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« L’Homo sapiens remplacé par L’Homo internetus, et tout a changé » POINT DE VUE

L’ARTICLE PROPOSÉ RELÈVE LES FACTEURS DE DESTRUCTION DE LA DÉMOCRATIE ET DE LA RÉPUBLIQUE

On peut, après lecture lister quelques constats

– immédiateté continue qui abolit passe et futur ( « passage d’Homo sapiens à Homo internetus » )

– prise de parole sans delai ni filtre ( « court-circuit des intermédiaires. Chacun conteste a priori toute autorité et revendique d’avoir son mot à dire en permanence et sur tout «  )

– anonymat et liberté de parole absolue

– illusion que l’on peut avoir tout, et son contraire en même temps

– les discours simples qui opposent ordre et anarchisme, ( et selon nous, l’entre deux qui – principalement – s’oppose aux précédents et y trouve son principal fondement, qui s’avère peu fertile pour la démocratie )

L’auteur cible les extrêmes en leur prêtant le même effet : la destruction de la démocratie. À vous de juger.

François Rachline est écrivain et universitaire, il vient de publier Moïse et l’humanisme (Hermann, 2021) et Éprouver Auschwitz (Hermann, 2020). Il est vice-président de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme). 

Et si la démocratie en action c’était répondre concrètement aux attentes exprimées

par les électeurs ( et les mesures de l’opinion ) en les confrontant aux réalités ?

Les attentes de pouvoir d’achat, de services publics, de sécurité, de maîtrise du destin correspondent elles à des réalités, et si oui dans que quelles mesures ? Et quels sont les chemins pour améliorer la situation ?

ARTICLE – La démocratie française au bord du suicide

Homo sapiens a été remplacé par Homo internetus, et tout a changé.

«À toutes les époques historiques, écrit Chateaubriand dans Les Mémoires d’outre-tombe (livre V, chapitre 1), il existe un esprit-principe. En ne regardant qu’un point, on n’aperçoit pas les rayons convergeant au centre de tous les autres points; on ne remonte pas jusqu’à l’agent caché qui donne la vie et le mouvement général, comme l’eau ou le feu dans les machines; c’est pourquoi, au début des révolutions, tant de personnes croient qu’il suffirait de briser telle roue pour empêcher le torrent de couler ou la vapeur de faire explosion.»

Est-il possible d’identifier «l’agent caché»qui, de nos jours, bouleverse la République française? Les lignes qui suivent explorent une hypothèse et s’efforcent de proposer une ligne de conduite.

Pendant des millénaires, l’immense masse d’un peuple ne possédait que deux droits: celui de se faire tuer comme chair à canon et celui de se taire. Le 12 mars 1989 a mis fin au second. Cette date, passée inaperçue, marque l’irruption du web sur la scène universelle. Elle témoigne d’une immense révolution, peut-être la plus importante de l’histoire humaine, celle du passage d’Homo sapiens à Homo internetus.

Depuis trente-cinq ans, tout Terrien détient la capacité de prendre la parole et de la propager autour de lui. Bien sûr, il ne s’agit plus de crier dans un porte-voix ou d’haranguer une foule réunie autour de soi. L’ordinateur, le téléphone portable ou la tablette, objets qui se diffusent dans le monde à une vitesse vertigineuse, sont aujourd’hui les nouvelles caisses de résonance.

Cette prise de parole par le peuple est incontestablement une avancée démocratique, à condition qu’elle ne détruise pas ce qui l’a engendrée. En complément du suffrage universel et de l’élection de représentants pour exercer des fonctions législatives, elle permet à tout individu de peser, plus ou moins, sur la politique conduite par l’exécutif. Cependant, Homo internetus ne pense plus et n’agit plus comme Homo sapiens. Cela, d’un triple point de vue.

Homo internetus vit dans une immédiateté permanente. Celle-ci gomme ou supprime toute histoire et se moque du passé dans le même temps où elle oublie l’avenir. Les jeunes générations, qui sont nées dans cet univers, vivent dans un wokisme ambiant et une sorte de présent continu qui méconnaît les dangers du fascisme, du nazisme, de l’islamisme, de l’antisémitisme, du racisme et plus généralement de toutes les discriminations. Ils ignorent l’essentiel de l’histoire et le seul futur qui les intéresse est le leur propre. Ainsi 30% des 24-34 ans et 26 % des 18-24 ans ont voté pour le RN.

Vous ne pouvez pas simultanément réduire l’âge de la retraite, augmenter les salaires, travailler moins, consommer plus, vivre mieux, aimer Poutine et l’Ukraine, etc.

Ce présent continu, dépourvu de sens, offre à beaucoup l’illusion qu’ils peuvent enfin espérer avoir tout, tout de suite et pour toujours. Sapiens savait qu’il devait construire son avenir, presque toujours patiemment. Internetus confond son avenir et son présent ou les superpose. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil, même rapide, sur le «programme» du fac-similé qu’est le Front populaire ou de l’autre front qu’est le Rassemblement national.

Les deux nient une loi indépassable, que les prestidigitateurs et autres illusionnistes maîtrisent à la perfection: ce qui est impossible est impossible. Vous ne pouvez pas simultanément réduire l’âge de la retraite, augmenter les salaires, travailler moins, consommer plus, vivre mieux, aimer Vladimir Poutine et l’Ukraine, considérer le Hamas défenseur du peuple palestinien et juger Israël chez lui, etc. De toute façon, les promesses n’engagent à rien et l’immédiateté permanente permet de les oublier.

Internetus, contrairement à Sapiens, court-circuite les intermédiaires. Chacun conteste a priori toute autorité et revendique d’avoir son mot à dire en permanence et sur tout. Le maire est la seule institution française en laquelle 50% de nos compatriotes ont confiance. Pour le reste –syndicats, partis, Assemblée nationale, Sénat, présidence de la République–, tous oscillent entre 15 et 25% au mieux (voir les baromètres annuels de la confiance du Cevipof). La population veut de la parole directe. Les élus doivent donc répéter ce que leurs électeurs leur imposent ou savoir qu’ils seront battus à la prochaine élection. Le «dégagisme» est un jeu de fléchettes.

Internetus aime par-dessus tout l’anonymat ou le pseudonymat. Ce qui fait l’honneur de Sapiens, la responsabilité attachée à un nom, lui fait horreur. Il revendique la liberté absolue de proférer toutes les insultes ou les calomnies qu’il veut, mais anonymement. Les réseaux sociaux, seconde après seconde, habituent la population à ne plus être responsable de ses propos. Dans un régime tyrannique, on peut comprendre la nécessité de cette précaution, mais cette pratique rogne jour après jour l’un des principes fondamentaux de la démocratie.

Dans ce contexte, comment se positionner face aux forces extrémistes qui occupent aujourd’hui le terrain?

D’abord en précisant que LFI et le RN sont des formations qui prônent la sortie de la République. Bien entendu, ils ne le proclament pas explicitement, mais leurs approches rompent avec l’idéal d’égalité: les premiers ne condamnent pas l’antisémitisme et les seconds défendent la préférence nationale. Cela seul devrait suffire à les disqualifier.

Ensuite en soulignant que ces deux extrémismes s’alimentent à la même source. Ce qu’ils appellent un «programme» est une collection de mesures copiées-collées, inconséquentes et menant le pays à la ruine.

Enfin, il faut que se lève en France un discours simple adressé à la majorité de nos compatriotes, s’appuyant sur leur respect de nos institutions. Depuis Platon, nous savons que les excès de la démocratie mènent à la tyrannie. Nous y sommes. D’un côté, la revendication libertaire ou anarchique, réclamée par l’insoumission; de l’autre, le désir d’autorité pour remettre de l’ordre. Cette double aspiration, provoquée par les outrances des uns et des autres, met en danger notre régime démocratique, qui joue ainsi contre lui-même. C’est ainsi que les démocraties se suicident. «Plus le peuple paraîtra tirer d’avantage de sa liberté, plus il s’approchera du moment où il doit la perdre», avertissait Alexis de Tocqueville.

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