
UN GRAND CLASSIQUE DE LA POÉSIE
L’anthologie de GEORGES POMPIDOU est devenue un classique de la poésie.
Plus récemment une anthologie mérite notre attention :
Dans son Anthologie de la poésie française (Calmann-Lévy, 2022), Philippe Torreton
propose un nouveau voyage dans la poésie à travers les siècles. « Chaque poème correspond à un état de conscience de celui qui va le lire et qui va le dire » explique le comédien pour qui « l’acte final de la poésie, c’est la ‘voix-hôte’, c’est le poème incarné par une voix et adressé à quelqu’un. »
Dans l’introduction de son ouvrage, Philippe Torreton écrit vouloir « que le plus de gens possible se mettent à la poésie et n’insistent pas lorsqu’une écriture leur semble difficile » et, dans cette perspective, son anthologie permet de bâtir des ponts « entre des textes très différents, plus ou moins accessibles. »
ARTICLE – La poésie de Georges Pompidou
Henri Quantin – publié le 24/04/24 ALETEIA
Du président Pompidou, mort il y a cinquante ans, reste une œuvre singulière qui n’a pas vieilli : son « Anthologie de la poésie française ». De cette aventure intérieure, l’écrivain Henri Quantin retient qu’elle fut voulue par son auteur pour « provoquer le choc de la beauté ».
Il paraît que l’engouement pour les années Pompidou justifie qu’on parle désormais de Pompidoumania. Pour les cinquante ans de sa mort, les amis de Georges seraient plus nombreux que jamais. La nostalgie pour les Trente dites “glorieuses” suscite les évocations, mi-amusées, mi-émues, d’un président qui roulait en Porsche et fumait comme un pompier (l’expression courante sera-t-elle bientôt fumer comme un Pompidou ?). Comme souvent pour l’anniversaire d’un défunt illustre, l’éloge contient une comparaison défavorable à ses successeurs. Lui, Président expert en littérature, alors que Nicolas Sarkozy confondait Roland Barthes et Fabien Barthez ; lui, Président maniant l’imparfait du subjonctif, quand François Hollande disait “la France, c’est pas…” ; lui, Président normalien, tandis qu’Emmanuel Macron échoua deux fois à entrer rue d’Ulm…
Compagnons de route
On retient surtout le Président auteur d’une célèbre anthologie de la poésie française. Il ne faut pas s’y tromper, toutefois. Le volume de Georges Pompidou ne relève pas d’abord d’une culture de bonne compagnie. Il ne défend pas un patrimoine littéraire qu’a volontairement passé sous silence — nouveau jeu de la comparaison — le président qui fut élu après avoir soutenu qu’il n’y avait pas de culture française. Après tout, n’importe qui — peut-être même aujourd’hui une intelligence artificielle — peut juxtaposer, siècle par siècle, une série de poèmes piochés au gré d’autres sélections plus volumineuses. Une anthologie ne suffit pas à prouver une sensibilité poétique.
S’il s’agissait d’un manifeste politique caché, ce serait raté.
L’intention déclarée de Georges Pompidou, en revanche, suggère que les poètes étaient pour lui des compagnons de route plus que des noms propres à connaître. Ses premiers mots de présentation des poèmes choisis le disent bien : “Pourquoi entreprendre une nouvelle anthologie de la poésie française sinon, d’abord, pour soi-même ?” S’il s’agissait d’un manifeste politique caché, ce serait raté. Pas de “je vous offre ce recueil parce que je vous aime”, pas de “avec Baudelaire, tous ensemble, tous ensemble, ouais !”, pas d’agence de communication ayant sondé la population pour savoir si la poésie pourrait faire gagner des voix.
Promenade intérieure
Un homme qui publierait une anthologie dans le seul but d’exister médiatiquement n’écrirait pas ceci : “La passion de la poésie, dont on me prédisait lorsque j’étais enfant qu’elle passerait, a persisté au-delà “du milieu du chemin de la vie”. À cet âge où chacun est tenté de faire le point et de réunir sous le plus petit volume possible tout ce dont il ne pourrait se passer sur l’île déserte imaginaire, l’envie m’est venue tout naturellement de “mettre ensemble” mes poèmes préférés.” L’anthologie de cet homme relève plus de la promenade intérieure que du parcours obligé au milieu de rayonnages bien alignés. C’est pourquoi Georges Pompidou ajoute un court post-scriptum à son recueil, comme une reprise en miniature de son projet initial. Il y délaisse ce qu’imposaient la tradition et la culture commune, pour ne garder que les vers qui hantent son “univers secret”. Vers souvent isolés, dont le dernier tient en deux mots qui sont autant un salut inaugural qu’un adieu : “Bonjour tristesse…”
Anthologie pour soi-même ? Dans la suite de sa présentation, Georges Pompidou signale évidemment que personne n’écrit ou ne lit entièrement seul : le poème vit quand il est transmis : “Telle est, bien sûr, l’ambition secrète et démesurée de tout auteur d’anthologie. S’il la commence pour lui-même, c’est pour d’autres qu’il la termine et la publie. Choisir, dans un domaine déterminé, tout ce qui lui paraît digne et capable de provoquer chez le lecteur le choc de la beauté, voilà l’objet de son effort.”
Pour l’âme soeur
De fait, hors du pédant, nul ne murmure : “Ces jours, si longs pour moi, lui sembleront trop courts” sans espérer qu’une voix n’ajoute : “Vous n’aurez pas, Madame, à compter tant de jours.” La solitude du poète et l’isolement du vers ont en commun d’attendre une réponse, parole de l’autre ou écho de la rime. Le vers, comme le poète, attend une suite, ne serait-ce que le silence qui le fait résonner. Tout poème est adressé et tout auteur d’anthologie espère toucher au-delà de lui-même. Contrairement au communicant, toutefois, il postule plus une âme sœur que de futurs électeurs. La voix d’Orphée n’est pas faite pour le meeting.
La poésie, parole intime qu’on peut murmurer seul, mais parole accomplie quand on trouve la personne à qui l’adresser. L’anthologie de Georges Pompidou, faut-il le rappeler, est dédiée à une lectrice unique, sa femme Claude…