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OPINION DES FRANÇAIS : LE CONCRET DES REJETS, LE FLOU DES SOUHAITS

ARTICLE – «Les Français savent ce qu’ils rejettent mais ne savent pas ce qu’ils veulent », affirme le politologue Pascal Perrineau 

Par Ella Couet. 13/03/2024 TAFIO CLASSIQUE

Pascal Perrineau vient de publier un livre autobiographique intitulé Le goût de la politique (Editions Odile Jacob) dans lequel il raconte les 45 années de sa carrière de politologue. L’ancien directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po et spécialiste de sociologie électorale livre au micro de Radio Classique sa vision du rapport des Français à la politique.

Mardi 12 mars, l’Assemblée nationale a adopté avec une large majorité un accord bilatéral de sécurité entre Paris et Kiev, malgré l’opposition des élus LFI et communistes et l’abstention du RN. Pour Pascal Perrineau, ce vote a « apporté de la clarté là où il pouvait encore y avoir de l’ambiguïté ».

Il estime que les députés du RN et de LFI, qui n’auraient pas, comme les autres, « condamné massivement l’attitude de la Russie envers l’Ukraine », forment « deux pôles de résistance » rêvant de « sortir d’une logique européenne ». A quelques mois des élections européennes, ce vote constituerait un signal « clair »reflétant une « distance » des Français « par rapport à la politique étrangère ». « Ils considèrent que les questions qui ont trait à la politique étrangère doivent céder le pas devant les préoccupations nationales »comme l’inflation et l’immigration, assure-t-il.

Le « phénomène Le Pen » se développe depuis les années 1980

Le vote des jeunes électeurs irait d’ailleurs en grande partie pour LFI, indique le chercheur qui note également un « léger mouvement de mobilisation des jeunes français vers Jordan Bardella ». Pas sûr cependant que les jeunes, « catégorie la plus abstentionniste », se mobilisent davantage que d’habitude malgré des « attitudes plutôt favorables à la construction européenne »« Le renouvellement générationnel ne veut pas forcément dire le renouvellement politique », tempère-t-il. « On peut être jeune et parler comme un vieux, ou un très vieux ».

Pascal Perrineau analyse dans son récent livre la popularité croissante du parti de Marine Le Pen. Derrière ce « phénomène Le Pen » qui a « commencé lentement dans la société des années 1980 et qui n’a cessé de se développer depuis », se cacherait pour le politologue un « malaise extrêmement profond de la nation française par rapport à l’ouverture du monde ».

Les Français sont perpétuellement déçus

S’il reconnaît le caractère inquiétant de ce contexte politique, il réfute la comparaison avec la France des années 1930. Les « tensions inflationnistes » à l’œuvre aujourd’hui n’auraient « rien à voir » avec celles qui ont suivi la crise de 1929 et la guerre, bien que « présente », serait contenue par l’Union européenne et l’OTAN qui « fonctionnent de manière satisfaisante »« Dans les années 1930, on avait véritablement l’impression qu’un monde se défaisait », explique-t-il, préférant parler aujourd’hui d’un « monde qui se recompose ».

Les Français « savent très bien ce qu’ils rejettent mais pas très bien ce qu’ils veulent », soutient Pascal Perrineau, dénonçant le passage « d’une politisation positive à une politisation négative ». S’ils « restent intéressés par l’objet politique », les Français seraient aussi habités par une « vieille passion révolutionnaire » et l’illusion que la politique « peut changer radicalement les choses », ce qui expliquerait qu’ils soient « perpétuellement déçus ».

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Dans la conception de Pascal Perrineau, elle ne saurait changer qu’« aux marges » et est assimilable à un « mécanisme horloger extrêmement délicat qu’il faut manier avec précaution ».

Ella Couet

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