
ARTICLE – « Une recrudescence terrifiante » des actes antisémites en France, le gouvernement tire la sonnette d’alarme
Publié le 06/05/2024 20 MINUTES
En France, le nombre d’actes contre la communauté juive a presque quadruplé l’an dernier, avec 1.676 atteintes recensées contre 436 en 2022, selon le ministère de l’Intérieur
« Une recrudescence terrifiante » des actes antisémites en France, le gouvernement tire la sonnette d’alarme
Elle l’avait annoncé fin mars dernier, en réaction à une tribune publiée dans Le Monde. Aurore Bergé, ministre de la lutte contre les discriminations, lance lundi des « assises de lutte contre l’antisémitisme ». « Quand on voit le volume malheureusement des actes antisémites […], c’est toute la société qui doit se réveiller », a-t-elle déclaré sur BFM TV-RMC vendredi, évoquant une « recrudescence terrifiante ».
La ministre réunit ainsi lundi matin à Paris les responsables de plusieurs associations (Licra, SOS Racisme…) et les représentants des six principaux cultes pour plancher sur le sujet. Des témoins ayant été victimes de l’antisémitisme viendront également faire part de leur expérience.
Le nombre d’actes antisémites a presque quadruplé
Il s’agit de « lancer un travail » pour définir « un socle commun de valeurs républicaines », explique-t-on au ministère, afin de « reconnaître l’antisémitisme tel qu’il est et lutter efficacement contre ce fléau ». Des personnalités seront désignées à l’issue de la matinée pour travailler à ce « socle commun ».
Le nombre d’actes antisémites recensés en France a presque quadruplé l’an dernier, à 1.676 contre 436 en 2022, selon l’Intérieur. Le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) déplore une flambée après le 7 octobre, date des attaques sanglantes du Hamas contre Israël.
« On est dans un hiver de l’antisémitisme », a déploré dans un entretien à l’AFP le président du Crif Yonathan Arfi. Selon une enquête de l’Ifop pour l’antenne française de l’American Jewish Committee (AJC) publiée dimanche dans le Parisien, 94 % des Français de confession juive estiment que l’antisémitisme a progressé depuis une dizaine d’années (+21 points par rapport à 2022). Cette même enquête montre que 35 % des 18-24 ans ont le sentiment qu’il est normal de s’en prendre à des juifs en raison de leur soutien à Israël.
Au niveau mondial, la Ligue antidiffamation (ADL), principal groupe de défense des droits des juifs, s’est alarmée dimanche du « niveau sans précédent » d’actes antisémites enregistrés en 2023, la guerre entre le Hamas et Israël alimentant un « incendie qui était déjà hors de contrôle ».
Aucun responsable politique ne sera présent
Aurore Bergé avait annoncé en mars l’organisation de ces assises. Contrairement à ce qui était prévu initialement, aucun responsable politique ne sera présent, « pour éviter d’en faire un sujet politique avant les élections européennes », explique-t-on au ministère.
Les politiques seront conviés à une deuxième session après le scrutin du 9 juin. Les organisateurs espèrent ainsi « dépassionner politiquement le sujet » qui risquait de devenir prétexte « à des postures politiques ».
Depuis le 7 octobre, les représentants de la communauté juive ont régulièrement accusé la France insoumise de nourrir l’antisémitisme. Marine Le Pen s’est, elle, plusieurs fois posée en pourfendeuse des actes antisémites.
Des assises sur fond de mobilisation propalestinienne à l’université
Les assises interviennent également sur fond de mobilisation propalestinienne à l’université, notamment à Sciences po où le militantisme des étudiants est accusé d’alimenter l’antisémitisme sur le campus. Lors des assises de lundi, « on attend évidemment le rappel d’une parole publique forte sur l’antisémitisme », a affirmé Yonathan Arfi.
Recevant le Crif à l’Elysée pour ses 80 ans, Emmanuel Macron avait martelé en mars que l’Etat continuerait à combattre sans relâche l’antisémitisme avec « la même fermeté » et la « même intransigeance ».