
PRÉSENTATION : Le Goût de la politique: Un observateur passionné de la Ve République
Pascal Perrineau a toujours eu le goût de la politique. Voici son récit personnel de la Ve République.
Il nous raconte les scènes marquantes du gaullisme, le vent soixante-huitard dans les lycées, l’effervescence des campagnes présidentielles sur les bancs de Sciences Po, les coulisses du PS mitterrandien et ses désillusions sur le socialisme dès 1981.
Pascal Perrineau trouve alors sa vocation : observer, de très près, la vie politique française.
Élection après élection, le chercheur regarde attentivement la carte des scrutins, prête attention aux signaux faibles qui préfigurent l’émergence d’une nouvelle ligne de fracture politique. Le clivage gauche-droite s’estompe, le paysage partisan se réorganise autour de deux pôles, l’un ouvert sur le monde, l’autre figé sur l’idée de nation. Pascal Perrineau livre ses analyses sur les facteurs économiques, géographiques et culturels à l’origine de cette reconfiguration politique.
Face à la désaffection croissante des Français pour la vie politique, l’auteur propose des pistes concrètes pour l’avenir de notre démocratie.
Biographie de l’auteur
Pascal Perrineau est politologue, professeur émérite des Universités à Sciences Po où il a dirigé le Centre de recherches politiques (Cevipof) de 1992 à 2013. Ses recherches portent sur les clivages politiques et l’analyse de l’extrême droite en France et en Europe. Il a rempli les fonctions de garant du Grand Débat national de 2019.
« Le wokisme est tout à fait incapable de penser un bien commun et donc le politique »
TITRE L’OPINION QUI CITE Pascal Perrineau :
« Mon expérience américaine m’a fait prendre conscience de l’urgence qu’il y a à lutter contre la propension du wokisme à prendre le pouvoir académique et culturel, un pouvoir toujours prompt à s’esbaudir devant les turpitudes de ses propres extrémistes »
« Gangrène des sciences sociales par le wokisme : le regard de Pascal Perrineau sur notre République »
TITRE LE FIGARO Par Judith Waintraub. QUI POURSUIT :
Dans Le Goût de la politique, le politologue tente d’expliquer le malaise démocratique dans lequel la France s’enfonce.
Pour la première fois de sa longue carrière de politologue, Pascal Perrineaua écrit un livre où il parle de lui. Mais comme on ne se refait pas à 72 ans, Le Goût de la politique est aussi une tentative d’explication du malaise démocratique dans lequel la France s’enfonce depuis les années Mitterrand. L’ancien militant socialiste – il a adhéré au PS en 1977 et l’a quitté en 1981, lors de la victoire de la gauche! -, devenu éminent universitaire, ne se console pas de l’évolution à la fois du débat et de la science politiques.
«La chose publique (res publica), écrit-il, vous sort de vous-même et vous fait accéder à autre chose que vos racines privées, qu’elles soient sexuelles, ethniques, sociales, religieuses ou culturelles. Cet arrachement citoyen est une émancipation car il vous affranchit de l’esclavage de vos appartenances et de vos tutelles.» Aujourd’hui, il pense que «l’agrégation des intérêtsparticuliers au sein de coalitions larges est devenuequasiment impossible», en raison de «bouleversements…
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1. ARTICLE : Pascal Perrineau, le goût de la politique
26/03/2024 Christian Silianoff, essayiste politique REFORME
Auteur d’un récent ouvrage où il raconte les 42 ans qu’il a passé à observer les heurs et malheurs de la chose politique en France, Pascal Perrineau plaide aujourd’hui pour une démocratie renouvelée, délibérative et participative.p
Pascal Perrineau, qui arpente les plateaux de télévision depuis quelques décennies, fait désormais partie de cette longue lignée de politologues français réputés, biberonnés par Sciences po, école devenue le symbole, après l’ex ENA, de la formation des élites françaises. On en oublie sa vocation première que son titre originel porte si bien, l’École libre des sciences politiques créée après la guerre de 1870 pour former des “esprits libres” et introduire en France la discipline des études en science politique.
On ignore trop souvent que la multi et inter disciplinarité de Sciences po conduit non seulement aux concours de la haute fonction publique, à des postes de cadres managériaux des grandes entreprises, ou encore au journalisme, mais aussi au travers de Centres de recherche associés, à faire travailler de très nombreux chercheurs en sciences sociales (sociologie, économie, relations internationales, communication…).
Tous issus du Centre de recherches scientifiques de Sciences po (CEVIPOF) , Olivier Duhamel, Alain Duhamel, Roland Cayrol et d’autres figurent aujourd’hui parmi les commentateurs les plus réputés et médiatisés de la vie politique française. Mais l’objet de Pascal Perrineau n’est pas de nous relater par le détail ses 42 ans passés rue saint guillaume. Cédant comme nombre de ses confrères historiens à la tentation de “l’Ego histoire”, il nous raconte dans un style vif et enlevé, à 71 ans, son itinéraire d’enfant de la République devenu chercheur politologue dans son dernier livre Le Goût de la politique, Un observateur passionné de la Ve République aux Éditions Odile Jacob.
« National populisme »
Il nous raconte comment jeune garçon il assiste avec son père à une visite de De Gaulle à Tours, le vent soixante-huitard dans les lycées, l’effervescence des campagnes présidentielles, les coulisses du PS mitterrandien de 1981, seul moment où il sera brièvement “militant”, l’attirance pour l’enseignement… ; bien d’autres expériences et analyses sont relatées dans de courts chapitres éclairants et incisifs. Sur la période plus récente, son expérience de professeur aux Etats unis lui permet d’appréhender le “wokisme” dans sa version théorique mais aussi très concrète et à vrai dire, hallucinante.
Il aime à débusquer nombre de dénis français des milieux universitaires et politiques : déni du passage structurel de l’électorat populaire du PC vers le FN, déni de la montée des thèmes liés à l’immigration, à la sécurité, à l’identité nationale, déni de la réalité idéologique et politique de “l’islamo gauchisme”…
Son apport majeur est connu : il fut le premier à percevoir l’émergence de Jean Marie Le Pen et de son parti, le Front national, dès 1982, et à en analyser finement, au travers de l’observation des cartes électorales (une spécialité que le grand Jules Siegfried lança à la fin du siècle dernier à l’IEP ) et d’enquêtes d’opinion, les comportements, ressorts, motivations, caractéristiques de cette mouvance. Il comprend ainsi, dès l’origine, que le FN n’était plus seulement l’expression d’une vieille extrême droite française mais surtout le symptôme, plus banal, de bien des maux français puis un des représentants d’un mouvement international qualifié de “national populisme” mettant en cause l’historique clivage droite/gauche. Depuis 40 ans, Perrineau a publié pas moins quatre ouvrages de référence sur “l’irrésistible ascension”(?) de ceux qui se présentent comme les premiers des “anti système”. Et a synthétisé plus récemment dans un “Que sais je” de référence la somme des connaissances sur “Le populisme” qui réorganise le paysage partisan autour de deux pôles, l’un ouvert sur le monde, l’autre figé sur l’idée de nation.
« Fatigue démocratique »
Cette approche du terrain, à travers moultes enquêtes qualitatives et quantitatives est au coeur de son travail et des équipes du Cevipof qui délivrent , depuis plusieurs décennies, les études/enquêtes (https://www.cevipof.com/fr/enquetes-et-sondages/) les plus fouillées et averties, considérées comme les meilleures dans leur domaine en raison de leur rigueur méthodologique et de l’expertise des chercheurs sur l’évolution de la vie politique et sociale du pays; elle permet aussi de repérer les “signaux faibles” qui préfigurent l’émergence de nouvelles lignes de fractures politiques et sociétales.
Pascal Perrineau devient aussi un acteur engagé, un chantre de la démocratie participative et délibérative : en 2019, alors que la crise de Gilets jaunes fait rage, il devient le principal « garant » du grand “Débat national” inédit auquel participeront plus plus de 2 millions de citoyens et qui contribuera à la “sortie de crise” par une série de propositions reprises par le pouvoir et dont certaines sont encore dans le débat public aujourd’hui comme la mise en place d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), une dose de proportionnelle, la reconnaissance du vote blanc, etc etc.
Alors que la “fatigue démocratique” gagne du terrain chaque jour, Pascal Perrineau, le “passionné de politique” ne se résigne pas. Il renouvelle la réflexion en proposant des réformes institutionnelles et politiques pour renforcer la démocratie et favoriser la participation des citoyens à la vie politique. Laissons lui, le mot de la fin: “La politique a besoin d’une renaissance car c’est dans l’espace public qu’ une société trouve sa raison d’être et son ciment.(…) La politique a dérivé peu à peu vers les passions tristes (haine, ressentiment, tristesse…). Il est urgent de la ramener vers la rive des passions joyeuses qui sont les seules à pouvoir créer du commun. (…) La joie politique qui n’est que le goût de la chose publique, de la rencontre, de l’Autre.
2. ENTRETIEN. « Le goût des autres » : Pascal Perrineau, une vie dédiée à la politique
Ouest-France Thierry RICHARD 05/04/2024
Pascal Perrineau a été militant avant de devenir chercheur. Dans un ouvrage très personnel, « Le goût de la politique » (Odile Jacob, 22,90 €), le politologue le plus célèbre de France raconte comment et pourquoi il a été amené à consacrer une bonne partie de sa vie à la politique.
Pascal Perrineau, politologue, délaisse la sociologie électorale pour raconter dans un livre très personnel, Le goût de la politique, son parcours personnel et son éducation à la politique.
D’où vous est venu le goût de la politique ?
Il est apparu très tôt, je devais avoir 8 ans. C’était une époque très politique : la naissance de la Ve République, la guerre d’Algérie… On en parlait beaucoup autour de la table. Mon père était gaulliste et ma mère de tradition démocrate-chrétienne allemande. Elle avait été allemande comme beaucoup d’Alsaciens-Lorrains pendant la guerre. Les Lorrains n’avaient qu’une envie : redevenir français. J’ai été élevé dans cette culture patriote et républicaine.
Je suis né à Moyeuvre-Grande, en Moselle, où mon grand-père dirigeait l’usine Wendel. Dans les années 1970, j’ai assisté au démembrement de la sidérurgie. Tout a commencé à se dégrader pour arriver à la situation que l’on connaît aujourd’hui, avec des records de pauvreté et de chômage. Ces expériences ont développé chez moi une fibre sociale.
Vous aviez 18 ans en mai 68. Mais vous êtes resté à l’écart du mouvement…
Je ne partageais pas du tout l’engouement de mes camarades de lycée. Pour moi, c’était une crise de fils de bourgeois qui s’insurgeaient avant tout contre la figure paternelle et l’autorité politique. J’avais grandi dans une famille où on écoutait tout le monde, je n’avais pas de compte à régler avec mes parents. Mais je comprenais bien le problème.
C’est-à-dire ?
J’étais d’accord avec l’idée qu’il fallait changer les rapports entre les hommes et les femmes, entre les générations, mais je n’étais pas du tout convaincu par les réponses apportées. Tous mes copains étaient trotskistes, maoïstes ou castristes. Leurs solutions archaïques n’étaient pas adaptées aux angoisses d’une société moderne qui avait besoin qu’un changement culturel suive le changement politique. J’ai plutôt cherché du côté de (Jacques) Chaban-Delmas (gaulliste à la fibre centriste et sociale), avant de me tourner vers le Parti socialiste.
Vous n’y êtes pas resté très longtemps…
J’y suis entré par l’intermédiaire d’un élu du centre de paris, Georges Dayan, un homme exceptionnel, proche de Mitterrand. J’ai commencé à découvrir la politique militante, la politique vue d’en bas, qui consiste à régler les problèmes des gens. J’en garde de très bons souvenirs. Après la mort de Dayan, je n’avais plus de raisons affectives de rester. En 1981, j’ai vu tous ces jeunes socialistes se précipiter dans les administrations et les entreprises publiques avec un appétit indécent. Je me suis retiré sur la pointe des pieds, considérant que la politique militante, pour laquelle je n’ai aucun mépris, n’était pas faite pour moi.
La passion de comprendre plutôt que celle de croire— Pascal Perrineau
Vous dites que vous aviez la passion de comprendre plutôt que celle de croire. La politique est une affaire d’illuminés ?
Je ne dirais pas ça, mais je pense qu’avant de croire il faut s’efforcer de comprendre. Comprendre ne veut pas dire qu’on ne croit plus à certaines valeurs, mais je préfère les croyances enracinées dans des faits que l’on s’est efforcé de comprendre, d’analyser, avec beaucoup de distance, voire de froideur. J’ai …
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