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COMMENT RECONNAÎTRE À E.MACRON EN DÉFAITE, UNE NOUVELLE LÉGITIMITÉ ?« CRISE DE RÉGIME ? » – POINT DE VUE –

Crise de régime ?

Qui pourrait bien vouloir se plier à une grande coalition sans logique politique et sauver Emmanuel Macron alors qu’il vient de perdre deux élections, a fait une dissolution catastrophique et ne peut plus se représenter ? Tel est le propos de l’entretien proposé ci contre à votre lecture.

UNE FIN DE RÉGIME GLOUBI-BOULGA QUI N’EN FINIT PAS – « SON FOUTOIR, SA DÉFAITE, SES TERGIVERSATIONS, SON RIEN À F.» – MÀJ –

TITRAIT METAHODOS HIER. https://metahodos.fr/2024/07/11/une-fin-de-regime-gloubi-boulga-commencee-tres-tot-et-qui-nen-finit-pas-maj/

ARTICLE – Cette majorité présidentielle qu’Emmanuel Macron n’a plus (en plus d’avoir perdu sa majorité parlementaire)

Jean-Eric Schoettl ATLANTICO

Jean-Éric Schoettl est ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel entre 1997 et 2007. Il a publié La Démocratie au péril des prétoires aux éditions Gallimard, en 2022.

Emmanuel Macron se trouve-t-il politiquement affaibli après ces législatives vis-à-vis de l’opinion ?

Jean-Eric Schoettl : Les Français n’ont pas compris les motifs de cette dissolution surprise conduisant à des élections en plein été, en plein Euro de foot, en pleine préparation des JO… Elections dont les résultats, qui plus est, leur faisaient peur. Ils n’ont pas du tout été convaincus par l’idée que cela allait « clarifier » le paysage politique. 

Leur scepticisme était fondé, car, comme la suite l’a prouvé, le paysage politique n’est pas du tout clarifié. Il a été au contraire obscurci, notamment par la suite de mots d’ordre contradictoires émanant du camp présidentiel depuis le 9 juin : d’abord « non aux extrêmes », puis « tout sauf le RN, même LFI », puis enfin : « nous ne gouvernerons jamais avec LFI ». Cette assemblée ingouvernable achève de les inquiéter. C’est la première fois dans l’histoire de la Ve République que des élections législatives privent un Président de majorité, sans qu’aucun autre camp ne devienne majoritaire. La recherche d’une grande majorité présidentielle, allant des communistes aux LR, les laisse incrédules. Les Français craignent aussi un gouvernement instable et ses conséquences sur leur vie quotidienne : que les problèmes qui les préoccupent soient encore moins bien traités qu’auparavant, que la situation socio-économique se dégrade et que les troubles à l’ordre public se multiplient.

Nos compatriotes en ont voulu au Président d’avoir pris une mesure anxiogène à laquelle ils ne pouvaient attribuer de « raison raisonnable ». Au premier tour au moins, ils ont donc reformulé ainsi la question posée : : « Vous m’avez désavoué le 9 juin. Je vous donne une chance de vous ressaisir. Retirez-vous ce désaveu ? ». En le privant de majorité, même relative, ils ont répondu non.

Ceci dit, le sens général du vote des Français est différent entre les premier et second tours des législatives : au premier tour, ils ont répondu non à Emmanuel Macron ; au second, ils ont répondu non au RN.

A-t-il perdu sa légitimité présidentielle au sein de son propre camp ?

Envoyé au combat sans préparation, le camp présidentiel est dans le désarroi. Il a perdu ses repères. Il a perdu aussi une centaine de sièges et n’en a conservé que grâce au front républicain, c’est-à-dire aux voix de gauche. Le macronisme ne suscite plus de vote d’adhésion. Comment prétendre que ce n’est pas un échec ?

La macronie se pose aujourd’hui des questions existentielles : Une majorité plurielle ? Mais avec qui ? La social-démocratie, combien de divisions ? Une majorité plurielle pour faire quoi ? Revenir à la retraite à 60 ans ? Rétablir l’ISF ? Accroître la pression normative sur les activités industrielles et agricoles ? Abroger les lois immigration et séparatisme ? Se renier pour se maintenir ? Etre l’otage d’une gauche radicalisée ? Une majorité relative, regroupant le centre et LR, ne serait-elle pas un moindre reniement ? Ne faut-il pas s’assumer enfin à droite ?

Les macroniens d’hier le sont beaucoup moins aujourd’hui. Le chef n’inspire plus confiance. Il a d’ailleurs disparu des affiches des candidats d’Ensemble. Les macroniens avancent dans le brouillard et se cherchent de nouveaux dirigeants.

La Ve République a toujours été faite de deux majorités : une majorité présidentielle, liée à la légitimité qu’apporte le suffrage universel au président de la République depuis 1962 et une majorité parlementaire d’autre part. Dans quelle mesure Emmanuel Macron, indépendamment de sa défaite aux législatives, a-t-il perdu sa légitimité présidentielle ?

Nous n’avons plus ni de majorité présidentielle, ni de majorité du tout. Le RN s’est heurté à un plafond de verre qu’on croyait disparu : avec un tiers des voix, il n’atteint que le quart des sièges. Le nouveau front populaire n’a qu’un petit tiers des sièges, avec le quart des voix : ses prétentions à gouverner le pays (en appliquant un programme de rupture auprès duquel le programme commun de 1981 paraît platement réformiste) sont aussi dérisoires qu’intempestives.

La Ve République fonctionnait à merveille dans un monde politique bipolaire. Dans un monde tripolaire, elle tournera sur un mode dégradé, ressemblant – ironie de l’Histoire –  à la IVème. Comment la légitimité présidentielle n’en serait-elle pas affectée ?

Quelles sont les conséquences constitutionnelles pour un président de la République de perdre sa majorité présidentielle, comme c’est le cas avec Emmanuel Macron ?

Pour un Président de la République de la Ve, perdre sa majorité à l’Assemblée signifiait jusqu’ici entrer en cohabitation. C’était le Premier ministre qui déterminait et conduisait la politique de la nation, ce qui ne confinait pas pour autant le Chef de l’Etat à l’inauguration des chrysanthèmes. A quelques escarmouches près, les trois précédentes cohabitations ont été civilisées. En matière d’affaires étrangères et de défense, les deux têtes de l’Exécutif avaient appris à parler d’une seule voix. Des règles du jeu furent fixées et respectées pour la nomination aux postes de responsabilité. 

La différence est, cette fois, que le Premier ministre ne pourra pas s’appuyer sur une vraie majorité à l’Assemblée. Si c’est un politique, cela l’affaiblira par rapport au Président. S’il était hostile (comme pourrait l’être un Premier ministre issu du Nouveau front populaire), la cohabitation serait rude, mais pourrait aisément tourner à l’avantage du Président, car celui-ci pourrait révoquer le Premier ministre ou compter sur une motion de censure pour s’en débarrasser. Si le Premier ministre est une personnalité indépendante, il risque d’être pris en étau entre le Parlement et le Président. Tout dépendra alors du sang-froid et du charisme de l’intéressé.

Le Président est-il juridiquement affaibli face à la nouvelle Assemblée ?

Juridiquement, il ne l’est pas. La faiblesse quantitative d’une « majorité » réduite à 184 députés et profondément divisée sur des sujets essentiels ne commande pas, avec une évidence aveuglante, que le Premier ministre soit désigné en son sein. Même si, selon Jean-Luc Mélenchon, il va de soi que «  le président de la République doit appeler le Front populaire à gouverner », il ne saute pas aux yeux qu’un « front » représentant un électeur sur quatre et un député sur trois doive gouverner la France.  A la différence du Royaume-Uni, la composition de la nouvelle Assemblée ne dicte aucun choix au Président.

Pourquoi d’ailleurs le Président ne nommerait-il pas le Premier ministre en dehors du Parlement ? Rien ne l’oblige en tout cas à choisir son Premier ministre au sein d’un bloc aussi faiblement « majoritaire » que l’ensemble des groupes composant le NFP. Dans les circonstances présentes, une personnalité expérimentée, mais détachée des enjeux partisans, conviendrait mieux à la fonction qu’un responsable de parti, surtout s’il est appelé à prendre des mesures impopulaires, par exemple pour faire face à une crise financière, sociale ou sanitaire. Les précédents de Mario Monti et de Mario Draghi, en Italie, illustrent la pertinence d’une telle option.

Une autre solution serait de renforcer le bloc central en y incluant les LR et de nommer un gouvernement comportant des ministres du centre et de droite. Ce bloc central serait numériquement le plus important des trois blocs à l’Assemblée. Mais, sur le plan des politiques à suivre, cela imposerait à la macronie une inflexion à droite.

Emmanuel Macron peut-il recouvrer une légitimité à l’avenir ?

Comme Vincent Auriol sous la IVe, dans une configuration déjà tripolaire, Emmanuel Macron pourrait camper le rôle de faiseur de gouvernement et de facilitateur de l’action gouvernementale. Toutefois, si Emmanuel Macron nomme un Premier ministre et des ministres au-dessus des partis et de haut stature intellectuelle et morale, il devra aussi avoir la sagesse et l’humilité de les laisser gouverner, car ils devront braver des vents parlementaires contraires et prendre des mesures urgentes et impopulaires (particulièrement en matière de finances publiques). Une cohabitation d’un nouveau genre, avec ses aspects conflictuels, chargerait trop la barque. La même modestie serait de mise si le gouvernement émanait d’un bloc central élargi à la droite de gouvernement. Peut-on espérer du Chef de l’Etat, à rebours de son caractère, qu’il renonce à l’impérium présidentiel régnant sans partage en France depuis l’instauration du quinquennat ? Ce n’est pourtant qu’ainsi qu’il pourra limiter les dégâts qu’il a lui-même causés. Et se forger une nouvelle légitimité.

Au vu des tensions actuelles au sein de la Macronie, comment Emmanuel Macron peut-il naviguer avec un camp divisé, alors même qu’il n’y a pas de majorité claire à l’Assemblée nationale ?

Il part très affaibli, mais il a entre les mains une carte maîtresse :  le pouvoir de nommer le Premier ministre (et le pouvoir de s’en séparer). Il peut utiliser cet atout de façon à reconstituer sa crédibilité non seulement auprès de ses partisans, mais du pays tout entier. S’il utilise mal cet atout, il aggravera son cas.

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