
ÉMISSION – Faut-il se méfier des belles paroles ?
Mardi 14 mars 2023 FRANCE CULTURE
Un discours politique peut-il être vrai, sans persuasion ni promesse ? Et si le discours politique se passait de toute belle parole, cela serait-il pour choisir le clash au détriment de la séduction ou le vrai au détriment du mensonge ?
Avec
- Monique Dixsaut Professeur honoraire de philosophie antique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
- Aurore Mréjen Ingénieure de recherche à l’Université Paris Nanterre, chercheuse au Laboratoire du Changement Social et Politique (Université de Paris)
- Christian Salmon Ecrivain et chercheur au CNRS
Comment nous parlons-nous ? Voilà qui mérite examen à l’heure où certains appellent à plus de contrôle de notre langage pour mieux respecter autrui, et où d’autres s’inquiètent d’un nouvel ordre moral dangereux pour la liberté d’expression. Dans le deuxième épisode, Géraldine Muhlmann et ses invités se demandent s’il faut se méfier des belles paroles.
« Quel type de vérité appelle la croyance ? »
Faut-il se méfier des belles paroles ? La question est importante car, comme le souligne Monique Dixsaut, elle interroge à la fois l’énonciateur et le destinataire du discours. « On peut se demander si les deux ne sont pas aussi coupables l’un que l’autre« . Comment se fait-il en effet que nous puissions nous laisser tromper ? Pour la philosophe, la question est alors de déterminer « quel type de vérité appelle la croyance« .
Convaincre et séduire
Pour Christian Salmon, nous sommes entrés depuis les années 1990 dans une ère du discours politique où « le narrateur politique est devenu ce qu’on appelle en théorie du récit « unreliable », peu crédible, peu fiable« . L’espace politique est ainsi devenu performatif : la question n’est plus tant de savoir si le discours est vrai ou faux que de déterminer « l’usage stratégique que l’on fait du récit« , tout cela en vue de « convaincre et séduire« .
Des « ilots de sécurité »
Comme le rappelle Aurore Mréjen, la philosophe Hannah Arendt considère l’espace politique comme essentiellement imprévisible. « C’est le propre d’une action libre » : on ne peut en prévoir les conséquences, car « elle déclenche quelque chose de nouveau« . Dans ce cadre, la promesse permet de créer « des îlots de sécurité« , maintenant l’équilibre face à l’imprévisibilité de l’action politique.
À réécouter : Le mensonge en politique
LIEN VERS L’ÉMISSION