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TECHNOCRATIE ET POPULISME : LES JUMEAUX DONT ON AIMERAIT SE PASSER ?

Le cercle « vicieux entre populisme et technocratie »

C’est le constat que fait Jan-Werner Müller. Il poursuit :

« Nous faisons face à l’échec du macronisme, soit la promesse de dépasser le clivage gauche – droite et d’instaurer un centre raisonnable.

Le Président a instauré une stratégie très technocratique, affirmant que ceux en désaccord avec sa politique n’étaient pas rationnels ni raisonnables »

ÉMISSION – Les armes de la démocratie face aux populismes

Lundi 17 juin 2024 FRANCE CULTURE

La montée des extrêmes et la fracturation du paysage politique posent elles un problème démocratique ? Ou est-ce le signe de la vitalité du débat public ? 

Avec Jan-Werner Müller Professeur de théorie politique à l’Université de Princeton

Notre invité Jan-Werner Müller est professeur de théorie politique et d’histoire des idées à l’université de Princeton. Il donne une série de conférences “L’Europe et la défense de la démocratie” au Collège de France du 30 mai au 20 juin 2024. La quatrième et dernière conférence à venir le 20 juin à 17h30 : « Que reste-t-il à faire… ? »

Qu’est ce que le populisme ?

Pour bien comprendre le phénomène populiste, Jan-Werner Müller prend le temps de nous expliquer l’argumentaire sur lequel il se fonde. Contrairement à une idée reçue, le populisme n’est pas forcément un anti-élitisme puisque, rappelle le philosophe, se montrer critique à l’égard des détenteurs du pouvoir est même une nécessité démocratique. Les populistes expriment plutôt « la revendication d’un monopole. De représenter ce qu’ils appellent le vrai peuple ou la majorité silencieuse. » Une position qui de fait s’oppose au pluralisme des idées. Le populisme prétend soutenir un peuple homogène, affirmant en conséquence que « tous les autres membres de la classe politique sont corrompus et pourris. Aussi tous ceux qui n’adhèrent pas à cette rhétorique n’appartiennent pas au peuple. » Pour Jan-Werner Müller, c’est une « politique de l’exclusion », dont les minorités déjà vulnérables sont les premières victimes.

Technocratie et populisme

La situation politique française interpelle d’ailleurs le chercheur qui observe un cercle « vicieux entre populisme et technocratie ». « Nous faisons face à l’échec du macronisme, soit la promesse de dépasser le clivage gauche – droite et d’instaurer un centre raisonnable. Le Président a instauré une stratégie très technocratique, affirmant que ceux en désaccord avec sa politique n’étaient pas rationnels ni raisonnables », indique le chercheur. En témoigne la nécessité du barrage contre les extrêmes que la majorité brandit depuis le début des législatives. Cette rhétorique du camp de la République face au chaos est aussi « un anti-pluralisme qui ne donne pas vraiment le choix aux électeurs » assure Jan-Werner Müller. Ainsi la technocratie porterait une voix qui pense mieux savoir que les citoyens eux-mêmes ce qui est bon pour le pays, et cette vision entretient en retour la logique populiste.

Un refus démocratique ?

Le populisme pose un danger démocratique puisqu’il imagine une distance irrémédiable entre le peuple et les structures politiques, ces dernières apparemment incapables de véritablement le représenter. Cette distinction est d’ailleurs issue pour partie de la « théorie du peuple » de Carl Schmitt, l’un des grands juristes du nazisme, explique Jan-Werner Müller. Schmitt affirmait que « les élections sont un processus banal, très mécanique et statistique de décompte des votes, mais qu’une autre manière de choisir le leader existait. Une manière quasi existentielle, voire mystique, l’acclamation par le peuple, mais toujours le peuple véritable ». Un argumentaire de l’homme providentiel qui justifie le refus de la défaite électorale, comme on l’a vu chez les partisans de Trump aux États-Unis ou de Bolsonaro au Brésil, et la sortie du cadre démocratique lorsque le leader est au pouvoir.

1 réponse »

  1. Voilà le symptôme d’une surdité des gouvernants aux « dits » du peuple, de suite qualifiés de victimes de discours populistes, comme si le gouvernement avait un comportement démocratique… Le peuple dit sa colère d’être pris pour  des imbéciles et on lui en remet une couche. Le peuple n’est jamais idiot. Il dit et réagit à ce qui l’insupporte.Bien à vousJean-Marc SAURET

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