proposer, c’est celle venant créer un «safe space» au sein de nos domiciles afin que l’État ne puisse y pénétrer. C’est donc plutôt un principe d’inviolabilité – immatériel – du domicile que nos députés devraient faire voter plutôt que d’attiser les «braises pénalophiles».

3. Nos conversations privées tomberont-elles bientôt sous le coup de la loi ?

Par Paul Sugy. 13/03/2024 LE FIGARO

Une proposition de loi, votée en première lecture par l’Assemblée nationale, entend réprimer plus durement les propos racistes ou antisémites tenus dans un cadre non public. Le texte est pointé du doigt pour ses dérives liberticides. Que change-t-il réellement ?

L’Assemblée nationale a voté mercredi 6 mars, en première lecture, une proposition de loi «visant à renforcer la réponse pénale contre les infractions à caractère raciste, antisémite ou discriminatoire»Co-écrit par les députés Renaissance Mathieu Lefèvre et Caroline Yadan, le texte sera examiné par le Sénat «dans les prochaines semaines», espèrent les auteurs, en vue d’une adoption d’ici la fin de l’année 2024. Les députés RN et LFI se sont abstenus.

La discussion en séance a été marquée par une succession de débats houleux et d’invectives, d’un bord à l’autre de l’hémicycle – dont le paroxysme a peut-être été atteint lorsque Éric Dupond-Moretti, mis en cause par le député RN Julien Odoul, a mimé le geste de la «quenelle» tout en accusant le parti de Marine Le Pen d’être héritier des Waffen-SS.

Mais davantage que ce grand moment de vie parlementaire, peu susceptible de marquer l’histoire par la hauteur et l’éloquence des interventions, c’est désormais le fond du texte qui suscite l’attention …

…/…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.