
ÉMISSION : Bruno Doucey, éditeur : « Un poète ne s’explique jamais, sinon c’est un imposteur »
Jeudi 14 mars 2024 FRANCE CULTURE
Nul besoin d’attendre le 20 mars pour voir arriver le printemps, car celui des poètes a déjà commencé. Et c’est dans ce contexte, à la fois lyrique et houleux, que l’éditeur Bruno Doucey a réuni 118 poèmes, 118 variations sur le thème de la grâce dans une anthologie qu’il nous présente aujourd’hui.
Bruno Doucey est poète, écrivain et éditeur, mais il est aussi notre invité pour une quatrième raison. Sans doute celle qui fait le lien entre toutes, la tenue de la 25e édition du Printemps des Poètes du 9 au 25 mars partout en France, événement qu’il soutient et auquel il contribue, et qui n’a pas été sans friction cette année.
Après la nomination de Sylvain Tesson comme parrain, une tribune contre cette nomination, la démission de sa directrice Sophie Nauleau, le Printemps a pourtant bien lieu, et sous le thème de la grâce. Thème auquel Bruno Doucey a consacré une anthologie établie avec Thierry Renard : Grâce… Livre des heures poétiques (Collection Tissages, éditions Bruno Doucey).
Mais que reste-t-il de la grâce dans un tel contexte ? Et d’ailleurs, faut-il vraiment que la poésie et les poètes soient encore gracieux pour en être ?
Rendre grâce à la poésie
En qui concerne la polémique autour du Printemps des poètes, Bruno Doucey dit avoir eu l’impression « d’être passé à travers un buisson d’épines« , mais pour autant se dit « un peu ailleurs » : « ces problématiques franco-françaises strictement hexagonales sont un peu exaspérantes, un peu étriquées, un peu pauvres« . Son attention est davantage tournée vers la poésie qui s’écrit malgré les conflits, que ce soit en Ukraine ou en Afghanistan, et qu’il édite et publie.
Pour autant, il affirme haut et fort l’importance du Printemps des poètes : « je pense qu’il faut sortir la poésie du laboratoire dans lequel elle s’est un peu enfermée, il faut la sortir des bibliothèques et la rendre à la rue« .
« Ecrire est la plus grande liberté qui soit donnée à l’Homme »
« Avant d’écrire, je suis le volcan, quand j’écris, je suis plutôt le bateau qui remonte le fleuve, et une fois que c’est écrit et publié, je suis le vent, qui emmène le pollen des fleurs pour polliniser le monde. »
Et la spécificité de l’écriture poétique, selon Bruno Doucey, tient au fait qu’elle ouvre une « espace offert à la liberté d’interprétation d’autrui« , car le poème ne doit pas être expliqué ou explicité selon lui.
Pour autant, sa passion pour la poésie ne l’empêche pas d’écrire des romans : Bruno Doucey nous présente aussi Indomptables, paru début mars aux éditions Emmanuelle Collas. Dans ce texte, ce « voyageur plus solidaire que solitaire » part à la rencontre de trois personnages aux destins mêlés pour « essayer d’atteindre une vérité au cœur de la fiction« .
LIEN VERS L’ÉMISSION
Extraits sonores :
- La non-demande en mariage, chanson de Georges Brassens
- Archive de Pierre Seghers du 5 décembre 1979 dans « Esquisses et portraits » sur RFI
- Archive de Vitali Klitschko du 16 février 2023, « Journal de 20H », France 2
- Chanson de fin : Au printemps de Simone Langlois