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MIEUX ÉCOUTER LES INTELLECTUELS AVEC METAHODOS : Bernard-Henri Lévy et la « Solitude d’Israël »

NOUS VOUS PROPOSONS 4 SÉQUENCES RELATIVES À L’OUVRAGE « SOLITUDE D’ISRAËL »

1. ARTICLE – « Solitude d’Israël », de Bernard-Henri Lévy : la chronique « essai » de Roger-Pol Droit

Roger-Pol Droit LE MONDE

On croit connaître Bernard- Henri Lévy. Entre écriture, édition, films et politique, sans oublier théâtre, glamour et polémiques, la figure de « BHL », depuis plus d’un demi-siècle, passe d’éditoriaux en plateaux de télévision, et de romans en essais, suscitant déférence ou indifférence, aversion ou sympathie. Derrière ce tourbillon aux facettes multiples, on n’a pas assez ­remarqué qu’une seule vraie constante fonde ses combats éthiques et politiques : Israël – nom d’un peuple, d’un destin et, depuis 1948, d’un Etat.

On ne pourra plus l’ignorer après avoir lu Solitude d’Israël, ­livre vibrant, tendu, fiévreux, qui fait front, avec courage et fierté, à la tempête en cours, et restera certainement comme un temps fort de son parcours. Car ce texte de résistance sonne juste et vrai, en raison de ce qui le porte et l’anime de bout en bout : la fidélité profonde envers le peuple juif, son histoire et ses valeurs. L’écrivain n’a cessé de la proclamer, depuis Le Testament de Dieu (Grasset, comme la plupart de ses ­livres, 1979) jusqu’à L’Empire et les cinq rois (2018), en passant par L’Esprit du judaïsme (2016). Mais, cette fois, face aux périls et à la haine, son engagement et sa ferveur redoublent d’intensité….

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2. BONNES FEUILLES – Bernard-Henri Lévy: «Pas une terre, sur cette planète, qui soit un abri pour les Juifs, voilà ce qu’énonce le 7 octobre»

Par Alexandre Devecchio. 19/03/2024 LE FIGARO

Dans son nouvel essai, dont Le Figaro dévoile les bonnes feuilles, le philosophe fait l’anatomie de la tragédie du 7 octobre. Plus qu’un nouvel épisode sanglant du conflit israélo-arabe, il y voit un pogrom sans précédent depuis la Shoah.

Ce n’est pas la première fois qu’Israël est contraint à la guerre. Mais est-ce l’effet de stupeur créé par le scénario nouveau ? Le nombre des morts ? Celui des otages, dont la cause, en Israël, est sacrée ? Ou la cuirasse d’invulnérabilité de l’État des Juifs qui s’est brusquement fracturée ? Pour Israël, ce fut un moment de vertige. Et, pour les Juifs du reste du monde, ce fut une plongée dans un abîme inconnu.

Les Juifs de France avaient connu le supplice d’Ilan Halimi. Ils avaient vu le déni de justice qu’avait eu à subir, post mortem, son homonyme Sarah Halimi. La tuerie de Toulouse en 2012, celle de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, en 2015, la mort, en 2018, poignardée à son domicile, de Mireille Knoll, rescapée de la Shoah, avaient révélé cette évidence inconnue des années trente elles-mêmes : la France des droits de l’homme et de Voltaire redevenait un pays où l’on pouvait mourir d’être juif…

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3. ENTRETIEN. Bernard-Henri Lévy : « Il n’y a pas de génocide à Gaza, il n’y a pas de massacre délibéré des populations civiles »

Écrit par Nathalie Layani. FRANCE 3. 04/04/2024

Bernard-Henri Lévy était en visite à Nice ce mardi 2 avril pour une soirée de solidarité avec Israël. À l’occasion de la sortie de son dernier essai, « Solitude d’Israël », le philosophe français a répondu à nos questions.

Six mois après l’attaque terroriste du Hamas, la voix d’Israël est-elle encore audible dans un concert de nations appelant au cessez-le-feu ? Le bilan humain à Gaza est dramatique. Difficile de se fier aux seuls chiffres fournis par le ministère de la santé du Hamas, qui fait état de près de 33 000 morts, certains considérant même qu’ils sont sous-estimés.

Mais l’accusasion « d’actes de génocide » par la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, et la reconnaissance par Tsahal d’une « grave erreur » après une frappe ayant entrainé la mort de sept humanitaires a ravivé les tensions. La position, de plus en plus en isolée, d’Israël, est-elle encore tenable? Comment analyser les soubresauts de ce conflit dans notre propre région ? Rencontre avec Bernard-Henri Lévy, auteur de « Solitude d’Israël » (éditions Grasset)

Israël n’a jamais été aussi seul, dans sa détermination à mener une guerre contre le Hamas quoi qu’il en coûte. Même les États-Unis, en s’abstenant, ont permis le vote d’une résolution de l’ONU appelant au cessez-le-feu. Est-ce que cette position d’Israël est encore tenable, voire défendable ?

Bernard-Henri Lévy : « D’abord ce n’est pas « quoi qu’il en coûte ». Israël n’a jamais dit « quoi qu’il en coûte », et comme vous le savez, Israël fait tout ce qu’il peut pour qu’il y ait le moins possible de victimes civiles. Il n’y a pas de génocide à Gaza, il n’y a pas de massacre délibéré des populations civiles à Gaza, tout cela est faux. Après, il y a en effet la volonté que ça ne recommence pas, la volonté que le 7 octobre avec ses horreurs ne se reproduise pas, et pour cela bien sût il fallait riposter à l’attaque du Hamas. »

Est-ce qu’Israël peut continuer d’avoir raison seule, selon vous, contre tous ?

Bernard-Henri Lévy : « Écoutez, c’est déplorable qu’Israël ait raison seul contre tous, parce qu’Israël mène là un combat qui devrait être celui de toutes les nations libres, de toutes les démocraties. Israël est un petit pays en première ligne, contre la forme la plus brutale de l’islamisme radical, c’est-à-dire le Hamas et l’Iran. Donc bien sûr que cette solitude, c’est ça mon sujet : cette solitude est horrible, elle est pitoyable et elle ne plaide pas pour le concert des nations et les Nations-Unies. »

Certains vous diraient aujourd’hui que ce sont les Gazaouis qui se sentent seuls…

Bernard-Henri Lévy : « Bien sûr. Et chacune de ces victimes est évidemment bouleversante, mais pourquoi ? Qui les expose ? Qui a décidé d’en faire une arme ? Qui a dit que le sang des Palestiniens était l’arme principale pour faire plier ? C’est le Hamas. Celui-ci est comptable, responsable, de chacun de ces civils morts ou déplacés. Il y a une manière pour que cette guerre s’arrête, demain matin, dans une heure : la libération des otages et que le Hamas rende les armes : là, c’est fini à la minute même. »

Dans votre livre, vous revenez à l’origine du conflit : cette journée de massacre par le Hamas, le 7 octobre 2023 : plus de 1200 morts, près de 250 otages. Vous dites que c’est un événement historique, en cela qu’il était imprévisible. On aurait pu voir mais on n’a pas voulu voir. Est-ce que ça exonère pour autant les services de renseignement et le gouvernement israélien, est-ce qu’ils ont malgré tout failli selon vous ?

Bernard-Henri Lévy : « Bien sûr que non : un gouvernement est en charge du bien-être et de la sécurité de son peuple, bien sûr qu’il y a une faute, mais on n’en est plus là aujourd’hui : pour l’instant moi je pense à ces otages dont on ne sait même pas s’ils sont vivants ou pas, pour l’instant je pense à ces femmes violées dont on met en doute la parole, et je pense qu’il faut que cette guerre s’arrête avec la défaite du Hamas. »

Retour sur 3 images 

Revenons en images sur la manière dont le conflit israélo-palestinien a résonné chez nous. Première image : le drapeau israélien sur le fronton de la mairie de Nice. 

Le drapeau Israélien est sur le fronton de la mairie de Nice depuis le 7 octobre 2023.

Le drapeau Israélien est sur le fronton de la mairie de Nice depuis le 7 octobre 2023. • © Anne Le Hars FTV

Ça a suscité la polémique. Geste de soutien ou geste de division selon vous ?

Bernard-Henri Lévy : « C’est un geste d’affirmation démocratique, c’est un geste de solidarité élémentaire. Quand la coalition internationale est allée détruire l’État islamique à Mossoul et à Raqqa, quand avant cela elle est allée détruire ou combattre Al-Qaïda en Afghanistan, tout le monde était d’accord, tout le monde était derrière la France et derrière les États-Unis. Aujourd’hui toutes les nations libres ou éprises de liberté devraient être derrière Israël, qui n’est pas infaillible bien sûr, mais sur le principe…

Et je trouve ce geste, d’avoir mis ce drapeau au fronton de la mairie de Nice, je ne le savais pas, c’est un beau geste, courageux et noble.BHL.

Deuxième image : les manifestations de soutien aux Palestiniens et les appels au cessez-le-feu. Chez nous, elles ont été presque systématiquement interdites par le Préfet, qui lui-même a été systématiquement débouté par le Tribunal administratif. 

Manifestation de soutien au peuple palestinien à Nice

Manifestation de soutien au peuple palestinien à Nice • © FTV

La justice a autorisé ces manifestations. L’État a-t-il eu tort de vouloir les interdire ?

Bernard-Henri Lévy : « il y a deux choses différentes : des manifestations de soutien au peuple palestinien – j’ai milité depuis 40 ans pour la solution des deux États – c’est-à-dire les droits des Palestiniens. Mais si ça devient des manifestations pro-Hamas, si ça devient des manifestations où l’on scande « de la mer au Jourdain un seul État », ça, c’est autre chose. Ça, ce sont des manifestations de soutien au terrorisme, donc je crois que les manifestations que l’État souhaite interdire, c’est le plus souvent des manifestations qui dégénèrent de leur but légitime, qui est le soutien à une cause, à un but illégitime qui est l’apologie du terrorisme. »

Troisième image : un rassemblement contre l’antisémitisme, en présence d’élus d’extrême droite, et notamment de Philippe Vardon, ancien membre du Bloc identitaire, aujourd’hui représentant de Reconquête.

Philippe Vardon au rassemblement contre l'antisémitisme à Nice le 12 novembre 2023.

Philippe Vardon au rassemblement contre l’antisémitisme à Nice le 12 novembre 2023. • © FTV

Vous parlez dans votre livre de ce soutien venu de l’extrême droite. Aussi seuls que les défenseurs d’Israël puissent se sentir – c’est la thèse de votre livre – doivent-ils accepter cette main tendue selon vous ?

Bernard-Henri Lévy : « On ne refuse jamais une main tendue, mais on peut s’en méfier. Moi, je me méfie dans la vie et en politique du soutien des faux amis : des amis de circonstance, des amis qui sont vos amis parce qu’ils détestent encore plus quelqu’un d’autre, cela, je crois qu’il faut accueillir leur amitié et leur soutien avec beaucoup de circonspection, je pense ça très profondément. Et l’extrême droite qui nous dit qu’elle s’est convertie, qu’elle était antisémite, qu’elle ne l’est plus, quelle merveille si c’est vrai. Mais si c’est vrai : il faut des preuves. 

Ça suppose un travail, ça suppose un travail sur sa propre mémoire, un travail de deuil sur les fautes qu’on a pu commettre ou que votre parti a pu commettre. Est-ce que ce travail a été fait par l’extrême droite française ? J’en doute. »

La solution à deux États : vous l’avez longtemps défendue, est-ce qu’un discours d’équilibre est encore possible. Récemment, lors d’une interview, vous relativisiez l’occupation en Cisjordanie en parlant de seulement « 3 caravanes en haut d’une colline ». Est-ce qu’aujourd’hui, il y a encore des forces de part et d’autre, suffisamment nuancées pour imaginer la paix ensemble ?

Bernard-Henri Lévy : « Je n’ai jamais relativisé les colonies israéliennes. J’ai juste dit que dans un monde idéal, en tout cas dans le monde dont je rêve… Il y a une minorité arabe très forte en Israël, 20% de la population israélienne, ce sont des Arabes palestiniens qui jouissent de tous les droits citoyens. Il serait bon, que dans le futur État palestinien, il y ait aussi des Juifs, je ne vois pas pourquoi il serait JudenRein [« sans Juif » NDLR] . Après, est-ce que cette solution est encore possible ? Je l’espère parce qu’il n’y a pas d’autre alternative que la paix, mais pour cela, il faut en effet que les mauvais bergers du peuple palestinien, ceux qui l’ont mené dans l’impasse, il faut qu’ils perdent, qu’ils libèrent leur peuple de leur effroyable emprise. C’est la condition. »

4. ARTICLE – Bernard-Henri Lévy et le destin d’Israël

Dans son essai « Solitude d’Israël », le philosophe pose une réflexion après les massacres du 7 octobre. Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, rappelle que l’urgence est à la défense d’Israël.

Par Haïm Korsia, grand rabbin de France, membre de l’Institut Publié le 20/03/2024

Bernard-Henri Lévy a toujours le génie de savoir dire ce que nous ressentons sans savoir toujours l’exprimer. Nous en avons l’illustration une fois de plus avec Solitude d’Israël, son essai qui vise à poser une réflexion après les massacres du 7 octobre 2023 en Israël .

Ce fut tout d’abord un choc dans l’âme juive, un pogrom sans précédent depuis la Shoah, car les Israéliens se pensaient à l’abri, en sécurité, dans leur pays, Israël, et ils se retrouvent dans la peau de ce qu’ont vécu les Juifs de la diaspora depuis toujours. Puis ce fut un ébranlement de la conscience universelle et enfin une étape dans la guerre menée contre les démocraties par l’Iran, la Turquie, la Russie, la Chine et l’islamisme sous toutes ses formes violentes.

Et puis, après un souffle si court du soutien, l’opinion s’est retournée et a fait d’Israël l’accusé et les agressions antisémites ont explosé partout dans le monde. Rien ni personne ne sont épargnés, ni les bien-pensants, ni les experts qui commencent à expliquer et parfois à justifier le pogrom du 7 octobre, ni des politiques irresponsables, ni les universités américaines , ni les nôtres. 

Sciences Po se trouve à devoir expliquer pourquoi une étudiante aurait été interdite d’entrer dans un amphialors que la vraie question devrait être pourquoi un amphi est occupé illégalement et devient un lieu, non pas de débat, mais de propagande alors que la veille, dans le cadre du programme Emouna de l’école, se tenait un débat serein sur le même sujet. À Dauphine, au même moment, et parce que le président El Mouhoub Mouhoud est engagé depuis toujours avec une volonté ardente dans la lutte contre l’antisémitisme, un débat a pu être organisé sur le même sujet et tout le monde a pu s’exprimer dans le respect.

Mais tant d’autres lieux réputés être des endroits de savoir, tant de protecteurs des droits de l’homme (sauf des juifs), tant de défenseurs des femmes (sauf les juives) se compromettent car les « juifs sont coupables d’être juifs ». Alors, quitte à être juifs, soyons-le vraiment. Réellement.

Prendre les habitants d’Israël dans les bras

Et c’est la dernière partie du livre de Bernard-Henri Lévy qui est la plus surprenante car il convient qu’il y a une forme de destin d’Israël d’être critiqué, parfois même nié, mais Israël ne doit jamais se renier pour autant. Jamais, sous aucun prétexte et sous toutes les latitudes car la condition de sa survie à toutes les vicissitudes de l’histoire est qu’il soit fidèle à lui-même, à sa vocation, aussi lourde soit-elle.

Avec ses mots, BHL a retrouvé l’idée de la parabole talmudique (Berakhot 61a) du renard et du poisson. « Un renard vit dans une rivière un poisson qui fuyait les pêcheurs. Il lui dit : “Viens sur la terre ferme et je te protégerai.” Le poisson lui rétorqua : “Es-tu vraiment celui dont on dit qu’il est le plus sage des animaux ? Tu es un sot ! Si déjà dans notre élément qu’est l’eau je suis menacé, à plus forte raison si j’en sors !” »

À lire aussi : Pour que s’arrête la guerre à Gaza

Israël doit rester dans sa vocation pour espérer survivre car son objectif est la survie et le seul moyen est de témoigner encore et toujours. Et il ne le fera jamais s’il abdique de ce qu’il est fondamentalement. C’est la grandeur de ce livre de ne pas éluder l’adresse à Israël.

Oui, le moment est à prendre les habitants d’Israël dans nos bras comme le fit symboliquement le président Macron en organisant la seule cérémonie d’hommage aux morts du 7 octobreau monde, oui au monde car, même en Israël, l’urgence des combats les en a empêchés, l’urgence est de manifester notre solidarité envers ce pays martyrisé, envers les otages si vite oubliés, au point que certains osent déchirer leurs visages sur les affiches qui visent pourtant simplement à ne pas les oublier.

L’urgence est à la fraternité, et j’ai pu le mesurer un vendredi à 12 heures place du Trocadéro tant l’émotion de partager de l’espérance et de la confiance faisait du bien à chacun. L’urgence est aussi de libérer les Palestiniens de Gaza écrasés et instrumentalisés sous le joug de leurs oppresseurs terroristes du Hamas . L’urgence n’est pas à la critique inconsidérée d’Israël, mais bien à sa défense, car le bon droit et l’humanité sont de son côté. Bernard-Henri Lévy rappelle d’ailleurs les efforts incroyables qu’aucune armée n’a jamais mis en branle et que Tsahal déploie, contre toute logique de froide efficacité mais afin de préserver son âme, pour éviter autant que possible et plus encore de tuer des civils.

Et c’est fort de cette obsession israélienne pour le respect de la vie et du jus in bello que Bernard-Henri Lévy reprend ses habits de prophète en adjurant Israël de toujours rester fidèle à sa vision de l’humain, à ce qui fait son unicité, non pas parce que cet état serait meilleur que les autres mais parce que son destin est le révélateur de ce que pourraient devenir tous les autres, ou, comme le disent les prophètes de la Bible, « une lumière pour les nations ».

Rappeler Israël à ses devoirs est l’ultime preuve d’amour qu’il pouvait leur manifester et nous devons lire ce livre pour comprendre l’urgence de son exhortation.

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