Aller au contenu principal

ET VOICI LA DÉFENSE EUROPÉENNE INCLUANT L’ARME ATOMIQUE – DOSSIER DÉFENSE ET SOUVERAINETÉ

MACRON AVAIT DÉJÀ ANNONCÉ EN 2019 L’ETABLISSEMENT – NON RÉALISÉ – D’UN TRAITÉ DE DÉFENSE EUROPÉENNE

« Un traité de défense et de sécurité devra définir nos obligations indispensables, en lien avec l’Otan et nos alliés européens : augmentation des dépenses militaires, clause de défense mutuelle rendue opérationnelle, Conseil de sécurité européen associant le Royaume-Uni pour préparer nos décisions collectives. »Emmanuel Macron

L’offensive lancée par la Russie en Ukraine a remis sur la table l’idée d’une Europe de la défense. Si aucun nouveau traité n’a été signé, le Conseil européen  a approuvé,quelques semaines plus tard, un « plan d’action ambitieux pour renforcer la politique de sécurité et de défense de l’UE d’ici à 2030″, surnommé « boussole stratégique ». Un dispositif appelé « Facilité européenne pour la paix » rembourse aussi aux Etats membres le matériel militaire envoyé à Kiev.  En 2023, les dépenses militaires dans l’UE ont atteint la somme record d’environ 270 milliards d’euros, soit 30 milliards de plus qu’en 2022. 

La clause de défense mutuelle, introduite par le traité de Lisbonne en 2007, dispose que « si un pays de l’UE est victime d’une agression armée sur son territoire, les autres pays de l’UE ont l’obligation de lui porter aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir ». Elle a été activée par la France après les attentats de novembre 2015, mais n’a pas été rendue plus « opérationnelle » depuis. Enfin, il n’existe pas de Conseil de sécurité européen qui associerait le Royaume-Uni pour préparer les décisions.  

« Guerre en Ukraine : L’arme nucléaire française au service de la défense européenne ? Macron prêt à « ouvrir le débat » »

TITRAIT 20 Minutes 27/04/2024 QUI POURSUIVAIT

« Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le possible retour de Trump à la Maison-Blanche, l’autonomie de l’Europe en matière de défense est prioritaire selon le président de la République »

DOSSIER DÉFENSE ET SOUVERAINETÉ (GUERRE, RUSSIE, EUROPE, OTAN. SOUVERAINETÉ) – VOIR NOS PUBLICATIONS EN FIN D’ARTICLES

METAHODOS VOUS PROPOSE QUATRE SÉQUENCES :

1. ARTICLE – Emmanuel Macron veut une défense européenne avec l’arme nucléaire, « folie » lui répondent LFI et la droite

2. ARTICLE – «Un chef de l’État français ne devrait pas dire ça» : Macron sous le feu des critiques après ses propos sur la dissuasion nucléaire

3. ARTICLE – Défense européenne : qui possède l’arme nucléaire en Europe ?

4. ARTICLE – Défense européenne et arme nucléaire : Macron, un vrai chef de guerre ?

1. ARTICLE – Emmanuel Macron veut une défense européenne avec l’arme nucléaire, « folie » lui répondent LFI et la droite

Par Jade Toussay 28 04 24 HUFFPOST

Le président de la République veut « ouvrir le débat » sur les moyens d’améliorer la défense européenne, y compris en intégrant l’arme de dissuasion nucléaire de la France.

« Folie »« gravité exceptionnelle »… Le président de la République s’est mis à dos une grande partie des oppositions en se disant prêt, dans la presse régionale, à « ouvrir le débat » d’une défense européenne qui comprendrait aussi l’arme nucléaire – que la France est la seule à posséder dans l’UE depuis le Brexit.

Dans son deuxième discours sur l’Europe à la Sorbonne le 25 avril, le chef de l’État français a plaidé pour bâtir un « concept stratégique » de « défense européenne crédible ». Et pour ce faire, Emmanuel Macron estime que la puissance de dissuasion nucléaire française ne doit pas être exclue. « Être crédible, c’est avoir aussi des missiles de longue portée qui dissuaderaient les Russes. Et il y a l’arme nucléaire : la doctrine française est qu’on peut l’utiliser quand nos intérêts vitaux sont menacés. J’ai déjà dit qu’il y a une dimension européenne dans ces intérêts vitaux, sans les détailler car cette dissuasion concourrait à la crédibilité de la défense européenne », a-t-il précisé dans un entretien avec les journaux du groupe Ebra.

Il souhaite donc « ouvrir ce débat qui doit donc inclure la défense antimissile, les tirs d’armes de longue portée, l’arme nucléaire pour ceux qui l’ont ou qui disposent sur leur sol de l’arme nucléaire américaine. » C’est le cas de l’Italie et de la Belgique. « Mettons tout sur la table et regardons ce qui nous protège véritablement de manière crédible », a déclaré le président en ajoutant que la France garderait « sa spécificité mais est prête à contribuer davantage à la défense du sol européen ».

« Augmenter le risque de conflit nucléaire en Europe »

Si les contours ne sont pas définis – l’Élysée compte présenter son programme lors du Conseil européen post-élections les 27 et 28 juin et rien ne dit que l’UE suivra ce chemin – la sortie du président a provoqué une levée de boucliers sur sa droite.

« Un chef de l’État français ne devrait pas dire ça », s’est emporté François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains. « Cette expression est d’une gravité exceptionnelle, parce que là nous touchons au nerf même de la souveraineté française », a-t-il dit au Grand Rendez-Vous sur Europe1/CNews. « Nous l’avions annoncé, il a nié, il mentait. Emmanuel Macron souhaite bien partager avec l’Union européenne notre dissuasion nucléaire », a aussi réagi Marine Le Pen. Dans le cadre des élections européennes, le RN plaide pour inscrire la dissuasion nucléaire dans la Constitution comme « élément inaliénable » de la souveraineté française.

2. ARTICLE – «Un chef de l’État français ne devrait pas dire ça» : Macron sous le feu des critiques après ses propos sur la dissuasion nucléaire

Par Le Figaro 28 04 24

Dans entretien publié samedi soir par les journaux du groupe Ebra, le chef de l’État a annoncé souhaiter «ouvrir le débat» d’une défense européenne comprenant l’arme nucléaire.

Les oppositions ont vivement dénoncé ce dimanche 28 avril les propos du président Emmanuel Macron, prêt à ouvrir un débat sur une défense européenne qui, outre les armes de longue portée et antimissiles, pourrait comprendre les armes nucléaires.

«Un chef de l’État français ne devrait pas dire ça», s’est emporté François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains (LR) aux élections européennes du 9 juin. «Cette expression est d’une gravité exceptionnelle, parce que là nous touchons au nerf même de la souveraineté française», a-t-il dit au «Grand Rendez-Vous Europe1/CNews/Les Echos», tandis que le Rassemblement national (RN) et, à gauche, la France insoumise (LFI) ont multiplié également les critiques.

Dans un entretien accordé vendredi à de jeunes Européens et publié samedi par les journaux régionaux du groupe Ebra (Est-Bourgogne-Rhône-Alpes), Emmanuel Macron est revenu sur ce thème récurrent et extrêmement sensible de la sécurité européenne. «Je suis pour ouvrir ce débat qui doit donc inclure la défense antimissile, les tirs d’armes de longue portée, l’arme nucléaire pour ceux qui l’ont ou qui disposent sur leur sol de l’arme nucléaire américaine. Mettons tout sur la table et regardons ce qui nous protège véritablement de manière crédible», a-t-il déclaré, ajoutant que la France garderait «sa spécificité mais est prête à contribuer davantage à la défense du sol européen».

Depuis le Brexit et la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, la France est le seul de ses Etats membres à disposer de la dissuasion nucléaire. Le dialogue sur les questions de sécurité se poursuit cependant avec Londres, notamment au sein de la Communauté politique européenne (CPE), un forum nouvellement créé à l’initiative du président français. Lors d’un discours sur l’Europe, jeudi, à la Sorbonne, Emmanuel Macron avait plaidé pour une «Europe puissance» et la constitution d’une Europe de la défense «crédible» au côté de l’Otan et face à la Russie, devenue beaucoup plus menaçante depuis son invasion de l’Ukraine en février 2022.

L’atome «ne se partage pas»

«Ça peut signifier déployer des boucliers antimissiles, mais il faut être sûr qu’ils bloquent tous les missiles et dissuadent de l’utilisation du nucléaire», a expliqué Emmanuel Macron dans son entretien aux journaux du groupe Ebra. «Être crédible, c’est avoir aussi des missiles de longue portée qui dissuaderaient les Russes. Et il y a l’arme nucléaire: la doctrine française est qu’on peut l’utiliser quand nos intérêts vitaux sont menacés. J’ai déjà dit qu’il y a une dimension européenne dans ces intérêts vitaux», a-t-il souligné.

Dans son discours à la Sorbonne, Emmanuel Macron avait déjà abordé cette question de l’arme nucléaire française. «La dissuasion nucléaire est en effet au cœur de la stratégie de défense française. Elle est donc par essence un élément incontournable de la défense du continent européen», avait-il dit, reprenant des aspects d’un discours sur la dissuasion prononcé en février 2020.

Comme la droite, LFI a estimé dimanche, dans un communiqué de son groupe parlementaire, qu’Emmanuel Macron «vient de porter un nouveau coup à la crédibilité de la dissuasion nucléaire française». Celle-ci «ne se partage pas» et «sous couvert de défense du sol européen, Macron veut liquider l’autonomie stratégique française», a critiqué sur X le député LFI Bastien Lachaud, spécialiste des questions de défense.

Le président du MoDem François Bayrou, allié d’Emmanuel Macron, a répondu que les intérêts vitaux de la France et de l’Europe pouvaient parfois se confondre. «Imaginez une menace mortelle contre l’Allemagne. Vous croyez que nous serions à l’abri? Vous croyez que nos intérêts vitaux ne seraient pas engagés par une menace de cet ordre?», s’est-il interrogé sur LCI.

L’eurodéputé RN Thierry Mariani a affirmé, également sur X, que «Macron est en train de devenir un danger national»«Après l’arme nucléaire, suivra le siège permanent de la France au conseil de sécurité de l’ONU qui sera lui aussi bradé à l’Union Européenne», s’est-il insurgé.

Aux antipodes, la tête de liste des Écologistes aux européennes Marie Toussaint, favorable à un «saut fédéral européen», a considéré que cela signifiait le «partage de cette force qu’est l’arme française, donc le nucléaire aussi».

La construction d’une Europe de la défense est depuis très longtemps un objectif de la France, mais elle s’est souvent heurtée aux réticences de ses partenaires qui jugeaient plus sûr le parapluie de l’Otan. L’invasion de l’Ukraine et le possible retour à la Maison-Blanche de Donald Trump ont cependant relancé la pertinence du débat sur une autonomie européenne en matière de défense.

3. ARTICLE – Défense européenne : qui possède l’arme nucléaire en Europe ?

Par Séverine Mermilliod L’EXPRESS. 28/04/2024

Europe. Seuls le Royaume-Uni et la France disposent de l’arme nucléaire en Europe. Des ogives américaines seraient également déployées sur des bases d’Etats membres de l’Otan.

Dans l’Union européenne (UE), la France est le seul pays à disposer de l’arme nucléaire.

« Mettons tout sur la table et regardons ce qui nous protège véritablement de manière crédible », a déclaré Emmanuel Macron dans un entretien avec de jeunes Européens publié samedi 27 avril par les journaux du groupe Ebra. Après un discours sur l’Europe jeudi 25 avril à la Sorbonne, le président français s’est une nouvelle fois dit prêt à « ouvrir le débat » d’une défense européenne qui comprendrait « la défense antimissile, les tirs d’armes de longue portée, l’arme nucléaire pour ceux qui l’ont ou qui disposent sur leur sol de l’arme nucléaire américaine ». Mais qui sont ces pays ?

Des Etats armés et d’autres qui hébergent des armes américaines

La construction d’une Europe de la défense est depuis très longtemps une ambition de la France, mais c’est l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord (Otan), dont sont membres 30 États européens sur 32 (dont 23 de l’Union européenne), qui assure en grande partie cette défense collective. L’invasion de l’Ukraine par la Russie depuis 2022 et le possible retour à la Maison-Blanche de Donald Trump ont relancé le débat sur une autonomie européenne en matière de défense. « Être crédible, c’est avoir aussi des missiles de longue portée qui dissuaderaient les Russes », a ainsi ajouté le chef de l’Etat dans son interview.

LIRE AUSSI : UE : à quoi pourrait ressembler la « force de réaction rapide » européenne ?

Dans l’Union européenne (UE), la France est le seul pays à disposer de l’arme nucléaire. Le Royaume-Uni, sorti de l’UE en 2020, la possède également. Ailleurs en Europe, la Russie dispose quant à elle avec les Etats-Unis de 90 % des armes nucléaires mondiales.

Plusieurs Etats européens (l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas), ainsi que la Turquie, hébergeraient des bombes américaines en tant que membres de l’Otan, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). L’institut estime que l’US Airforce a déployé « une centaine de bombes B61 en dehors des Etats-Unis en vue d’une utilisation potentielle par des avions de combat » exploités par ces membres de l’Otan sur six bases aériennes, bien que les armes restent sous la garde de l’armée de l’air américaine.

Au total en 2023, la France possédait 290 ogives déployées ou stockées, et le Royaume-Uni 225. La Russie, elle, disposait de 4 489 ogives, sans compter les armes retirées en attente de démantèlement.

« Contribuer davantage à la défense du sol européen »

« La dissuasion nucléaire » est « au cœur de la stratégie de défense française. Elle est donc par essence un élément incontournable de la défense du continent européen », avait déclaré Emmanuel Macron lors de son discours à la Sorbonne jeudi 25 avril. Dans l’entretien publié samedi, le chef de l’Etat souligne que « la doctrine française est qu’on peut l’utiliser quand nos intérêts vitaux sont menacés. J’ai déjà dit qu’il y a une dimension européenne dans ces intérêts vitaux, sans les détailler car cette dissuasion concourrait à la crédibilité de la défense européenne ».

LIRE AUSSI : Energie, défense et modèle social : comment résoudre l’équation impossible de l’Europe

Emmanuel Macron ajoute que la France garderait « sa spécificité mais est prête à contribuer davantage à la défense du sol européen ». Des propos qui ont été critiqués dimanche par François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains aux élections européennes du 9 juin, et par le groupe parlementaire de La France insoumise dans un communiqué estimant que le chef de l’Etat « vient de porter un nouveau coup à la crédibilité de la dissuasion nucléaire française ».

4. ARTICLE – Défense européenne et arme nucléaire : Macron, un vrai chef de guerre ?

Par Marc Semo 30.04.2024 CHALLENGES

A la Sorbonne, le président français a ravivé les débats les plus sensibles : la défense européenne et la dissuasion nucléaire. Si, au fond, rien de nouveau dans les propos de Macron, les discussions qu’il souhaite lancer sont plus nécessaires que jamais pour rassurer les autres pays européens. Ces partenaires restent à la fois intéressés et quelque peu méfiants par l’approche tricolore et son chef de guerre, estime notre éditorialiste Marc Semo.

Qui d’autre parmi les dirigeants européens, sinon Emmanuel Macron, aurait pu lancer une telle mise en garde ? « Nous sommes à un moment de bascule et notre Europe est mortelle », a martelé le président français le 25 avril dans son grand discours à la Sorbonne. Il encourageait ses partenaires à « faire des choix maintenant, parce que c’est aujourd’hui que se joue la question de la paix et de la guerre sur notre continent et de notre capacité à assurer notre sécurité ou pas ».

Qui d’autre, sinon lui, pouvait, sept ans après un premier discours à la Sorbonne évoquant la nécessaire « souveraineté européenne », lancer un appel à une « Europe puissance » et relever les défis auxquels elle doit faire face en premier lieu pour sa défense ?

Rendre l’Europe forte

Les périls croissent encore sur ses lisières. La montée en puissance de l’agression russe en Ukraine, les risques d’embrasement au Moyen-Orient menacent toujours plus directement la sécurité d’un continent à la population vieillissante en danger de déclassement par la rivalité sino-américaine et le changement des règles économiques mondiales.

LIRE AUSSIArme nucléaire : pourquoi les oppositions torpillent les propos d’Emmanuel Macron

Le président français n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat comme il l’avait fait en évoquant il y a cinq ans « la mort cérébrale de l’Otan ». Dans son discours à la Sorbonne puis dans une interview publiée deux jours plus tard dans les quotidiens régionaux du groupe Ebra, il affronte les questions clefs. Il expose l’urgence de « faire émerger une défense crédible du continent », fondée à la fois sur « le pilier européen de l’Otan que nous sommes en train de bâtir », mais aussi sur « un cadre de défense européen » notamment en terme industriel.

Il n’hésite pas non plus à évoquer les sujets les plus sensibles comme le nucléaire et la dissuasion dans leur dimension européenne. C’est un vieux débat qu’il avait déjà plusieurs fois abordé mais il prend relief particulier dans le contexte actuel. Sans surprise, ses propos ont suscité de spécieuses polémiques politiciennes.

Le retour de la question nucléaire

Emmanuel Macron veut se poser en chef de guerre pour l’Europe même si son leadership l’est en bonne part par défaut. En effet, il n’y a guère aujourd’hui parmi les chefs d’État et de gouvernement de l’Union un autre dirigeant, notamment dans les grands pays, à même d’évoquer et surtout d’incarner ce que devrait être une « grande stratégie » pour l’Union. Une voie royale est ouverte pour le président français même s’il est affaibli par ses problèmes internes avec une économie en difficulté, une dette qui se creuse, et des résultats qui s’annoncent catastrophiques pour les élections européennes. La liste Renaissance est annoncée en deuxième position, voire peut-être même en troisième position, très largement distancée par celle du Rassemblement national. A cela s’ajoutent parmi nos partenaires les habituelles exaspérations, même si souvent dites en sourdine, sur l’arrogance de Paris qui voit l’Europe comme une grande France.

A l’Est, nombre de capitales continuent de se méfier de ce président français qui a trop longtemps sous estimé la menace russe, pensant encore pendant des mois après le début de l’invasion de l’Ukraine pouvoir traiter avec Poutine avant finalement, il y a un an, de saisir toute l’ampleur de la menace existentielle représentée par les ambitions néoimpériales de Vladimir Poutine.

LIRE AUSSIDerrière le discours sur « l’économie de guerre », ces usines plombées par des réductions de commandes

« Une victoire russe en Ukraine signifierait un jour ou l’autre d’autres guerres provoquées par la Russie en Europe ; mais, même si la Russie devait reculer en Ukraine, elle restera dans une posture agressive. Cela signifie en réalité une Europe plus ou moins en état de siège pour au moins une décennie », relève l’ancien ambassadeur Michel Duclos dans son essai Diplomatie française, aux éditions de L’Observatoire.

Cette évidence parcourt comme un fil rouge le long discours d’Emmanuel Macron qui appelle «à ouvrir un débat » qui doit aussi bien inclure un bouclier antimissile, les tirs d’arme à longue portée mais aussi l’arme nucléaire « pour ceux qui l’ont » comme la France et la Royaume-Uni « ou ceux qui disposent sur leur sol de l’arme nucléaire américaine » comme l’Allemagne, l’Italie, les Pays Bas, la Belgique mais aussi la Turquie en tant que membre de l’Otan.

Dissuasion française

Puissance moyenne mais d’influence mondiale, selon la formule consacrée, la France reste un acteur majeur avec une armée performante malgré sa taille, un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité et l’arme nucléaire. Elle est surtout la seule désormais au sein de l’Union européenne à disposer en toute indépendance d’un arsenal nucléaire de quelque 300 ogives.

« La dissuasion nucléaire est au cœur de la stratégie de défense française et elle est donc par essence un élément incontournable de la défense du vieux continent » a précisé Emmanuel Macron, déchaînant aussitôt les protestations de la droite et de l’extrême droite mais aussi de l’extrême gauche qui l’accuse à l’unisson de brader la tradition gaullienne et de remettre en cause la souveraineté nationale.

LIRE AUSSILa France en « économie de guerre » ? Pourquoi on en est loin

Cette dimension européenne de la dissuasion française n’est pourtant pas nouvelle. La doctrine nucléaire tricolore prévoit le recours à la bombe si les « intérêts vitaux » du pays sont menacés avec un flou assumé sur ce que sont précisément ces intérêts vitaux. Il s’agit de créer l’incertitude chez l’adversaire sur ce qui pourrait déclencher la riposte nucléaire. L’ambiguïté stratégique est au cœur même de la dissuasion. Mais il est tout aussi évident que les « intérêts vitaux » de la France sont directement liés à ses partenaires et alliés de l’Otan aussi bien dans la logique de l’article 5 que de l’UE au titre de l’article 42-7 qui l’un et l’autre stipulent une immédiate et active solidarité avec tout Etat membre attaqué.

Le choix ultime d’appuyer ou non sur le bouton est celui du chef de l’État. Il ne peut déprendre du vote d’un Conseil Européen à 27 ou de la commission défense du Bundestag. Il n’y a pas de partage possible de la décision.

Ce fait d’être la seule puissance nucléaire de l’Union européenne comme de l’Otan à même de décider en toute indépendance, confère à la France « une responsabilité particulière »comme l’avait déjà plusieurs fois rappelé Emmanuel Macron notamment lors de son grand discours sur la dissuasion à l’école de guerre en février 2020. Il cita alors 98 fois l’Europe et seulement 68 fois la France.

Cette dimension européenne des intérêts vitaux de la France fut déjà mise en avant par ses prédécesseurs y compris de Gaule qui, déjà en 1964, assurait que « la France devait se sentir menacée dès que les territoires de l’Allemagne fédérale ou du Benelux seraient violés ». Cela est vrai, ou devrait l’être, aujourd’hui aussi vis-à-vis de la Pologne, de la Lituanie ou de tout autre Etat membre.

Rassurer les Alliés

L’intérêt national n’en demeure pas moins le pivot central d’une doctrine nucléaire française restée sur ce plan plus restrictive que celle des Etats-Unis qui élargissent déjà explicitement leur parapluie atomique à tous les leurs alliés. S’il n’y a donc rien de nouveau dans les propositions du chef de l’État, le débat qu’il souhaite lancer est plus nécessaire que jamais pour rassurer les autres pays européens qui restent à la fois intéressés et quelque peu méfiants.

La dissuasion exercée par une puissance comme la France peut être perçue comme plus crédible que celle d’un protecteur plus lointain parce qu’elle est plus directement concernée. Mais ces capitales ont besoin d’être rassurées sur ce plan. Un pays de première ligne comme la Pologne a exprimé ouvertement sa disponibilité à accueillir sur son sol des armes nucléaires des alliés. Le débat ne fait que commencer et il est destiné à durer à moins qu’une victoire de Donald Trump n’oblige les Européens à décider dans l’urgence.

DOSSIER DÉFENSE ET SOUVERAINETÉ (GUERRE, RUSSIE, EUROPE, OTAN, SOUVERAINETÉ),

VOIR NOS PUBLICATIONS

Et si c’était l’UE, plutôt que l’OTAN, qui entrait en guerre ? Point de vue. https://metahodos.fr/2022/03/09/et-si-cetait-lue-plutot-que-lotan-qui-entrait-en-guerre-point-de-vue/

« DE TOUTE FAÇON … JE VAIS DEVOIR ENVOYER DES MECS À ODESSA » : QUELLE RESPONSABILITÉ POUR DES PROPOS DITS PRIVÉS ? https://metahodos.fr/2024/03/16/repression-des-propos-tenus-en-prive/

DÉFENSE : L’EUROPE, RIEN SANS LES US ?
https://metahodos.fr/2024/03/12/leurope-a-encore-trop-besoin-de-lotan-pour-se-defendre/

UKRAINE : APRÈS L’ÉCHEC DES « TROUPES AU SOL », LA FRANCE INVITE LES ALLIÉS À « NE PAS ÊTRE LÂCHES » – MAJ SUR LES RÉACTIONS. https://metahodos.fr/2024/03/07/ukraine-apres-lechec-des-troupes-au-sol-la-france-invite-ses-allies-a-ne-pas-etre-laches-maj-sur-les-reactions/

LA FRANCE ISOLÉE N’EXCLUT PLUS UNE PRÉSENCE SUR LE FRONT RUSSE – ( LA FRANCE N’EST PAS EN GUERRE ? VRAIMENT ? ). https://metahodos.fr/2024/02/27/la-france-nest-pas-en-guerre-vraiment-2-mises-a-jour/

LA FRANCE N’EST PAS EN GUERRE ? VRAIMENT ://metahodos.fr/2024/02/18/emmanuel-macron-et-volodymyr-zelensky-signent-vendredi…metahodos.fr

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.